La Chaumière moscovite

La Chaumière moscovite, vaudeville-anecdote en un acte, de M. Joseph Pain, 8 août 1808.

Théâtre du Vaudeville.

Titre :

Chaumière moscovite (la)

Genre

vaudeville-anecdote

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

8 août 1808

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Joseph Pain et *** (Dumersan)

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez M. Lecouvreur, 1808 :

La Chaumière moscovite, vaudeville-anecdote en un acte ; Par MM. Joseph Pain et *** Représenté, pour la première fois, sur le théâtre d Vaudeville, le 8 août 1808.

Si des biens d’un état soudain,
L’enfant qui naît accroit la somme,
Quel trésor pour un Souverain,
Quand c’est le fils d’un honnête homme !

Scène X.

*** est identifié comme étant Dumersan, par exemple dans la Bibliothèque dramatique de Monsieur de Soleinne, tome 2, p. 221.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 13e année, 1808, tome IV, p. 439-440 :

[La pièce raconte une anecdote édifiante (un empereur qui se penche sur le sort de ses sujets), et le compte rendu raconte l’anecdote, souligne le succès de la pièce qui la raconte et en évoque les qualités : « les détails de la pièce ont de la vérité ; les couplets sont bien tournés, sans jeux de mots et sans pointes » (pas de calembours, jeux de mots ou pointes : ce serait déplacé vu le sujet). Une scène émouvante, des interprètes efficaces. L’auteur est demandé, et nommé.]

La Chaumière Moscovite, vaudeville-anecdote joué le 8 août.

Il est rapporté dans les Fastes de Pologne et de Russie, que le Czar Iwan se déguisoit pour parcourir les villes et les villages de la Moscovie, et qu'il recueilloit les discours de ses sujets pour travailler à leur bonheur. Ce fut lui qui prépara l'ouvrage achevé avec tant d'éclat par Pierre-le-Grand. Un soir, prêt à rentrer à Moscou, il en trouva les portes fermées, et s'arrêta dans la cabane d'un pauvre paysan dont la femme venoit d'accoucher. Il passa la nuit sur la natte du bucheron, et le lendemain il lui offrit pour parrain un homme riche et généreux qu'il connoissoit à Moscou. Le paysan promit d'attendre ; quel fut son étonnement quand il vit le lendemain arriver le Czar lui-même, qui tint son enfant sur les fonts de baptême. Tel est le trait mis en scène au Vaudeville, et représenté avec beaucoup de succès. Les détails de la pièce ont de la vérité; les couplets sont bien tournés, sans jeux de mots et sans pointes. La scène où le Czar veille auprès du paysan qui dort, et de la vieille femme qui berce l'enfant, a produit beaucoup d'effet.

Les rôles sont bien joués par MM. Verpré, Hippolyte, Auguste, Chapelle, Mesdames Desmares et Bodin.

On a demandé l'auteur, c'est M. Joseph PAIN.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome IX, septembre 1808, p. 280-285 :

[Ce compte rendu nous parle d’une pièce qui est censée montrer l'intérieur d’une chaumière moscovite, mais une chaumière qui reçoit l’empereur, ce qui n’est pas si courant. Bien sûr, le critique ne peut que comparer la pièce nouvelle à celle qui lui sert de modèle, la fameuse Partie de Chasse d'Henri IV, la si fameuse pièce de Charles Collé, créée en 1774. Il en souligne les ressemblances (nombreuses) et la principale différence, à savoir que la pièce de Collé est bien plus drôle que la pièce nouvelle. L’analyse du sujet, faite avec précision, montre la dette des auteurs modernes envers Collé. Autre emprunt, mais peut-être involontaire, de la part du personnage comme de la part de l’auteur, une formule qu’on retrouve chez Fénelon. Bien sûr, la pièce finit heureusement : le czar exempte d’impôts le brave paysan, le mariage attendu a lieu, « et tout le monde est content ». Les auteurs ont été demandés, mais un seul est connu : l’autre s’est réfugié dans l’anonymat.]

 La Chaumière moscovite.

Une femme accouche, on berce l'enfant, on allume un fagot, on soupe, on se couche, on s'endort, on se réveille, puis vient le baptême,

                   Eh ! mais oui da
Comment peut-on trouver du mal à ça ?

