Acis et Galatée

Acis et Galatée, ballet, par M. Duport, musique de Darondeau et Gianella, représenté pour la première fois sur la scène de l’Académie Impériale de Musique le 10 mai 1805.

Titre :

Acis et Galatée

Genre

ballet

Nombre d'actes :

1

Musique :

oui

Date de création :

10 mai 1805

Théâtre :

Théâtre de l’Opéra

Chorégraphe(s) :

Duport

Compositeur(s) :

Darondeau et Gianella

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 10e année, 1805, tome III, p. 447 :

THÉATRE DE L'OPÉRA.

Acis et Galatée.

M. Duport a donné un ballet de sa composition, et dans lequel il danse lui-même avec cette légèreté et cette grâce qu'on lui connoît. Il a un peu estropié la mythologie en l'accomodant à son ouvrage ; mais il a fait de jolis tableaux, des groupes gracieux, et des pas étonnans. Voilà tout ce qu'il faut dans un ballet. Tout le monde sait que Polvphême, cet affreux cyclope, étoit épris des charmes de Galatée ; Acis est son rival, et bien entendu son rival préféré. La mort du cyclope lève tous les obstacles, et tous les dieux de l'Olympe viennent embellir la fête du
mariage des deux amans.

Tous les camarades de Duport ont prouvé, par la manière dont ils ont exécuté son ouvrage, que loin d'être jaloux , ils ne cherchoient qu'à assurer son succès.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome IX, prairial an XIII [mai 1805], p. 273-277 :

[Ballet qui a connu un vif succès, mais le critique suggère que cette œuvre charmante et très bien exécutée vaut plus par les difficultés qu’il y avait à vaincre pour la mettre en scène que par sa valeur propre. Le sujet est expliqué à partir des Métamorphoses d’Ovide. Tout le monde connaissant son Ovide, « les savans » sont dispensés de lire l’analyse du sujet, destinée aux gens manquant de mémoire. Cette analyse me paraît devoir beaucoup aux Lettres à Emilie sur la mythologie de Charles-Albert Demoustier, dont elle cite toute une série de vers. Le jugement porté ensuite souligne la fidélité du ballet à la « fable », sauf sur un point, le dénouement, puisque si le ballet s’achève bien sur une mort violente, ce n’est plus Acis qui meurt, mais Polyphème, changement expliqué de façon curieuse : « la catastrophe eût paru trop cruelle » ! C’est la foudre qui cause sa mort, moyen qui n’est pas neuf, mais qui a le mérite d’être rapide. Et « l'on aime encore mieux au spectacle une idée vieille et expéditive, qu'une scène toute neuve, mais qui ferait longueur » (une fois de plus, l’obsession de la longueur ! Rien n’est pire que la longueur !). La danse est jugée de façon positive, tandis que la musique, empruntée un peu partout, est bien adaptée aux situations qu’elle accompagne. Les danseurs ont été tout à fait remarquables, et ils sont cités rapidement avec éloge.]

ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MUSIQUE.

Acis et Galathée, ballet.

Succès fou, succès prodigieux, c'est-à-dire, plus proportionné aux obstacles dont l'auteur avait triomphé en faisant représenter son œuvre, qu'au mérite réel de la composition. Tableaux charmans, exécution parfaite.

Le sujet de cette nouveauté avait déjà été traité à l'opéra, mais comme pastorale héroïque, et non pas en forme de ballet. Il est tiré du 13e. livre des Métamorphoses d'Ovide, et peut-être nous dispenserait-on d'en faire ici l'extrait, tant cette source doit être connue, mais il faut n'avoir rien à se reprocher ; quelques personnes peuvent manquer de mémoire, et celles-là du moins liront notre analyse ; c'est donc, à vrai dire, un cas de conscience ; que les savans sautent le feuillet.

Poliphème, fils de Neptune, était un cyclope, c'est-à-dire , un des forgerons travaillant sous la direction de Vulcain, à la fabrication des foudres de Jupiter. Comme tous ses compagnons de forge, il n'avait qu'un œil, et cet œil, placé au milieu du front, allait fort mal à sa figure ; mais il avait, par privilége spécial, une force et une grandeur monstrueuses, ce qui le rendait la terreur de toute la Sicile. Un jour il s'avisa d'aimer Galathée, la plus tendre et la plus belle des Néréïdes ; l'Amour est frère de l'Espérance, et celle-ci est sœur de la Vanité ; le cyclope fit donc sa déclaration. Mais, sans considérer s'il était monstre ou non, c'est-à-dire, s'il y avait à perdre ou à gagner avec lui, Galathée refusa de l'entendre ; en vain, lui disait-il, du ton le plus radouci :

