Le Général chez le Charbonnier

Le Général chez le Charbonnier, ou le Retour d’Italie, opéra-comique en un acte et en vaudevilles, de Destival et Martainville. 27 nivôse an 6 [16 janvier 1798].

Théâtre d'Émulation.

Absent de l'Almanach des Muses.

Courrier des spectacles, n° 330 du 28 nivôse an 6 [mercredi 17 janvier 1798], p. 3 :

[Pièce de circonstances, liée à la paix qui a suivi le retour d’Italie (la paix de Campo Formio, signée le 17 octobre 1797 et ratifié le 26 octobre par le Directoire). Une intrigue pleine de bons sentiments, avec juste un méchant, mais qui se fait pardonner à la fin. Le jeune général exerce sur les gens une fascination sans limite. Impossible bien sûr de critiquer une telle pièce : le rôle principal est bien joué, et les couplets ont été applaudis. A nous de juger sur l’échantillon que le journal nous donne.]

Théâtre d'Emulation.

L’on a donné hier à ce théâtre la première représentation du Général chez le Charbonnier, pièce nouvelle des cit. Destival et Martainville. L’arrivée prochaine du général apportant la ratification du traité de paix, est proclamée à son de trompe dans un village. Parmi les jeunes gens rassemblés est Félix, amant de Susanne, fille du Charbonnier Robert. Il la demande à son père et l’obtient. Bientôt deux officiers de la suite du général prient Félix de leur indiquer une auberge ; celui-ci les conduit à la meilleure de l’endroit. Durant son abscence, Dumont, jeune homme fort riche, et maître du château voisin, fait enlever Susanne à l’insçu de Robert, Félix la sauve et poursuit les ravisseurs. Le général arrive ; il ne veut pas être reconnu. La rigueur de la saison et la pluie lui font chercher un asyle. Il frappe chez le charbonnier. Après bien des refus, on lui ouvre, on lui offre tout ce qu’on possède ; il accepte un frugal repas qui n’est interrompu que par l’arrivée de Dumont qui, d’un air suffisant, vient demander Susanne en mariage. Le général qui est toujours inconnu à ses hôtes, et à qui ils ont raconté son procédé injurieux , abbaissse l’arrogance du jeune Dumont, qui se flattoit de recevoir de préférence la visite du général dans son château. Les officiers de sa suite le cherchent dans le village, et le découvrent enfin dans cette cabanne. Surprise générale, et sur-tout de la part de Dumont à qui le général, après quelques sévères réprimandes, pardonne à la prière du bon charbonnier.

Le rôle du général a été assez bien saisi, et le cit. Ribié a rendu avec vérité celui de charbonnier. Plusieurs couplets dont cette petite pièce est ornée ont été fort applaudis tant pour les allusions qu’ils présentent, que pour leur tournure ingénieuse. Ceux-ci ont paru faire le plus de plaisir :

En sortant de table, le général veut payer sa part du souper ; le charbonnier refuse et dit :

Air : Le plaisir qu'en goûte en famille.

Quant à la carte d’vot’ souper,
C’est à vot’ retour d’Angleterre
Qu’au devant d’vous je veux aller
Pour en réclamer le salaire.
Je n’crains pas qu’vous m’en fassiez tort,
Ni que d’vot’ mémoire al’ s’écarte,
Car il ne vous est pas encor
Arrivé de perdre la carte.

Bientôt couronnant nos succès,
Heureux vengeurs de la nature ;
Nous irons sur le sol anglais,
Punir une trop longue injure.
Et comme la franche gaîté,
Des Français jamais ne s’écarte,
Nous boirons à la Liberté,
Et les Anglais paieront la carte.

L.-Henry Lecomte, Napoléon et l'Empire racontés par le théâtre, 1797-1899 (1900), p. 29-30 :

L'arrivée du général apportant la ratification du traité de paix est proclamée à son de trompe dans un village. Parmi les jeunes gens rassemblés est Félix, amant de Suzanne , fille du charbonnier Robert. Deux officiers de la suite du général prient bientôt Félix de leur indiquer une auberge, il les conduit dans la meilleure de l'endroit, mais pendant son absence, Dumont, jeune homme fort riche et maître du château voisin, fait enlever Suzanne. Félix délivre sa fiancée et poursuit les ravisseurs. Cependant Bonaparte arrive, gardant l'incognito. Le froid et la pluie lui font chercher un asile ; il frappe à la porte du charbonnier Robert et accepte le frugal repas qu'on lui offre, repas qu'interrompt Dumont venant d'un air suffisant demander Suzanne en mariage. Le général, toujours inconnu de ses hôtes, abaisse l'arrogance du jeune châtelain et va se retirer, quand les officiers de sa suite, qui l'ont vainement attendu dans le village, pénètrent chez Robert. Bonaparte, enfin connu, veut châtier Dumont, mais le bon charbonnier parle en faveur du coupable qui, pardonné, promet de ne plus rien tenter contre le bonheur des amants qu'on marie.

Le rôle du général, bien tracé, fit le succès de l’œuvre, abondant en couplets heureux. Citons le plus applaudi. En sortant de table, Bonaparte veut payer sa part de dépense ; le charbonnier refuse et dit :

Quant à la carte d'vot' souper,
C'est à votr' retour d'Angleterre,
Qu'au devant d'vous je veux aller
Pour en réclamer le salaire ;
Je n'crains pas qu'vous m'en fassiez tort,
Ni qu'de votr'mémoire all' s'écarte,
Car il ne vous pas pas encor
Arrivé de perdre la carte.

Non imprimé.

La pièce est réapparue en l'an 8, au retour de Bonaparte d'Egypte, au même théâtre sous le titre de : le Héros de retour d'Egypte.

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