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Merveilleux

Les mots du théâtre au XVIIIe siècle.

Merveilleux.

Chamfort et Laporte, Dictionnaire dramatique, tome II, p. 227-229 :

MERVEILLEUX, Terme consacré à la Poësie Epique, par lequel on entend certaines fictions hardies, mais cependant vraisemblables, qui étant hors du cercle des idées communes, étonnent l'esprit. Telle est l’intervention des Divinités du.Paganisme. dans-les Poëmes d'Homère & de Virgile. Tels sont les Etres métaphysiques personifîés dans les Ecrits des Modernes, comme la Discorde, l'Amour, le Fanatisme, &c. C'est ce qu'on appelle autrement Machines. Voyez Machine.

Le Merveilleux, qui consiste dans les Personnages allégoriques, est entièrement interdit à la Tragédie sérieuse, & à la Comédie même. Il n'a plus lieu qu'à l'Opéra. Les Divinités fabuleuses en sont exclues de même. Il ne nous reste que les apparitions des Revenans ou des Esprits : pourquoi, dit M. de Voltaire, ne nous servirions-nous pas de ces ressources surnaturelles, si elles peuvent faire un grand effet ? La Religion elle-même a consacré ces coups extraordinaires de la Providence. Il n'est donc point ridicule de s'en servir. Mais il ne faut employer ces hardiesses, que quand elles servent à jetter plus d'intérêt & plus de terreur dans l'action. Si le nœud d'un Poëme Tragique, continue le même Auteur, est tellement embrouillé, qu'on ne puisse se tirer d'embarras que par le secours d'un prodige, le Spectateur sent la gêne où l'Auteur s'est mis, & la foiblesse de sa ressource. Mais je suppose que l'Auteur d'une Tragédie se fût proposé pour but d'avertir les hommes, que Dieu punit quelquefois de grands crimes par des voies extraordinaires ; je suppose que sa Pièce fut conduite avec un tel art, que le Spectateur attendît à tout moment l'Ombre d'un Prince assassiné, qui demande vengeance, sans que cette apparition fût une ressource absolument nécessaire à une intrigue embarrassée; je dis qu’alors ce prodige bien ménagé seroit un très- grand effet en toute langue, en tout pays, en tout lieu. Tel est l'artifice qui règne dans Sémiramis..Tel est celui qui règne dans le Festin de Pierre. Qu'on ne dise pas que les exemples si rares & si extraordinaires ne sont d'aucune instruction pour le commun des hommes. La moralité qui en résulte est toujours très- utile & très-frappante ; c'est d'apprendre aux hommes, que les grands crimes sont quelquefois punis extraordinairement.

Références :

Pièces :

Thomas Corneille, le Festin de Pierre, acte 3, scène 7, acte 4, scène 8, acte 5, scène 4 : intervention de la statue du Commandeur (le Festin de Pierre est la version en vers du Dom Juan de Molière, qui n’a pas été jouée après 1665).

Voltaire, Sémiramis : l’ombre de Ninus est annoncée, acte 1, scène 3. Acte 1, scène 5, Sémiramis croit voir cette ombre. Elle apparaît à l’acte 3, scène 6.

Critique littéraire :

Voltaire, dans sa Dissertation sur la tragédie ancienne et moderne, considère que l’utilisation des revenants est rendue légitime s’ils font un grand effet.

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