« Vous voyez le plus beau des enfans de la plaine,
J'ai les traits de Bacchus, l'embonpoint de Silène,
La taille de Typhon, les épaules d'Atlas ;
    Ma voix ressemble à la voix du tonnerre,
Et ce grand Jupiter qui fait trembler la terre,
Sans incliner le front, passerait sous mon bras ;
        Mon corps, ainsi que mon visage,
        Est couvert d'un duvet touffus,
        Et c'est une beauté de plus.
    Qu'est-ce qu'un arbre sans feuillage,
Un agneau sans toison, un oiseau sans plumage ? »

et mille autres choses plus engageantes encore, la Néréide demeura inflexible. Pourquoi ? Parce qu'elle aimait le jeune et bel Acis, et qu'Acis était tout pour elle.

Ah! s'écria un jour Poliphème, en abordant brusquement Galathée, si j'avais un rival préféré ; jour de Dieu !

« .    .    .    .    .    .    .Je ne suis point jaloux ;
Mais je disperserais sur les ondes sanglantes,
        J'écraserais sur ce rocher
Ses membres qu'à tes yeux je viendrais d'arracher.
Et ce cœur qu'en son sein mon bras irait chercher,
        Et ses entrailles palpitantes...... »

etc. etc.

Il s'avança en prononçant ces douces paroles, et jettant un regard avide sur le gazon où son amante était blottie, il y découvrit Acis tremblant dans les bras de la pauvre enfant Quel spectacle ! et quelle fureur !

« Le cyclope pousse un cri ; l'Etna tremble ; Galathée fuit sous les ondes ; Acis se glisse entre les roseaux ; Poliphème, en le poursuivant, saisit un écueil et le soulève sur la tête de son rival ; Acis esquive cette masse menaçante ; mais la pointe du roc, en effleurant sa poitrine, fait jaillir tout son sang aux pieds de son amante éperdue....»

« Poliphème vengé se retire; cependant le sang qui s'écoule commence à pâlir et se change par degrés en une onde limpide et transparente. »...... Bref, Acis est métamorphosé en fleuve, et la fidelle Galathée vient chaque jour se baigner, au lever de l'aurore,

« Dans ses flots caressans et doux,
S'imaginant sentir encore
Les caresses de son époux. »

L'auteur du ballet s'est entièrement conformé à l'action de cette fable ; il n'en a changé que le dénouement. Ce n'est point Acis qui périt ; la catastrophe eût paru trop cruelle ; c'est l'abominable Polyphème. Un coup de foudre tue ce scélérat, au moment qu'il soulève le fatal rocher, et tous les amours de l'opéra viennent alors danser avec les bergères et les bergers, en manière de réjouissance. Si le coup de foudre n'est pas un moyen neuf, il a du moins le mérite de trancher nettement les difficultés ; or, l'on aime encore mieux au spectacle une idée vieille et expéditive, qu'une scène toute neuve, mais qui ferait longueur.

En général les pas de ce ballet sont dessinés avec esprit, et abondent sur-tout en effets pittoresques. Presque tous les airs sont connus, trop peut-être ; mais comme ils sont d'ailleurs parfaitement analogues aux situations, on n'est pas fâché de les retrouver là.

Nous ne finirions pas, si nous entreprenions de payer ici à chacun des artistes dansant le tribut d'éloges qui lui est dû. Nous nous bornerons à dire que la pantomime de Lefebvre (superbe Poliphème) a une expression très-énergique ; que Mlles Chevigny , Duport, Millière et Delille paraissant faire assaut de talent, ont été vivement applaudies, et qu'enfin Duport a dansé comme un homme qui a le diable au corps : nous ne trouvons pas d'autre expression.

Gustave Chouquet, Histoire de la Musique dramatique en France (Paris, 1873), p. 380 :

[Ce texte, outre une information personnelle, nous donne le nom des compositeurs et la date de création du ballet de Duport.]

Acis et Galatée, b., 1 a. — DUPORT ; H. DARONDEAU et GIANELLA : 10 mai 1805.

Henri Darondeau, fils du harpiste, a écrit des romances et de la musique pour les théâtres du boulevard. C'était un homme aimable (il m'a donné dans mon enfance des leçons de chant et de piano), mais un compositeur sans originalité. — Gianella, flûtiste italien, est connu comme auteur de concertos de flûte et de l'Officier cosaque (Porte Saint-Martin, 8 avril 1803).

Carrière à l'Opéra :

8 représentations en 1805 (10/05 – 28/06).

10 représentations en 1806 (11/03 – 26/12).

2 représentations en 1807 (16/01 – 03/02).

20 représentations de 1805 à 1807.

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