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Le Chêne patriotique ou la Matinée du 14 juillet

Le Chêne patriotique ou la matinée du 14 juillet, comédie en deux actes et en prose mêlée d’ariettes, de M. Monvel, musique de M. d’Aleyrac, 10 juillet 1790.

Théâtre Italien.

Titre :

Chêne patriotique (le), ou la matinée du 14 juillet

Genre

comédie mêlée d’ariettes

Nombre d'actes :

2

Vers / prose ?

prose, avec des couplets en evrs

Musique :

oui

Date de création :

10 juillet 1790

Théâtre :

Théâtre Italien

Auteur(s) des paroles :

M. Monvel

Compositeur(s) :

M. d’Aleyrac

Réimpression de l’ancien Moniteur, tome cinquième (Paris, 1860), Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 195 (mercredi 14 juillet 1790), p. 120 :

THÉATRE ITALIEN.

Dans la pièce intitulée le Chêne patriotique, donnée samedi dernier à ce théâtre, l'auteur a rappelé ce trait d'un bon cure des environs de Poitiers, qui a fait planter un arbre par tous les citoyens de sa paroisse, pour consacrer la Révolution qui assure leur bonheur. A ce sujet sont jointes plusieurs intrigues d'amour, dont l'une entre le fils du ci-devant seigneur du village et une petite paysanne naïve, fille d'un riche laboureur. M. de Saint-Flore consent au mariage, pour assurer la destruction du préjugé de la naissance dans les unions et marquer son adhésion aux principes de l'égalité. La scene est censée se passer le 14 juillet, et offre l'image de la fête générale qui sera célébrée à la même heure par toute la France.

Quelques spectateurs ont paru désapprouver que des objets aussi grands, aussi sacres, aussi respectables, fussent traduits sur le théâtre, et surtout mêlés à des intrigues amoureuses, ce qui en rabaisse toujours le caractère. Ils ont cru que de pareils détails avaient toujours besoin d'un voile allégorique, et ne devaient jamais paraître à nu. Ils ont pense que le magnifique tableau qu'on vient d'admirer au Champ-de-Mars, et celui de la cérémonie du serment, dont l'imagination se trace d'avance une si superbe idée, ne pouvaient être heureusement imités dans un cadre aussi étroit que le théâtre; et enfin que les discours sérieux que contient cette pièce sur la Révolution, sur le patriotisme, etc., ne pouvant être qu'une répétition nécessairement affaiblie de tout ce qu'on a dit et entendu mille fois sur ce sujet, ne pouvaient plus inspirer d'intérêt.

Beaucoup d'autres, moins exigeants et moins difficiles, ont été charmés de voir retracer au théâtre des sentiments qu'ils portent tous au fond de leurs cœurs ; et à quelques scènes près, qui ont paru trop longues à tout le monde, la p1èce en général a été fort applaudie. On en a demandé les auteurs : M. Monvel a paru.

Il est très sûr qu'on trouve dans cet ouvrage des détails extrêmement agréables, surtout dans ce qui est étranger au sujet patriotique. Il a été parfaitement joué. Le caractère le plus remarquable, quoiqu'un peu commun, mais qui a paru neuf par l'expression qu'y a mise madame Gonthier, est celui d'une madame Alerte, femme de charge du château, qui croit conduire tout, que rien ne se fait bien sans elle, et qui pourtant n'est bonne à rien.

Nous devons aussi des éloges à M. Sollier (cela nous arrive souvent), non pas précisément pour la manière dont il joue son rôle, qui est peu de chose, mais pour l'excellente méthode de son chant qui se perfectionne encore de jour en jour. Cela nous conduit à une observation générale ; c'est que le séjour des Italiens à Paris a fait un bien infini à ceux de nos chanteurs qui ont eu le bon esprit d'en profiter. Les progrès de l'art du chant sont très sensibles, surtout au théâtre Italien, depuis 1'année dern1ere. M. Sollier, qui dans un séjour de trois ans en Italie a su corriger les vices de la méthode française y a puisé une estime pour la méthode italienne, qu'il a le courage de ne pas dissimuler, et qui le conduit à la perfection. On pourrait dire autant de quelques autres chanteurs de ce théâtre. Il est à souhaiter qu'à leur exemple le bon goût se propage a1lleurs.

L'orchestre mérite aussi des encouragemens. Il gagne tous les jours plus de précision, plus d’enemble, et cet art si nécessaire d'adoucir les accompagnements, et de laisser domiiner les voix.

Mercure de France, tome CXXXIX, n° 30 du samedi 24 juillet 1790, p. 165-166 :

[C’est d’un succès qu’il s’agit. Le critique nous en raconte l’intrigue qu’il estime un peu trop insistante (pourquoi tant d’amours dans cette pièce ?). Mais l’essentiel est le patriotisme qui s’y manifeste. Au nom de ce patriotisme, il invite à juger la pièce avec indulgence (qui pourrait donc être nécessaire...). Elle a pourtant ses qualités : « des traits ingénieux, des détails dramatiques, & des couplets fort bien faits ». La musique est d’un compositeur en constant progrès.]

THÉATRE ITALIEN.

Le Chêne patriotique, ou la Matinée du14 Juillet a été jouée avant le 14 Juillet ,& elle l'a été avec succès.

La Scène se passe dans un Village, dont le Seigneur est bon Patriote ; & une des preuves qu'il en donne, c'est d’immoler le préjugé de la noblesse, en mariant son fils à une Paysanne. L’Auteur, M. Monvel, a renforcé, même un peu trop, l’action de la Pièce par d'autres amours & d'autres mariages ; mais l'idée principale, c'est un Chêne que le Seigneur laisse choisir dans ses forêts, & que les Villageois vont replanter devant leur Eglise en mémoire de la prise de la Bastille. Cela fait, le ci-devant Seigneur, les Officiers Municipaux, la Garde Nationale, & les autres Citoyens attendent que midi sonne pour prêter le Serment Fédératif; ce qui s'exécute avec beaucoup de zèle & d'enthousiasme.

