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Le Billet de loterie

Le Billet de loterie, opéra-comique en un acte, paroles de MM. Roger et Creuzé de Lessert, musique de M. Nicolo, 14 septembre 1811.

Théâtre de l'Opéra-Comique.

L'Almanach des spectacles pour l'an 1822 (Paris, chez J.-N. Barba) attribue les paroles à « MM. Roger et Creuzé de Lessert » (p. 47).

Titre :

Billet de loterie (le)

Genre

opéra-comique

Nombre d'actes :

1

Vers ou prose ?

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

oui

Date de création :

14 septembre 1811

Théâtre :

Théâtre de l’Opéra-Comique

Auteur(s) des paroles :

Roger et Creuzé de Lesser

Compositeur(s) :

Nicolo Isouard, de Malthe

Almanach des Muses 1812.

Une jeune cantatrice française, Adèle, est à Londres, dans un état voisin du besoin ; ses talens ainsi que ses vertus ont inspiré une passion violente à un jeune marquis, également français. Il se propose de l'épouser ; mais la délicatesse d'Adèle s'oppose à une union si disproportionnée, du moins sous le rapport de la fortune. Le jeune marquis use alors d'un stratagême qui doit lever ses scrupules : il lui propose de mettre ensemble à la loterie. On annonce bientôt qu'ils ont gagné un quaterne ; Adèle, qui se croit riche à son tour, ne balance plus à faire le bonheur de son amant, lorsque la petite Betti, sa suivante, arrive en pleurant : elle a perdu à la loterie, et cependant elle avait mis, secrètement, les mêmes numéros que sa maîtresse. Ici tout se découvre, mais la jeune virtuose, touchée du procédé délicat du marquis, ne se trouve que plus disposée à tenir sa promesse.

Fonds un peu léger ; mais de l'esprit et du naturel dans le dialogue. Musique pleine de grâce et de fraîcheur ; succès.

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez Vente, 1811 :

Le Billet de loterie, comédie en un acte et en prose, mêlée d'ariettes, Par MM. ***, musique de M. Nicolo Isouard, de Malthe. Représentée, pour la première fois, à Paris, sur le théâtre de l'opéra-comique impérial, le 14 septembre 1811.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome X, octobre 1811, p. 292-295 :

[Les auteurs du livret ne se sont pas fait connaître, mais leur ouvrage a plu, et c’est l’essentiel. Ils ont développé une anecdote qu’on prétend historique, mais le critique pense que l’essentiel est ailleurs, dans le plaisir qu’il provoque. L’intrigue résumée ensuite est d’un bien grand classicisme (un officier français à Londres (il y en avait ?) veut séduire une jolie cantatrice qui se refuse à lui, et il fait semblant de lui faire gagner une forte somme à la loterie, et en l’enrichissant il lui enlève ses scrupules et elle peut l’épouser). Une fois de plus, « l'on a trouvé la faiblesse du fonds suffisamment rachetée par la grace et le piquant des détails ». Les quatre interprètes sont « tous quatre bien placés », et la musique de Nicolo est parfaitement adaptée tant aux paroles qu’aux voix de ses chanteurs. Madame Duret en particulier chante fort bien les airs composés pour elle. L’un de ces airs rappelle un air connu du Calife de Bagdad. Le seul reproche que le critique fait à cet air, c’est « sa trop grande prodigalité » : ce serait bien qu’il soit coupé par un peu de dialogue. Mais la pièce a été vue et entendue « avec beaucoup de plaisir », et les auteurs du livret auraient pu être nommés, et le compositeur aurait pu paraître.].

THÉATRE NATIONAL DE L'OPÉRA-COMIQUE.

Le Billet de loterie.

Les auteurs anonymes du Billet de loterie, donné dernièrement à l'Opéra-Comique, ont joué de bonheur. Pour nous servir des expressions que leur titre indique et permet, ils ont retiré un intérêt fort honnête de leur mise ; ils n'ont pas obtenu un lot bien considérable, mais leur jeu était modeste ; ils ont gagné en ne jouant qu'un extrait déterminé, cela vaut mieux que de perdre en poursuivant le quine.

On prétend que leur sujet est historique ; cela importe aussi peu au mérite de l'ouvrage qu'à son succès ; la seule question est de savoir si cet ouvrage est bien fait dans ses petites proportions, s'il amuse, s'il intéresse, si le comique en est de bon goût : le succès a résolu affirmativement cette question.

