Le Déjeûner de[s] garçons

Le Déjeûner de[s] garçons, opéra en un acte, paroles de M. Auguste [Creuzé de Lesser], musique de M. Nicolo ; 24avril 1806.

Théâtre de l'Opéra-comique.

Le titre peut être le Déjeuner de garçons ou le Déjeuner des garçons.

Titre :

Déjeuner de[s] garçons (le)

Genre

opéra (comique)

Nombre d'actes :

1

Vers ou prose ,

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

oui

Date de création :

24 avril 1806

Théâtre :

Théâtre de l’Opéra-Comique

Auteur(s) des paroles :

Auguste

Compositeur(s) :

Nicolo Isouard

Almanach des Muses 1807.

Deux étourdis, Walcourt et Linval, doivent donner tous les deux à déjeûner, Walcour à sa maîtresse, et Linval à un de ses créanciers : ils font bourse commune, mais ils n'ont ni argent ni domestique. Il ont retrouvé pourtant un dernier écu ; ils le donnent en à compte au traiteur, qui se hasarde à leur servir un modeste déjeûner. Leur appartement a deux pieces et deux issues ; ils passent alternativement d'une chambre à l'autre et se servent mutuellement de domestique. Cette situation et leur embarras se prolonge jusqu'à l'arrivée de l'oncle de Walcourt, qui découvre tout, et annonce à son neveu qu'il est chargé de lui compter 60,000 fr. de la part d'un oncle qui vient de faire fortune en Amérique. Cet incident ramene l'abondance et la gaîté parmi les convives, et permet à Walcourt d'épouser sa maîtresse.

Des situation plutôt bizarres que comiques ; musique légère, trop légère.

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Barba, 1806 :

Le Déjeuner de garçons, comédie en un acte, mêlée d’ariettes, Représentée pour la première fois sur le théâtre de l’Opéra-comique, par les Comédiens ordinaires de l’Empereur, le jeudi 24 avril 1806. Paroles de M. Auguste, Musique de M. Nicolo-Isouard.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome V, mai 1806, p. 286-288 :

[Le critique, peut-être de façon nostalgique, évoque ce que sont les déjeuners de garçons (où il y a tout de même des femmes), « où tout respire la gaieté, la franchise et la liberté ». Celui que représente le présent opéra-comique ne rentre pas dans ce cadre, puisque rien n’y est conforme à ce qu’on attend à une soirée entre amis. Pas de domestique (chacun se mettra au service d el’autre, à tour de rôle), juste un peu de vin. Mais la situation devient piquante quand un autre garçon organise son propre déjeuner en faisant appel à un des jeunes gens qu’il a pris pour un serveur. La situation se dénoue quand l’oncle d’un des jeunes gens, venu par hasard (il y a toujours beaucoup de hasards dans ce genre de pièces), reconnaît son neveu, et le sauve de cette débauche en le mariant : plus de déjeuner de garçons (il faut être célibataire pour y participer). Le critique avait reconnu l’auteur du livret, à l’idée bouffonne que la pièce développe, aux scènes amusantes, aux « mots très-plaisans », mais il regrette le manque de lien entre les scènes, le comique un peu forcé et parfois un peu bas. Par contre, le musicien n’est pas identifiable : une musique un peu vide d’idées, ne faisant pas oublier les invraisemblances de la pièce. Les deux interprètes principaux sont excellents. D’où le succès, sanctionné par la demande des auteurs.]

C'est une chose très-aimable qu'un déjeûner de garçons, sur-tout lorsqu'il n'y a pas que des garçons : les femmes les plus aimables, c'est-à-dire celles qui savent le mieux l'art d'être par-tout respectées, ne haïssent pas ces réunions où le sans façon est l'étiquette établie, où tout le monde est maître du logis, excepté le maître lui-même, où les honneurs de la table sont faits par celui qui a le plus d'appétit, où tout respire la gaieté, la franchise et la liberté.

