L'Abbé vert

L'Abbé-vert, fait historique en un acte, en prose, mêlé de vaudevilles, de Piis, 4 mai 1793.

Théâtre du Vaudeville, rue de Chartres.

Le compte rendu de l'Esprit des journaux  fait de la pièce un opéra comique.

Titre :

Abbé vert (l’)

Genre

fait historique mêlé de vaudevilles

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

4 mai 1793

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

de Piis

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1794, volume 7 (juillet 1794), p. 311-315 :

[La pièce nouvelle reprend une anecdote déjà utilisée au théâtre, et le compte rendu rappelle cette pièce, qu’il juge d’ailleurs « assez médiocre ». La pièce de Piis n’imita d’ailleurs pas la pièce ancienne, et le résumé de l’intrigue nous fait découvrir la succession des tentatives amoureuses d’un abbé, qui se met à dos tous les hommes de l’atelier de teinturerie : le voilà teint en vert pour lui apprendre à tenter de séduire les amantes ou épouses des autres. Tenté de se venger en allant en justice, il en est vite dissuadé : sa réputation en souffrirait. Et il va jusqu’à faciliter le mariage de celles qu’il a tenté de séduire. mais l’essentiel n’est pas dans cette intrigue, mais dans les couplets dont le compte rendu donne plusieurs exemples. Et c’est ce que répète la conclusion : « Cette petite piece, qui renferme des couplets très-gais & fort agréablement tournés, obtint du succès », ce qui devrait l’inscrire durablement dans le répertoire, mais seulement dans le genre (peu relevé) des vaudevilles : « vraisemblablement elle restera au théatre, du moins, autant que les autres pieces à vaudevilles ».]

L'Abbé-vert, opéra comique en un acte, en prose, mêlé de vaudevilles ; par M. de Piìs.

Dancourt fit jouer, en 1714, sous le titre du Vert-galant, une comédie assez mediocre en un acte & en prose, avec un divertissement, « Cette piece, disent les Anecdotes dramatiques, fut faite sur un événement qui fit beaucoup de bruit à Paris, durant le printems de l’année 1714. Voici le fait tel qu'on le raçontoit alors. Un abbé étoit très-assidu chez un teinturier, mari d'une fort jolie femme. L'abbé devint pressant ; la dame en rendit compte à son mari, & ce dernier, d'accord avec son épouse, feignit d'avoir une affaire pour quelques jours à la campagne. Il affecta d'en parler devant l'abbé, & prit congé de lui. L'abbé, charmé de cette absence, demanda à la femme du teinturier la permission de venir souper avec elle. Après quelques petites difficultés, la dame se rendit, & la partie s'exécuta. Au milieu du repas, le mari parut subitement ; & pour-se venger de son rival, il le plongea dans une cuve de teinture verte, qui donna à l'abbé un teint de la même couleur. On l'appella depuis ce tems-là l'Abbé-vert. » Dancourt, au-lieu d'un abbé, mit sur la scene un agioteur, & composa une intrigue dont le fond est l'intrigue qu'on vient de lire.

Sans rien imiter de l'ouvrage de Dancourt, M. de Piis a mis à profit la même anecdote. Voici comme il en a tiré parti : M. Locre, teinturier, a été chargé par un abbé de cour de lui teindre un habit en violet ; mais galant, comme tous les hommes de son espece, notre ecclésiastique guette le moment où Locre, & Vernet & Blaise, ses deux garçons, sont sortis, pour s'introduire dans la maison. C'est la servante Nicole qui lui ouvre la porte ; l'abbé la cajole : elle parle comme une paysanne, & les oreilles de l'abbé en sont désagréablement affectées. Pour la corriger, il lui fait observer qu'il n'est pas plus difficile de dire j'aime, que j'aimons ; mais Nicole lui répond, sur l'air d'Hayden :

Non , je ne dirons pas j'aime,
Mon amant dit autrement ;
II dit j'aimons, je dis d'même ;
C’t’accord est ben plus charmant.
Pour vous, si c'est vot' systême,
Ç'a fait un cas différent ;
Vous pouvois tout seul dire j'aime,
Car j'crois qu'parsonne' ne vous l'rend.

