Allons, Ça-Va, ou le Quaker en France

Allons, Ça-Va, ou le Quaker en France, tableau patriotique, en vers et en un acte. Par le Cousin-Jacques. (7 Brumaire [an 2]), Huet et Denné.

Théâtre de la rue Feydeau

Titre :

Allons, Ça-Va, ou le Quaker en France

Genre

tableau patriotique

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

en vers

Musique :

oui

Date de création :

7 brumaire an 2 (28 octobre 1793)

Théâtre :

Théâtre de la rue Feydeau

Auteur(s) des paroles :

Cousin Jacques (Louis-Abel Beffroy de Reigny )

Compositeur(s) :

Cousin Jacques (Louis-Abel Beffroy de Reigny )

Almanach des Muses 1794

Des tableaux agréables, de jolis spectacles.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1794, volume 11 (novembre 1794), p. 242-246 :

[Ce qui est qualifié ici de « tableau patriotique » est décrit comme un hommage du peuple à la République. Le compte rendu insiste sur l’enthousiasme de tous à travailler dans une excellente ambiance à produire armes et approvisionnement pour les « défenseurs de la patrie ». On chante beaucoup, et un repas civique réunit tout le monde, y compris le quaker en visite dans le village, et qui sert de témoin naïf de la transformation de la société. Pas de véritable critique de la pièce dans tout cela, rien sur la cosntruction de la pièce, ni sur le style (on y parle un patois censé représenter la campagne), ni même sur l’interprétation.]

THÉATRE DE LA RUE FEYDEAU.

Le Quaker en France, ou Allons, ça va, tableau patriotique en un acte, mêlé de vaudevilles; par le cit. Beffroi Roigny [sic], connu sous le nom du Cousin Jacques.

L'amour des François pour la liberté & l’égalité, amene au milieu d'eux un quaker enchanté de ce saint enthousiasme, & sur tout de pouvoir vivre enfin au milieu d'un peuple de freres. Qu'on juge de sa surprise, lorsqu'en arrivant avec sa maison roulante dans un village de la république, il y trouve les hommes, les femmes & les enfans occupés à travailler pour l'échappement & l'approvisionnement des défenseurs de la patrie. Ceux-ci forgent des armes, ceux-là font des souliers ; celles-ci travaillent à des habits, des guêtres ; celles-là font tourner des moulins-à-bras. Chacun a son occupation, & chacun s'y livre de grand cœur. Mais ce qui fait le plus de plaisir au quaker, c'est de voir que la plus charmante gaieté anime nos patriotes, & qu'ils n'ont besoin, pour se soutenir dans leurs pénibles travaux, que de célébrer la liberté & l'égalité. Voilà les couplets du forgeron, chantés par le cit. Martin, sur un air son agréable.

    Un forgeron qui prépare les armes
Dont le succès doit finir nos allarmes,
    Est toujours gai, toujours chantant.
Si par le feu sa poitrine affaiblie
Vent se guérir, on le voit à l’instant
    Boire à la santé d'sa patrie.

    Indifférent sur le sort de la France ;
Un égoïste en rit & fait bombance ;
    Mais quelque bon que soit son vin,
Je lui dirai : de ta liqueur chérie
Double le prix, en voici le moyen,
    Bois à la santé de ta patrie.

Cette chanson invite non-seulement nos villageois à boire un coup, mais elle leur donne encore l'idée de faire un repas civique, auquel chacun contribue pour son contingent; l'aimable quaker veut en être, & fournir son plat, ainsi que sa chanson ; la voici, elle est sur l'air du coin du feu.

Roulant mon domicile,
Je chante en tout asyle
        L'égalité ;
La France est ma retraite,
Car c'est-là que s'arrête
        La liberté.

Amis, quoi qu'on en dise,
Suivons avec franchise
        L'égalité ;
Dans ce séjour aimable,
Plaçons à notre table
        La liberté.

L'homme , autrefois esclave,
Peut chanter sans entrave
        L'égalité;
Le ciel lui-même approuve
Qu'il soit gai, s'il retrouve
        La liberté.

Qu'ici chacun révere,
En remplissant son verre,
        L'égalité;
Bouchon de la bouteille,
Donne au jus de la treille,
        La liberté.

Je chéris ma Glicere,
Et de son caractere
        L'égalité;
Toujours tendre & fidele,
J'aime à perdre auprés d'elle
        La liberté. .

Le repas civique achevé, un courier qui arrive & le tambour du village qui revient de Paris, où il a assisté à une fête patriotique, donnent les plus agréables nouvelles ; & nos bons villageois à se réjouir, à chanter & à danser de plus belle avec l'aimable quaker. Nous allons transcrire la ronde chantée, parlée & dansée, par laquelle le cit. Juliet, qui joue le rôle de Nicodême le cordonnier termine la piece.

AIR : L'autre jour la petite Isabelle.

Autrefois dans l'royaume d'France,
Nobl' & prëtr' aviont tout pour eux,
Plac', honneurs, justice & finance,
D'tout prendre i' n'étiont pas honteux.
D'égalité ? c'nest pas pour dire,
D'libarté ? non plus qu'su ma main....
    Ah ! qu'eu' martyre !                    (Bis.)
        Qu'eu' deſtin ! ....

V'la l'bon Dieu qu'on croit qu'i' se r'pose...

Car il avoit fait semblant d'dormir, voyez vous... mais tout-à-coup il ouvre de grands, grands yeux com'ça, & jette un r'gard d'miséricorde su' c'pauvre peuple : ah ! diantre ! qui’ dit comm'ça l'bon Dieu ! tout d'un côté , & rien d'l'autre ! c'est l'partage d'Arlequin, qu'i' dit comm'ça, dit-i,... oh ! ça n'peut pas durer.... messieux les deux ordres, qui n'vivez qu'des sueurs du troisieme, & qui....

                                L'rendez malheureux
J'vous prouv'rai que l'peup' est queuqu'chose,
Vous cess'rez bentôt d'aller deux.           (Bis.)

V'là que l'peup'e s'leve en colere !
V'là qu'i' veut réclamer ses droits,
Et qu'i' dit com'ça, qu'su' la terre
J'som' tertous égaux d'vant les loix...
Par malheur c'te égalité blesse
Ceux-là qui s'croyont plusque nous....
        Clergé, noblesse,                          (Bis. )

Gar r r r de à vous.

Ah ! ah !

Vous n'voulez pas qu'en porlitiqu ! …

Qu'tous les enfans du même créateur soyont au-tant l'un q'l'autre ? eh ben, morgué, puisque
c'est comm'ça, bernique, là, g'ni'aura pus qu'une classe d'citoyens ; & l's emplois, & l'shonneurs, & l'bien, & l'mal, & la joie, & la tristesse....

…..Tout d'viendra commun....
Nous vous prouv'ront, en république,
Qu'pour ben faire, i' n'faut aller qu'un.    (Bis.)

(Journal des spectacles.)

[César : Le titre donné par la base César est Allons, ça va, ou les Quakers en France, le Cousin Jacques est l'auteur du texte et de la musique. La pièce a été créée le 28 octobre 1793 au Théâtre Feydeau. Elle y a été jouée 22 fois jusqu'au 17 juillet 1794.]

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