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L'Etourderie, ou Comment sortira-t-il de là ? (Radet)

L'Étourderie, ou Comment sortira-t-il de là ?, vaudeville, de Radet, 30 avril 1808.

Théâtre du Vaudeville.

Almanach des Muses 1809.

Titre :

Étourderie (l’), ou Comment sortir de là ?

Genre

comédie mêlée de vaudevilles

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

30 avril 1808

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Radet

La brochure, parue en 1808 chez Fages, porte comme titre L'Etourderie, ou comment sortira-t-il de là ?, comédie en un acte et en prose, mêlée de vaudevilles, par M. Radet, représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Vaudeville, le 30 avril 1808. Pièce à ne pas confondre avec le vaudeville intitulé l’Étourderie joué en 1799 au Théâtre des Troubadours.

Mercure de France, volume 32, n° CCCLV (samedi 7 mai 1808), p. 280 :

[Le compte rendu consiste d’abord en une analyse de l’intrigue, non sans surprise (en quoi le mariage avec Griffard, un vieux procuteur, peut-il être un « heureux moment » pour la toute jeune Constance (qui dans la brochure s'appelle Hortense) ?). Le dénouement est présenté sans commentaire, avant de porter un jugement nuancé : si quelques couplets « qui demandaient grâce pour la faiblesse de l'intrigue » (flatterie envers le public ?), l’intrigue manque tout de même fortement d’originalité, ce qui est pourtant le minimum de ce qu’on peut exiger d’une pièce de théâtre. Et une remarque perfide rappelle à l’acteur principal qu’il est essentiel que le public l’entende : « les acteurs sont assez généralement dans l'usage de soigner leur prononciation ».]

Théâtre du Vaudeville. — Première représentation d'une Etourderie, ou Comment sortira-t-il de là ? par M. Radet.

Linval, jeune officier, aime Constance dont le père est mort, elle attend dans une pension l'heureux moment où elle doit épouser M. Griffard, vieux procureur : cet hymen avait été arrêté par le père de Constance, afin de s'acquitter, avec le vieux praticien, d'une somme de cinquante mille francs qu'il n'a pu lui payer, et Constance est destinée entr'eux à servir de solde de compte :ce projet ne convient nullement aux jeunes gens qui s'adorent : Linval loue une chaumière qui tient aux murs de la pension ; il monte sur ce mur pour apercevoir au moins celle qu'il aime, mais trop occupé sans doute de cette douce contemplation, la tête lui tourne et il tombe dans le jardin où Constance se trouvait seule dans ce moment : le jeune homme entre dans un pavillon pour y prendre les habits d'une vieille femme, et pouvoir, sous ce travestissement, sortir de la maison sans compromettre Constance, mais une maîtresse de la pension l'y enferme et emporte la clef. C'est alors qu'on se demande comment il sortira de-là ? Très-heureusement pour lui il a fait part de son amour au capitaine Franval, ancien ami de son père, qui arrive fort à propos pour faire mettre notre étourdi en liberté, rembourser au procureur la somme de cinquante mille francs et unir Constance à Linval. Ce vaudeville est inférieur aux autres productions de M. Radet. On a cependant applaudi quelques jolis couplets qui demandaient grâce pour la faiblesse de l'intrigue : dans le monde, toutes les étourderies se ressemblent, mais au théâtre, pour les faire pardonner, il faut au moins qu'elles soient originales.

Nous observerons à M. Auguste, chargé du rôle de Linval, que l'on ne parle au théâtre qu'afin d'être entendu des spectateurs, et que les acteurs sont assez généralement dans l'usage de soigner leur prononciation.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, année 1808, tome III, p. 172 :

Petit succès. Situation imitée de celle de Faublas, lorsqu'ils saute dans le jardin des religieuses chez lesquelles est sa maîtresse. Dénouement riche, puisqu'un oncle généreux le fait au moyen de cinquante mille francs. Détails faits par un homme qui connoît la scène depuis longtemps. C'est M. Radet.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome VI, juin 1808, p. 289-290 :

[L’étourderie, c’est de se sortir d’un dédit de cinquante mille francs que feu le père d’Hortense a signé avec M. Griffard (elle ne peut pas refuser de l'épouser sans qu’il faille lui payer cette fort jolie somme : qu'il épouse ou non, il est sûr de gagner, et elle est sûre de perdre !), et aussi de se sortir d’un cabinet où l'amoureux d'Hortense se trouve enfermé à la suite de sa chute dans le jardin de la pension où elle attend le mariage (de préférence avec son amant). Au moment où l’amant croit qu’un autre séducteur tente de lui ravir sa bien aimée, il découvre que c’est son oncle venu proposer de payer le dédit. Dénouement dont l’arbitraire est souligné avec soin, à deux reprises. Au début de l’article,le critique ironise sur le côté pratique du recours aux oncles dans les comédies, puisque, alors que l’héritage paternel est certain, et qu’il faut lui obéir, ce n’est pas le cas pour les oncles et tantes, qui peuvent déshériter, et qu'on peut allégrement tromper : il y a bien plus à faire d’un oncle que d’un père dans une intrigue de comédie. A la fin, il revient sur le paiement du dédit par l’oncle, dont il s’attache fort sérieusement à montrer qu’il était facultatif. Petite consultation juridique un peu étonnante, mais au Vaudeville, un procès serait sans doute bien ennuyeux. Conclusion : le dénouement est arbitraire, mais la pièce montre de jolies situations, et comporte « des couplets agréables, de la gaieté et du naturel », ce qui serait rare au Vaudeville. Succès donc, l’auteur ayant été « demandé à l’unanimité ».]