Ce trait paroît méchant à l'abbé, mais délicieux, & il veut embrasser Nicole, au moment où son amant Blaise survient, & la fait sortir. Angélique, la fille de M. Locre, paroît ; l'abbé lui conte fleurette ; elle lui chante une chanson que Vernet a copiée dans un livre ; l'abbé en est enthousiasmé, & il trouve qu'elle chanteroit à ravir, sì elle avoit des principes & si elle observoit les demi-soupirs, les quarts de soupirs, la mesure & le mouvement. Angélique ne conçoit pas comment on peut avoir besoin de tout cela pour bien chanter. Quoi ! s'écrie-t-elle, sur l'air des Assignats :

Par quart & par demi-quart,
Est-ce qu'un soupir se compte ?
Vernet n'm'en a pas fait part,
Et j'vous confesse à ma honte,
Quand nous chantons un couplet,
Nous soupirons tout-a-fait.

A l'égard du mouvement,
Je- crois vos leçons frivoles ;
Sitôt qu'un air est touchant,
Pour mieux suivre les paroles,
II n'en est pas de meilleur.
Que le mouvement du cœur.

L'abbé ne peut résister au mouvement du sien, & il embrasse Angélique. Vernet, qui entre dans ce moment, est furieux, & il emmene sa maîtresse, dont la mere vient savoir ce que veut M. l'abbé. Mais Mme. Locre est encore fraîche, elle a un bras superbe, & elle assure qu'elle danse fort agréablement le menuet ; ces qualités, ce talent transportent l'abbé, & il va lui voler un baiser lorsqu'il apperçoit M. Locre qui ferme la porte à double tour. Le teinturier appelle ses deux garçons ; ils se saisissent du galant & le jettent dans une chaudiere, dont le mélange qu'elle renferme a la propriété de teindre en vert jusqu'aux étoffes noires; ce qu'un chymiste, par parenthese, ne croira que difficilement.

L'abbé se démene dans cette cuve, comme un diable dans un bénitier, & aux cris plaintifs qu'il jette, deux porteurs d'eau qui passent dans la rue vont avertir un commissaire qu'ils amenent. On tire l'abbé de la chaudiere : vert de la tête aux pieds comme un perroquet, il veut qu'on verbalise ; mais le commissaire lui persuade que, bien loin de faire du bruit, il doit empêcher celui qu'on voudroit faire, & acheter le secret de tous les témoins. Ah ! lui dit-il,

Soyez sûr que, même en plaidant,
Vous auriez peine à sortir blanc
    D'une pareille affaire.

Ce calembourg dessille les yeux à l'abbé, & non-feulement il promet: de ne pas plaider, mais encore ìl donne deux cents livres pour faciliter le mariage de Blaise avec Nicole, & il intercede pour celui de Vernet & d'Angélique. Ensuite il achete le secret des porteurs d'eau moyennant cinquante livres, & il se promet bien de profiter de la leçon. Locre lui dit alors, sur l'air du petit vaudeville

Touchez-là, plus de colere
Cont'votr’ ami l'teinturier,
Poursuivais votre carriere,
Et n'atais plus d'mon métier.
Pour savoir c'qu'en vaut l'aune
Y vous en coûltr'ait trop cher ;
N'cherchais plus a m'teindre en jaune.
Je n'vous teindrons plus en vert.

Cette petite piece, qui renferme des couplets très-gais & fort agréablement tournés, obtint du succès, & vraisemblablement elle restera au théatre, du moins, autant que les autres pieces à vaudevilles.

(Journal des spectacles.)

D’après la base César, la pièce, qualifiée d’historique, est due à un auteur inconnu. Elle a été jouée 16 fois au Théâtre du Vaudeville, du 4 mai au 24 octobre 1793.

La Biographie universelle, ancienne et moderne, volume 77 (Paris, 1845), p. 208, indique qu’elle n’a pas été imprimée.

Ajouter un commentaire

Anti-spam