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Gilles toujours Gilles, rival d’Arlequin, ou la Cassette

Gilles toujours Gilles, rival d’Arlequin, ou la Cassette, imitation de Lafontaine, en deux actes & en vaudevilles; par MM. Théodore Gambés, & Gassier St. Amand, 10 décembre 1792.

Théâtre de l’Estrapade.

Titre :

Gilles toujours Gilles, rival d’Arlequin, ou la Cassette

Genre

canevas de comédie italienne en vaudevilles

Nombre d'actes :

2

Vers / prose

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

10 décembre 1792

Théâtre :

Théâtre de l’Estrapade

Auteur(s) des paroles :

Théodore Gambès et Gassier Saint-Amand

Sur la page de titre de la brochure, à Paris chez Chemin, chez Louis, 1793 :

Gilles toujours Gilles, imitation de La Fontaine, en deux actes, et en vaudevilles, Représenté, pour la première fois, le Lundi dix Décembre 1792, sur le Théâtre de l’Estrapade. Par les Citoyens Théodore Gambès & Gassier Saint-Amand.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1794, volume 1 (janvier 1794), p. 316-322 :

[La pièce est un canevas de comédie italienne mâtiné d’imitation de La Fontaine, et son résumé montre combien il est peu original, puisqu’on peut lui trouver des précédents récents. Il en souligne aussi l’invraisemblance (la conduite d’Arlequin quand il a trouvé un trésor n’est pas très logique). La pièce finit comme toutes les pièces de ce genre finissent, Arlequin trompe Gilles, lui reprend le trésor que ce balourd lui avait volé, et épouse Colombine. Tout cela est conforme aux habitudes de la comedia dell’arte. Il suffit ensuite, dans un ultime paragraphe, de condamner une pièce qui est certes « fort gaie » et «  offre quelques jolis couplets de situation » (bilan positif assez maigre !), mais qui est rempli d’« indécentes gravelures » qui n’ont pas leur place au théâtre. De façon intéressante, le critique plaide pour le respect du public populaire, qu’il n’y a pas de raison de condamner à voir des spectacles indignes il peut très bien apprécier« les traits de vertus, de courage, d'héroïsme, les fines plaisanteries, & généralement tout ce qui tend au perfectionnement des mœurs & même du goût ». « Auteurs, quels que vous puissiez être, nous vous le répéterons pour la millieme fois, & nous vous le répéterons sans cesse : rougissez des succès que vous obtenez en outrageant le bon goût & sur-tout les mœurs. »]

Gilles toujours Gilles , imitation de Lafontaine, en deux actes & en vaudevilles; par MM. Théodore Gambés, & Gassïer St. Amand,

M. Cassandre est, comme tant d'autres, un homme franc à son intérêt prêt, & conséquemment le pauvre Arlequin a beau aimer la tendre Çolombine, il ne l'obtiendra pas ; car non-seulement le vieux Cassandre n'a point de dot à donner à sa fille, mais encore il veut être enrichi lui-même par celui à qui il la donnera. Ce calcul n'est point du tout d'un imbécile, & il ne s'agit que de trouver un gendre qui veuille l'approuver. En attendant qu'Arlequin soit à portée de le faire, il vient porter un bouquet à Çolombine, & lui dire de ces jolis riens, de ces bêtises d'esprit qui font très-souvent fortune auprès du beau sexe. De-là, une scene de brouillerie & de raccommodement, absolument semblable à la premiere scene d'Arlequin aux calembourgs, ou, si l'on aime mieux, à Arlequin afficheur. Ce n'est pas remonter bien haut dans l'antiquité pour se choisir un modelé. Tiens, dit Arlequin sur l'air, c'est la fille à Simonette.

Tiens , mon aimable maîtresse,
Prends ce gage de ma foi :
Dans chaque fleur, ma tendresse
A mis un baiser pour toi ;
Mais pour payer ma confiance,
Lorsqu'elles se flétriront,
Promets-moi qu'en récompense
Les baisers me reviendront.