Mais pour qu'un tel déjeûner soit agréable aux convives, il ne faut pas qu'il ressemble à celui servi hier à l'Opéra-Comique ; il ne faut pas que celui qui le donne soit un joueur absolument au dépourvu, sans argent et sans crédit ; car alors il est obligé d'user d'étranges stratagêmes pour dissimuler à ses convives l'embarras de sa situation ; en voici une idée :

Et d'abord il est sans domestique : mais ce point n'est pas embarrassant : son ami, mauvais sujet comme lui, et partageant à-la-fois son appartement et sa détresse, lui servira aujourd'hui de valet ; demain, lui-même, en pareille occurrence, sera le domestique de cet ami.

Le restaurateur voisin aura cette fois encore quelque complaisance : une bouteille de vin renforcée d'une caraffe d'eau, donnera en résultat net deux bouteilles de vin vieux qui aura perdu sa force, et l'on aura un déjeûner de garçons.

Mais que faire si, dans l'appartement voisin, un autre personnage vient aussi demander à déjeûner au jeune fou, qui en ce moment, a la serviette sous le bras, derrière la maîtresse de son ami, conduite au déjeuner par son père ? Ne pas perdre la tête, jouer à-la-fois dans les deux appartemens, ici le rôle de maître, là celui de valet, servir au nouveau convive les débris du déjeûner commencé, et l'abreuver de cette eau qui tout-à-l'heure, vient de renouveller l'ancien miracle.

Cependant cette situation extravagante ne peut se soutenir long-temps, malgré tous les lazzis piquans qu'elle amène ; comme il faut finir ces deux embarrassans déjeûners et quitter un double rôle trop fatiguant, on met en vente un piano d'Erard ; un amateur monte ; cet amateur est l'oncle d'un des deux étourdis : il reconnaît dans une chambre son neveu dans l'emploi de valet, et dans l'autre il le retrouve sous l'habit de maître il voit que

Ces messieurs menaient une belle conduite ;

et pour corriger celui qui lui appartient, il lui interdit, en le mariant, l'habitude des déjeûners de garçons de cette sorte.

Cette bagatelle devait être et est en effet de l'auteur de M. Deschalumeaux : l'idée en est très-bouffonne ; elle produit deux ou trois scènes amusantes et des mots très-plaisans ; mais le tout est mal lié, d'un comique forcé, dont les détails sont quelquefois trop bas. Les rôles des jeunes étourdis sont agréables ; mais tous les autres sont trop nuls, et ressemblent trop à ce qu'on appelle des compères dans les proverbes et dans les pièces à tiroir.

Nous n'avions pas deviné le compositeur en écoutant la musique de cet opéra  elle est de M. Nicolo, Il y a quelques petits airs agréablement bien tournés ; mais d'autres beaucoup trop longs, et tout-à-fait vides d'idées musicales, ne servent qu'à faire mieux sentir l'invraisemblance de quelques situations. Martin et Gavauuan jouent le rôle des deux étourdis avec beaucoup de gaieté. La musique a été composée sans peine ; ils la chantent sans prétention, et on l'applaudit sans conséquence. Les auteurs ont été demandés et nommés.

L'Esprit des journaux français et étrangers, 1806, tome XII (décembre), p. 295-296 :

[La pièce est jouée à la fin de 1806 à Bruxelles.]

Le Déjeûner des garçons est une bleuette agréable ; le moment du déjeûner est gai, la situation des deux étourdis est piquante, leur embarras plaisant et comique. MM. Desfossés et Hurteaux, ont rendu leur double personnage de maître et de valet avec finesse et mal-adresse ; c'est un éloge qui leur est dû. M. Perceval ressemblait un peu trop à un Cassandre préteur sur gages ; son costume n'était pas celui des oncles d'aujourd'hui ; M. Monnier mérite le même reproche. Cet acteur joue un rôle de père assez insignifiant, de même que celui de sa fille, que remplissait Mme. Bayer. Les rôles des deux jeunes gens, sont les seuls qui soient saillans ; MM. Hurteaux et Défossés les font valoir. M. Paulin a joué,pour suppléer un acteur malade, un bout de comique dont il s'est acquitté avec tout son talent ; il faut lui savoir gré de cette complaisance ; le véritable talent n'est nulle part déplacé, et M. Paulin en est la preuve.

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