Ces sortes d'Ouvrages, toujours faits rapidement, ne doivent pas être jugés avec sévérité. L'expression de la sensibilité en fait le principal mérite ; celui-ci a d'ailleurs des traits ingénieux, des détails dramatiques, & des couplets fort bien faits qu'on a beaucoup applaudis.

La musique est de M. Dalayrac, dont le talent acquiert toujours de nouveaux titres à l'estime publique.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1790, tome VIII (août 1790), p. 339-341 :

[Le critère essentiel du jugement porté sur la pièce, c’est le patriotisme, et le critique, sur ce plan, n’a que des motifs de satisfaction. Seul reproche à faire à la pièce, un moment de lenteur, facile à corriger... Patriotisme et histoire d’amour entre les ordres, voilà ce que le public semble avoir apprécié.]

Le chêne patriotique ou la matinée du 14 juillet, comédie en deux actes & en prose mêlée d'ariettes, a été jouée avant le 14 juillet, & elle l'a été avec succès. Les paroles sont de M. Monvel, & la musique de M. d'Aleyrac.

Le lieu de la scene est dans le parc d'un château ; le ci-devant seigneur, M. de Saint-Flore, homme sans préjugés, philosophe, & qui de tout tems a regardé en pitié les vains titres de noblesse, a un fils, bon patriote comme lui, & qu'il a élevé dans les grands principes de l'égalité. Ce jeune homme, nommé Tourville, a pris de l'amour pour la jeune Annette, fille d'un honnête villageois. Sûrs l'un & l'autre du consentement de leurs peres, ils se promettent de s'épouser ; & pour gage de leur foi, ils tracent leurs chiffres entrelacés sur l'écorce d'un jeune chêne. Les officiers municipaux du lieu, accompagnés de quelques paysans, viennent demander à M. de Saint-Flore la permission de déraciner, dans son parc, un jeune arbre qu'ils veulent planter dans le lieu de la cérémonie. Leur choix tombe sur celui qui est garant de la foi que se sont donnée les deux jeunes amans. On l'emporte en triomphe.

La scene du second acte se passe dans le lieu du pacte de famille. On apperçoit de loin le bonnet de la liberté : cet emblême a excité les plus vifs transports. Arrive le pere d'Annette, absent depuis deux jours, qui revient pour prendre part à la fête. Tandis que sa fille lui fait le récit ingénu de son amour, on annonce l'arrivée des officiers municipaux & de tout le village, apportant avec eux l'arbre patriotique. Ils sont armés de piques & de pioches, esquisse légere du spectacle imposant que vient de nous offrir le Champ-de-Mars. Ils sont bientôt suivis des gardes nationales des environs, & de soldats de plusieurs régimens ; tous se confondent, s'embraſſent & se mettent en devoir de planter le jeune arbre : ils apperçoivent sur son écorce deux lettres entrelacées, que l'on reconnoît pour les chiffres de Tourville & d'Annette. Leurs peres, malgré l'ancienne différence de condition, les unissent, & à l'instant s'éleve l'arbre de l'amour & du patriotisme, qui doit attester aux générations futures l'heureuſe époque de notre liberté. Cependant l'heure du serment approche, les yeux sont fixés sur le cadran ; tous, le cœur palpitant, attendent l'instant si vivement desiré : midi sonne.... aussi-tôt l'air retentit de mille sermens mille fois répétés, du bruit des tambours & du canon. Après ce moment d'ivresse, on ſert un repas frugal dont l'amitié fait tous les frais, & qui finit par des tostes portés, 1°. aux illustres représentans de la nation ; 2°. à notre bon roi qui, comme le dit le vaudeville, l'eût été par notre choix, s'il ne l'étoit par sa naissance ; 3°. enfin à tous les François.

Cette piece a eu le plus grand succès, & il seroit injuste de l'attribuer seulement au rapport qu'elle a avec les circonstances. Sa marche est vive, facile, & coupée heureusement par des épisodes très-heureux. Il y a un moment de vuide ; c'est après la prestation du serment ; il semble que la piece doive finir là. Ce qui se dit après jusqu'à ce qu'on soit à table, a paru froid. Nous engageons l'auteur à rendre du moins ce passage un peu plus rapide. La musique nous a paru gaie, bien variée & tout-à-fait neuve. Beaucoup d'endroits ont excité des applaudissemens. En général, la piece fait honneur aux talens & au patriotisme des auteurs.

Correspondance littéraire de Grimm, nouvelle édition, tome quinzième (1831), p. 138 :

Le Chêne patriotique, opéra comique en deux actes, en prose, mêlé d’ariettes, paroles de M. Monvel, musique de M. Dalayrac, a été joué sur le Théâtre Italien, le samedi 10 juillet. L’idée de cette pièce est aussi simple que son titre. Au premier acte, on choisit un chêne dans la forêt ; au second, on le transplante dans la place du village pour servir de monument à la liberté reconquise le 14 juillet. A cet acte patriotique se mêlent deux ou trois petites intrigues amoureuses, qui, sans détourner de l’objet principal, ne servent qu’à égayer la fête ; le tout est terminé par un beau serment. Cette nouveauté, grace à l’intérêt des circonstances, a beaucoup réussi, on l’a du moins fort applaudie ; tous les rôles ont été rendus avec une grande vivacité. Plusieurs couplets nous ont paru d’un tour heureux et facile.

D’après la base César, la pièce a fait une courte carrière : créée le 10 juillet 1790, elle a connu 7 représentations jusqu’au 2 août de la même année.

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