Colombine est absolument de cet avis ; mais ce qui lui fait de la peine, c'est que son pere veut la marier à tout autre qu'Arlequin ; cependant elle résistera, & son cher amant peut être tranquile. Comment est-il possible, dit celui-ci à M. Cassandre, qui vient de faire rentrer sa fille, vous voulez donc me pousser au désespoir ? Bah ! bah ! lui répond ce pere cruel, ce sont des écus qu'il me faut & non des balivernes.

Que va devenir Arlequin, & que résoudra-t-il dans les scenes que nos auteurs ont mieux aimé imiter de Lafontaine que du petit opéra des deux Chasseurs. Il prendra le parti que prend Guillot dans cette piece, il attachera sa ceinture à un gros clou, & après plusieurs comiques lazzis, il cherchera à s'étrangler ; la masure s'écroulera, mais elle roulera parmi ses pierres & ses décombres une cassette remplie d'or & d'argent. Quelle aubaine ! Plus heureux que Guillot, Arlequin est aussi plus gai après cette catastrophe, & il a bien raison de chanter sur l'air de la. bonne aventure :

Au moyen de cet or-là,
    Moi, je me marie.
Monsieur Cassandre en aura
    Une grande envie.
Vraiment, je n'ai pas eu tort,
Par ma foi, vive la mort,
    
Qui me rend la vie,
        
O gué !
Qui me rend la vie.

Quoiqu'il fût très-naturel qu'Arlequin s'empressât de porter son trésor chez lui, ou chez M. Cassandre, il s'amuse à le cacher dans le tronc d'un vieux chêne & à le recouvrir de pierres. Il va ensuite trouver celui qui doit être son beau-pere, pour lui demander sa fille, & donner sans doute le tems à Gilles, qui étoit monté sur l'arbre avant qu'Arlequin y eût déposé son trésor, de s'emparer de la cassette : ce qui ne manque pas d'arriver, & ce qui porte le plus fort le vieillard avare à défendre à l'imbécile Arlequin d'approcher de sa maison.

Gilles, qui de son côté n'est pas moins embarrassé de son trésor vient trouver M. Cassandre, & plus adroit pour le moment que son rival, il a bientôt amolli le cœur de celui qu'il voudroit appeller son beau-pere, & lui montrant les pieces d'or que sa cassette renferme. O ciel ! lui dit Cassandre, tu me donneras ce trésor si je te donne ma fille ? Oui -- Colombine, Colombine, descends en très-grande hâte. L'amante d'Arlequin, les yeux baignés de pleurs, s'avance & ne dit mot. Son pere, qui ne parle que trop, lui apprend que Gilles vient la demander en mariage. Ce pauvre garçon ne sait pas faire de complimens, ajoute-t-il, mais n'importe. Ah ! c'est bien vrai, s'écrie Gilles aussi:

Je ne vous dirai pas j'aime,
Cet argent parle pour moi.

Colombine

C’est la politesse même !

Gilles.

Oh.' Mamzelle, il n'y a pas de quoi !
J'avons un plaisir extrême
En voyant de si biaux yeux ;
Et quand je vous dirois : j'aime.
Je n'vous en aimerois pas mieux»

Colombine se retire en protestant qu'elle ne veut pas de Gilles ; Cassandre assure qu'il saura bien la contraindre, & Gilles demeuré seul & réfléchissant, peut-être pour la premiere fois de sa vie, dit :

« Ste. mamzelle Colombine, allé s'est un peu regimbée ; c'est bien naturel. Actuellement qu'alle m'a dévisagée, alle s'fra des réflexions. V'là un biau gas, qu'alle va se dire, & puis son cœur fera tic, tac, puis v'ià que...... oh! mon Dieu oui, c'est ça. (Air de la carmagnole,)

Monsieur Cassandre m'a promis
Que je deviendrois son beau-fils.
    Tout l'village d'après ça
        A ma noce dira :
    Dansons la carmagnole,
        Vive le son !
    Dansons la carmagnole,
        Vive le son !
        Du haut-bois.