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

Une Etourderie , ou Comment sortira-t-il de là ?

Comment sortira-t-il de là ? Ce n'est pas seulement d'une étourderie, d'un mauvais pas, c'est d'un cabinet bien fermé à clef. Cela est encore plus difficile. L'esprit n'y suffit pas ; il faut de la force de poignet. Mais il faut sortir encore d'un dédit de cinquante mille francs fait à un M. Griffard pour sûreté de la main de la jeune Hortense qui lui avait été promise par son père Un jeune militaire vif, amoureux, un peu jaloux, comme l'est Linval, l'amant d'Hortense, pourrait bien parvenir à jetter à bas une porte qui le gêne ; mais avec toutes ces qualités-la, il ne viendrait pas à bout de rassembler ce qu'il faut pour payer le moindre à-compte d'une somme de cinquante mille francs. Heureusement que pour cela un oncle viendra à leur secours. Ce sont des gens bien secourables que ces oncles ; on en fait tout ce qu'on veut, un bourru, une dupe, un bienfaiteur, au besoin même un rival. Un père ne serait pas si commode ; il y a mille libertés qu'on ne peut guères prendre avec lui : l'obéissance est trop indispensable pour laisser carrière à beaucoup d'écarts. On ne peut pas non plus attendre l'héritage d'un père pour payer ses dettes et se marier, comme on se permet quelquefois d'attendre celui d'un oncle ; et puis, l'héritage d'un père est une chose sûre : celui d'un oncle dépend de mille circonstances ; de là une foule de combinaisons plus ou moins vraisemblables, mais toutes possibles. Il est bien certain que c'est pour la commodité des auteurs de comédies, et sur-tout de vaudevilles, que Dieu a mis au monde les oncles et les tantes. On n'avait pourtant pas trop compté sur cet oncle-là pour réparer les étourderies du neveu. Celui-ci n'avait eu d'autre motif, en grimpant sur les murs du jardin d'une pension de jeunes demoiselles, que de voir son Hortense qui était renfermée en attendant qu'elle épousât M. Griffard. Du mur il avait passé sur une branche ; mais en voyant Hortense, il ne s'y était pas tenu assez tranquille, la branche avait cassé, et Linval était tombé dans le jardin de la pension, à-peu-près comme Arlequin afficheur tombe dans la maison de sa maîtresse quand on lui retire son échelle. Une fois là, il avait fallu songer à la décence, et il s'était déguisé en vieille femme ; mais pour plus de sûreté, il s'était encore caché dans un pavillon du jardin et si bien caché, qu'une maîtresse de classe, personne d'ordre qui voit la clef à ce pavillon où elle ne suppose pas qu'il y ait personne , la met dans sa poche après avoir fermé la porte à double tour. C'est de-là que Linval entend M. Griffard faire sa cour à sa prétendue ; il prend patience ; un amant peut entendre sans humeur le dialogue de sa maîtresse avec M. Griffard. Mais un autre interlocuteur succède à celui-ci ; son ton avec Hortense paraît beaucoup plus amical, ses propositions plus séduisantes, et la jeune personne plus touchée. Linval n'y tient plus, et sent bien que ce n'est ni en habit de vieille femme, ni de la fenêtre d'un pavillon qu'il peut disputer sa maîtresse ; il se fait ouvrir et reconnaître, et reconnaît, dans le personnage qui l'avait inquiété, son oncle qui venait proposer à Hortense de payer le dédit pour lui faire épouser Linval : cet oncle-là est bien généreux, et cinquante mille fr. c'est bien cher ; car enfin, puisqu'Hortense est ruinée, où M. Griffard prendrait-il les cinquante mille francs du dédit ? Quel risque court-elle à le refuser ? D'ailleurs, c'est le père d'Hortense qui a fait le dédit ; ce père est mort, la succession n’a rien, Hortense y peut renoncer ; M. Griffard est aussi un effet de la succession, et je ne vois pas qu'elle soit obligée d'accepter cet effet-là plus qu'un autre. Si l'oncle n'était pas si expéditif en affaires, il y avait au moins de quoi plaider, mais le public, qui ne se serait peut-être pas arrangé d'un procès, s'est fort bien contenté du dénouement : il avait applaudi dans la pièce de jolies situations, des couplets agréables, de la gaieté et du naturel, grand et rare mérite au Vaudeville. L'auteur, demandé à l'unanimité, est M. Radet.

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