Contre-sens

Les mots du théâtre au XVIIIe siècle.

Contre-sens.

Chamfort et Laporte, Dictionnaire dramatique, tome I, p. 299-300 :

CONTRE-SENS. Défaut dans lequel tombe un Acteur , lorsque, par son geste ou l'inflexion de sa voix, il exprime un autre sentiment que celui du Personnage qu'il représente, ou une autre idée que celle de l' Auteur dont il est l'interprète. L'Acteur tombe dans ce défaut, lorsqu'il n'a pas bien saisi l'esprit de son rôle, ou lorsque satisfait d'en connoître les grands traits, il néglige les détails & les nuances ; lorsqu'il n'a point lû avec soin les rôles des autres Personnages ; lorsqu'il peint les mots plus que le sentiment, défaut ordinaire des Comédiens médiocres ; enfin lorsqu'il s'appésantit sur des détails sur lesquels il devroit glisser.

Un Acteur qui, dans le rôle de Mithridate, arrivant sur la Scène & disant à Xipharès & à Pharnace :

Votre devoir ici n'a point dû vous conduire,
Ni vous faire quitter, en de si grands besoins,
Vous, le Pont, vous, Colchos, confiés à vos soins.

Un Acteur qui parleroit du même ton aux deux freres, feroit un contre-sens. On sait que Baron regardoit Pharnace avec sévérité, en disant, vous le Pont ; & Xipharès avec indulgence, en prononçant, vous Colchos.

Il arrive quelquefois, aux Auteurs même, de faire des contre sens, c'est-à-dire de mettre dans la bouche de leurs Personnages des choses qui détruisent l'unité de dessein dans le Poème même. Voyez Unité de dessein.

On donne en général le nom de contre-sens à tout ce qui n'est pas dans la vérité, & qui choque la raison, la nature, le goût ou le bon sens.

Référence :

Racine, Mithridate, acte 2, scène 2, vers 424-426  : exemple de contre-sens possible à propos du vers 425, que l'illustre Baron évitait magistralement.

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