Arlequin ayant appris dans le village que Gilles possède un trésor, suppose, non sans raison, comme on voit, que ce pourroit bien être le sien. Il vient trouver ce bon garçon qui, rusé comme tous les gens de sa famille, cache ingénieusement la cassette derriere son chapeau. Arlequin s'en apperçoit, & aussî-tôt il emploie la ruse pour ravoir son argent. C'est dans cette intention qu'il prétexte qu'un de ses parens qui vient de mourir lui a légué beaucoup d'argent, dont il ne fait que faire, & c'est pour cela qu'il va, dit-il, chercher une cassette qu'il a cachée, pour y mettre ses nouvelles richesses & grossïr d'autant son trésor.

Oh ! oh ! dit Gilles, il faut avoir encore ce magot, allons remettre la cassette où je l'avons prise, & lorsque ce nigaud y aura déposé son argent ou ses assignats, j’irons la reprendre. Arlequin laisse faire Gilles, & lorsque la cassette est en son lieu, il va la reprendre pour la porter à sa chere Colombine. Ah ! mon Dieu , mon Dieu, s'écrie Gilles, me v'la ruiné, v'la la fortune qui me fait banqueroute ! On devine le reste : Colombine est au comble de la joie ; Cassandre qui palpe les pieces d'or, donne en échange son consentement, & Gilles demeure toujours Gilles.

Cette piece offre quelques jolis couplets de situation, & elle est fort gaie. Il seroit à désirer que ses auteurs en eussent retranché quelques indécentes gravelures, .qu'on ne doit, sous aucun prétexte, admettre au théâtre. L'approbation grossiere qu'elles obtiennent ne doit point exciter l'ambition des auteurs, & ils doivent laisser dans l’ordure ce qui est fait pour y demeurer. Vainement, nous le répétons, on dira que les pieces destinées aux théatres des boulevards peuvent être plus libres ; pourquoi ? Quelle en est la raison ? Est-ce que cette classe d'hommes, qu'on appelle quelquefois mal-à-propos la classe inférieure, n'est pas faite pour sentir une bonne plaisanterie ? Que ceux qui pourroient le supposer se détrompent, & s'ils ne veulent pas s'en; rapporter à nous, qu'ils suivent les spectacle dont il est question, & ils verront combien y sont généralement sentis les traits de vertus, de courage, d'héroïsme, les fines plaisanteries, & généralement tout ce qui tend au perfectionnement des mœurs & même du goût. Nous savons bien que certaines gens prétendent que la plupart de ces choses y sont applaudies seulement par instinct, & qu'on y trouveroit fort peu de personnes dans le cas de dire pourquoi elles applaudissent ; mais en supposant que cela soit, de quel droit chercbe-t-on à corrompre cet instinct précieux ? Quel est le but de ceux qui agissent de la sorte ? Auteurs, quels que vous puissiez être, nous vous le répéterons pour la millieme fois, & nous vous le répéterons sans cesse : rougissez des succès que vous obtenez en outrageant le bon goût & sur-tout les mœurs.

( Journal des spectacles.)

D’après la base César, qui donne le titre complet de la pièce, Gilles toujours Gilles, rival d’Arlequin, ou la Cassette, la pièce, d’auteur inconnu, a été jouée du 10 décembre 1792 au 5 octobre 1794. Sur 13 représentations, 1 a eu lieu au Théâtre Molière (le 10 décembre 1792), 11 au Théâtre de l’Estrapade à Panthéon (du 16 décembre 1792 au 21 février 1793), 1 aux Variétés Amusantes, Comiques et Lyriques (le 5 octobre 1794).

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