Un colonel français devient épris, en Angleterre, d'une célèbre virtuose qui a quitté Paris sur la foi du produit des souscriptions anglaises, et des concerts à bénéfice de Londres ; mais à Londres elle n'a trouvé que des protecteurs insensibles aux prodiges de son art, et des rivales sans générosité. Elle n'a pu se faire entendre ; tous les moyens qu'une cabale ennemie peut faire jouer, ont été employés contre elle : au lieu de briller à Covent-Garden, elle éprouve dans un hôtel garni tous les besoins auxquels on est en proie dans un pays où l'on n'a apporté que son talent, et où ce talent est étouffé.

L'officier français veut réparer envers sa jeune compatriote l'injustice du sort : il est déjà riche ; il compte sur un héritage immense ; il a un beau nom, un rang élevé, et il offre l'hommage de tout cela à la belle cantatrice en lui offrant sa main. Il ne reçoit que des refus délicats, mais absolus. Il ne voit plus que deux moyens pour obtenir un consentement : le premier est de se faire croire ruiné ; le second de rendre la jeune Adèle à son tour plus riche que lui ; pour le premier moyen, un conte forgé à plaisir suffit ; le second moyen est moins aisé, mais non pas introuvable. Notre officier feint, dans sa détresse prétendue, d'avoir recours à la loterie ; il met Adèle de moitié dans son jeu, sur des numéros qu'elle-même indique, et un moment après revient triomphant, accompagné d'une troupe de musiciens, porteur d'un billet gagnant un quaterne de 400,000 fr. ; la moitié est à Adèle ; elle peut assurer le bonheur de son amant, et ne lui refuse plus son aveu ; au même moment, sa petite suivante entre désolée ; elle avait mis à la loterie sur les numéros dictés par sa maîtresse ; elle apprend que celles ci a gagné un quaterne ; elle demande les numéros ; on les lui montre ; c'est avoir du malheur, dit-elle, c'est sur ceux-là que j'ai perdu. La pièce avait fait plaisir ; mais ce dernier mot a fait fortune et a assuré celle de l'ouvrage, où l'on a trouvé la faiblesse du fonds suffisamment rachetée par la grace et le piquant des détails.

Mme. Duret, Mme. Gavaudan, Gavaudan, Juliet, sont les seuls acteurs qui paraissent dans ce petit opéra ; ils y sont tous quatre bien placés, et y paraîtront souvent. La musique est de M. Nicolo ; elle est fort analogue aux paroles ; comme l'ouvrage, elle sent peu le travail ; comme le dialogue, elle a de l'esprit et de la légèreté. Les airs sont faits pour les voix de ceux des acteurs qui en ont, et même pour les voix des chanteurs qui n'en ont pas ; c'est ainsi qu'à la suite de petits morceaux de genre agréables, Mme. Duret développe dans deux airs, toute l'étendue de ses beaux moyens. C'est en répétant, non, non, non, non, il ne chantera pas, que sur un motif de rondo très aimable, elle chante le vaudeville, la romance, l'air français, l'aria, la polonaise, etc. etc. etc. Elle se plaint de son peu d'art, et elle en produit tous les effets avec une supériorité qui peut seule en faire excuser l'étonnante prodigalité. L'air dont nous parlons est le pendant de celui de Kaisi dans le Calife de Bagdad ; le succès de l'un a donné l'idée de l'autre ; tous deux pourraient être mieux en scène, et coupés par un interlocuteur dont le dialogue motivât la variété des motifs du compositeur. Quoi qu'il en soit, paroles et musique, acteurs et cantatrices, tout a été vu et entendu avec beaucoup de plaisir, tout a été vivement applaudi : les auteurs auraient pu se laisser nommer ; leur modestie seule avait quelque chose à craindre ; peut-être redoutait-elle avec raison des éloges peu proportionnés à l'importance de l'ouvrage, qui n'est en effet qu'une agréable bagatelle. M. Nicolo a été nommé comme compositeur ; le parterre désirait qu'il se montrât ; mais il s'est contenté d'avoir mérité ses applaudissemens.                   S....

Nicole Wild et David Charlton, Théâtre de l'Opéra-Comique Paris : répertoire 1762-1972, p. 164 : le Billet de loterie est, selon le livret une comédie d’ariettes et selon la partition un opéra-comique. Le livret est bien de Jean-François Roger et d’Auguste Creuzé de Lesser, la musique de Nicolas Isouard. Créé le 14 septembre 1811, il a été joué jusqu’en 1833.

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