La chûte du dernier tyran, ou la journée du 9 Thermidor

La chûte du dernier tyran, ou la journée du 9 Thermidor, drame en 2 actes. Par les c. Pigault-Lebrun, et Dumaniant, 18 Fructidor [an 2].

Cité-Variétés

Titre :

Chûte du dernier tyran (la), ou la journée du 9 Thermidor

Genre

drame

Nombre d'actes :

2

Vers / prose ?

en vers

Musique :

non

Date de création :

18 fructidor an 2 (4 septembre 1794)

Théâtre :

Cité-Variétés

Auteur(s) des paroles :

Pigault-Lebrun, Dumaniant

Almanach des Muses 1795.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1795, volume 3 (mai juin 1795), p. 253-256 :

[La pièce, en vers, raconte la journée du 9 Thermidor, date de la chute de Robespierre. Et elle la raconte du point de vue des vainqueurs, mais aussi du peuple qui respire après la chute du tyran. Le compte rendu commence par le récit des événements. Puis un assez long paragraphe explique pourquoi la pièce ne pouvait pas réussir : elle raconte des événements trop récents (manque de recul, on n’apprend rien qu’on ne sache déjà), mais aussi trop cruels : « Le spectateur, oppressé ne peut applaudir ce qui l’indigne , & il souffre avec peine qu'on lui répete des phrases captieuses qu'il a entendues mille fois » mais aussi « il est intérieurement humilié d'avoir été trompé par l’éloquence astucieuse des traîtres qu'il a sous les yeux, & il sent se rouvrir des blessures encore mal fermées ». Une rapide conclusion reconnaît que la pièce n’est pourtant pas sans mérite.]

THEATRE DE LA CITÉ-VARIÉTÉS.

La Chûte du dernier tyran, ou la Journée du 9 thermidor, drame en deux actes & en vers.

Nous allons essayer d'esquisser cet ouvrage, qui n'a point obtenu un très-grand succès. Le premier acte se passe chez le tyran seul avec son frere, il lui développe toute l'astuce de sa politique, & lui témoigne quelques craintes sur son sort, d'après la maniere dont il a été improuvé, la veille, à la Convention. Lebas, St. Just & Couthon, porté dans son fauteuil, entrent chez lui. Tous comptant sur l'appui de la commune & du général, prennent leurs mesures pour que cette journée éclaire leurs succès & fasse triompher le triumvirat : chacun en conséquence retourne à son poste, excepté le tyran qui a des ordres à donner à Dumas, sur les listes de proscrits que celui-ci lui présente tous les matins. Des citoyennes de la halle viennent le consulter sur la cherté des denrées, & lui demandent s'il est tems qu'elles éclatent : elles accusent la commune : on juge bien que le moderne Cromwel excuse ses bons amis, & conseille à ces bonnes citoyennes de différer l'éclat qu'elles méditent. Il leur parle de lui, de sa vertu, des dangers qu'il court, & les engage à parcourir tous les quartiers de Paris, afin de disposer le peuple en sa faveur, s'il lui arrive de succomber : il sort ensuite avec Henriot, pour prendre les dernieres mesures.

Le second acte se passe à la commune : on sonne le tocsin, on bat la générale. L'agent national est encore tout étourdi de la chute du tyran, lorsque Coffinhal vient lui apprendre qu'il va paroître, que lui & ses amis sont en liberté. Le peuple remplit les tribunes : il s'agit de le préparer à soutenir la section ; c'est l'agent national qui se charge de ce soin ; mais, à peine est-il à la tribune, que les conspirateurs entrent au bruit des applaudissemena. Grand mouvement, interrompu par un patriote qui ose venir jusques dans le sein de la commune, éclairer le peuple sur les complots coupables : ce généreux citoyen est arrêté : arrive enfin un gendarme, chargé du décret qui met tous les traîtres hors de la loi. A ce coup imprévu, la consternation est générale : le peuple court à la Convention, tous les municipaux cherchent à fuir : les cinq conspirateurs restent seuls, plongés dans la plus grande inquiétude. Lebas se tire un coup de pislolet & meurt : Robespierre n'a pas le courage de s'arracher la vie. Le représentant du peuple paroît, à la tête d'une foule de citoyens : c'est alors qu'un gendarme tire sur le tyran, & l'abat à ses pieds. Tous ses complices sont arrêtés, & le rideau tombe.

Il est des événemens qu'il faut laisser s'enfoncer dans la nuit des tems, avant de les produire au grand jour sur la scene. Trop rapproché de nous, un fait historique perd de ses détails & de ses développemens. Que peut-on nous dire alors que nous ne sachions ? que peut-on nous retracer que nous n'ayons vu ? Voilà sans doute la cause de la froideur avec laquelle le public a reçu cet ouvrage. II faut dire aussi qu'il n'y a point d'oppositions, point de controverse. Il faut, pendant un acte & demi, entendre les déclamations révoltantes du dernier tyran & de ses complices contre la Convention, contre tout ce que le peuple a de plus sacré. Personne ne les contredit ; personne ne repousse leurs coupables discours par une morale digne des principes, digne de la liberté qu'ils outragent : il faut acheter [?] la moitié du second acte, qui offre le tableau de l'énergie que la Convention & le peuple ont montrée dans cette mémorable journée, par un tas de vociférations de tous les conjurés. Le spectateur, oppressé ne peut applaudir ce qui l’indigne , & il souffre avec peine qu'on lui répete des phrases captieuses qu'il a entendues mille fois : il y a plus, il est intérieurement humilié d'avoir été trompé par l’ éloquence astucieuse des traîtres qu'il a sous les yeux, & il sent se rouvrir des blessures encore mal fermées.

Du reste, il y a du mérite dans l’ouvrage dont nous parlons. Plusieurs caracteres y sont bien tracés.

La base César ne connaît comme auteur que Pigault-Lebrun. La pièce, en deux actes, a été représentée 6 fois, du 4 septembre 1794 au 14 septembre 1794.

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