Aussi je ne sache pas que personne se soit avisé d'y trouver à redire ; tout se passe dans l'ordre, et beaucoup de chaumières pourraient ressembler à la Chaumière moscovite, n'était qu'il y vient un souverain déguisé. Ces hôtes-là ne sont pas communs dans les chaumières. Mais on peut dire encore qu'y a pas de mal à ça. C'est assez de cette manière que les rois doivent paraître au Vaudeville et à la comédie ; elle leur permet de déposer leur dignité qui leur serait-là fort peu de mise. Un roi traité en simple particulier est une chose assez plaisante à voir et la Partie de Chasse d'Henri IV est assurément un exemple de tout ce que peuvent fournir ces sortes de méprises. Les auteurs du nouveau vaudeville ont bien fait ce qu'ils ont pu pour qu'il ressemblât à la partie de chasse d'Henri IV. Un bon villageois, sa vieille mère et une jeune fille, voilà le ménage de Pétrowitz, qui ne se rapproche pas mal de celui du meûnier de Lieursaint ; à table on force le czar Iwan à chanter une chanson en son honneur ; un sentiment d'amour pour lui, qui se manifeste à chaque instant sans le connaître, l'éloge de sa bonté continuellement reproduit, donnent à ce vaudeville, comme à la Partie de Chasse, un effet intéressant ; mais il y manque la gaîté grivoise du meûnier et celle de notre bon roi Henri ; il y manque le ventre sain-gris : le czar Iwan ne peut pas non plus être Gascon. Et cela va si bien à Henri IV ! Des détails et des sentimens doux soutiennent une pièce ; on n'a pas le cœur de les repousser, même quand ils paraissent un peu longs ; mais la gaîté, la vivacité, la folie font paraître la pièce courte ; de bien honnêtes gens, bien bons, bien sensibles, peuvent, avec beaucoup d'esprit, faire sourire quelque fois ; mais s'ils faisaient rire plus fort et plus souvent, on leur pardonnerait d'avoir un peu plus de malice.

C'était en je ne sais quelle année (le trait est consigné dans l'histoire) que le czar Iwan s'amusait à parcourir, déguisé en pauvre, tantôt les maisons de Moscow, tantôt d'autres parties de son vaste empire. Il doit entendre de drôles de choses ; observe la vieille Maria. En effet, la conversation doit quelquefois lui paraître piquante ; mais je crois que pour s'en amuser toujours, il faut qu'il s'y soit un peu préparé. Car quelque bon que soit un roi, il court le risque d'arriver au moment où l'on va vendre les meubles d'un pauvre homme qui n'a pas de quoi payer ses impositions, et alors il n'est pas bien sûr de le trouver d'aussi bonne humeur que Pétrowitz, qui ne s'embarrasse de rien et ne songe qu'à bénir le czar, au nom duquel on va le mettre sur la paille, lui et probablement sa femme, qui vient d'accoucher de son sixième enfant. Il ne faut pas que les czars s'imaginent qu'on prenne toujours les choses de cette manière. Au reste, celui-ci le mérite bien, c’est un excellent homme ;

        Car la devise de notre czar Iwan,
C'est qu'être bon vaut mieux qu'être grand. :

C'est le refrain de la chanson qu'on lui fait chanter, et qui dans sa simplicité a tout à-fait le caractère d'une chanson populaire. Le czar Iwan fait bien quelques phrases sur les rois et sur les sujets ; mais il y en a de touchantes comme celles-ci :

Quel bonheur d'être un moment leur ami,
Alors qu'on est leur roi toute sa vie.

Quand après cela il envie le sommeil du :bon Pétrowitz, qui lui a cédé la moitié de sa natte, je crois bien que c'est une maniêre de parler. Je sais que l'usage est de-dire que les rois dorment mal sous leurs lambris dorés ; mais quant à moi, je suis persuadé qu'on s'accoutume à tout ; et je penserais assez volontiers qu'il est encore moins difficile à un roi qu'à un homme qui n'a pas le sou de passer la nuit tranquillement. Le czar Iwan, à qui -Maria raconte que c'est au nom du czar qu'on veut saisir les meubles de son fils s'il n'a pas payé demain les impositions, répond que ce ne sont pas là certainement les intentions du czar, qu'il veut qu'on ferme les yeux sur certaines choses,

On ferme les yeux sans peine,
Mais c'est quand on ouvre la main,

lui répond à son tour la, vieille Maria. Le trait est spirituel; mais l'auteur de la Chaumière moscovite ne s'est peut-être pas douté qu'il se rencontre, ici avec Fénélon, qui ne se doutait guères à son tour qu'un de ses écrits les plus sérieux et même les plus tristes pourrait fournir un trait capable de figurer fort bien en vaudeville ; c'est dans un tableau, le plus lugubre qu'on ait jamais tracé de l'état de la France en 1710 ;. il parle de l'insouciance et de l'avidité des courtisans. Tout se réduit, dit-il, à fermer les yeux et à ouvrir la main. Ce rapprochement ne prouve pas que Fénélon, s'il s'en fût ·occupé, eût écrit l'Histoire de France en vaudevilles, mais seulement que l'esprit trouve sa place par-tout, et que pour faire de jolies choses il peut-être utile quelquefois d'en lire de bonnes.

Le czar Iwan qui, sans avoir lu Fénélon, dit pourtant d'assez bonnes choses, n'en a pas moins endormi ses hôtes, à qui il a promis de leur envoyer le lendemain pour leur enfant un parrain qui fera sa fortune. Il s'échappe pendant leur sommeil, et le lendemain, quand le collecteur Rigoroff arrive pour saisir les meubles de Petrowitz, le parrain se présente accompagné de toute sa cour, dote sa commère, la jeune Eudoxie, avec qui il doit tenir l'enfant ; il donne à Alexis, le jeune amoureux d'Eudoxie, la place de son père Rigoroff, marie les amans, et tout le monde est content. Le public. l'a été beaucoup, sur-tout de la grace de mademoiselle Desmares dans le rôle d'Eudoxie.

Les auteurs ont été demandés ; c'est M. Joseph Pain, auteur d’Amour et Mystère et de plusieurs jolis vaudevilles, et un jeune homme inconnu.

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