La Marchande de plaisirs

La Marchande de plaisirs, vaudeville en un acte, de Pain, musique de Mengozzi, 22 nivôse an 8 [12 janvier 1800].

Théâtre Montansier-Variétés

Almanach des Muses 1801

Les marchandes de plaisirs sont des vendeuses de ces petites pâtisseries qu'on appelait aussi des oublies. Elles pratiquaient un petit métier de crieur de rue, avec un cri traditionnel, repris dans le rondeau de la pièce : « Voilà l'plaisir, mesdames, voilà l'plaisir. »

Courrier des spectacles, n° 1045 du 23 nivôse an 8 [13 janvier 1800, p. 2 :

[Si on ne félicite que l’interprète, la certainement charmante mademoiselle Caroline, c’est qu’il n’y a vraiment qu’elle qui mérite d’être félicitée. Désolé pour les autres.]

Théâtre Montansier.

La Marchande de plaisirs, bluette donnée hier pour la première fois à ce théâtre, a obtenu un succès flatteur, dû principalement au chant de la citoyenne Caroline.

Il paroît que c’est pour elle que cette petite pièce a été faite, et les applaudissemens qu’elle a reçus ont dû lui prouver combien le public aime à l’entendre. L’auteur a été faiblement demandé et n’a pas été nommé.

Courrier des spectacles, n° 1047 du 25 nivôse an 8 [15 janvier 1800], p. 2 :

[Après le bref article du 23 nivôse, l'article complet, qui suppose l'analyse de la pièce. Mais il n'y a pas grand chose à analyser, presque rien comme intrigue, juste des couplets et d ela gaîté. Après un résumé d'intrigue minimaliste, c'est le rondeau chanté par l'actrice principale qui est mis en avant. Et le critique remplit tout l'espace dont il dispose ne reproduisant le texte du rondeau, sur le cri traditionnel des marchandes de plaisirs.]

Théatre Montansier.

Nous n’avons pu donner l’analyse de la Marchande de plaisirs, donnée le 22, pour la première fois, à ce théâtre. L’intrigue en est bien légère, ou plutôt il n’y en a pas ; mais ce défaut est racheté par de jolis couplets et par la gaîté qui règne dans cette bluette.

Edouard, amant aimé d'Amélie, ne l’a point vue depuis quatre ans. Il est sur le point d’arriver, et pour le surprendre, Amélie, de l’aveu de son père, se déguise en Marchande de plaisirs. Edouard la voit sans la reconnoître, et cette circonstance fait perdre douze cents francs au père qui a parié contre sa fille qu’elle ne pourroit rester long-tems inconnue aux yeux de son amant.

L’auteur est le citoyen Joseph Pein, qui a embelli sa production d’un rondeau dont la musique est de l’aimable compositeur Mengozzi. A ce titre, ce morceau devoit être applaudi ; son mérite double de moitié dans la bouche de Caroline, qui le chante en perfection. Nous nous faisons un plaisir de l’offrir à nos lecteurs.

Régalez-vous, Mesdam’s, voilà l'plaisir.
        Je suis marchande de plaisir,
        Cette denrée est de défaite,
        Tout le inonde veut le saisir,
        L’un l’espère, l’autre l’achète :
        Voici des plaisirs vrais et faux,
        En voici de vieux , de nouveaux,
        J’en tiens aussi de fort bisarres,
        Ceux-là ne se marchandent pas,
        Mais je vends cher les délicats,
        Car ces plaisirs sont les plus rares.
        Dans ma boutique on peut choisir :
Régalez-vous, Mesdames, voilà l’plaisir.
        J’ai des plaisirs purs, mais ceux-là
        Je les garde pour le village,
        J’en ai de légers, les voilà,
        Je les donne à l’amant volage ;
        J’en ai beaucoup de mélangés,
        J’en ai très-peu de partagés.
        Voulez-vous des plaisirs uniques ?
        De naturels et d’innocens,
        Je n’en tiens plus depuis long-tems,
        Car ce sont des garde boutiques ;
        Selon vos goûts venez choisir,
Régalez-vous, Mesdam’s, voilà l’plaisir.
        Un jeune homme m’en prit un jour,
        Mais il en fit mauvais usage ;
        Un vieillard bientôt à son tour
        Le paya sans être plus sage.
        Courir après est fort aisé,
        L’a-t-on ? Bientôt il est usé,
        Tant est grande notre folie !
        Car pour fixer cet inconstant,
        Il faut être en ses vœux prudent,
        Heureux avec économie,
        Et sur-tout savoir bien choisir.
Régalez-vous, Mesdam’s, voilà 1'plaisir.

G* * *          

Almanach des spectacles de Paris, Suite de la quarante-cinquième Partie, Pour l'an IX de la République, p. 13 :

La Marchande de Plaisir. Grace à la voix enchanteresse de mademoiselle Caroline, cette bluette a eu quelques représentations : elle est du citoyen Joseph Pein.

La Marchande de plaisirs n’a pas si mal réussi : jusqu’à la fin du mois de pluviôse, soit en un mois et demi, on trouve 14 représentations, en sachant que le Courrier des spectacles ne donne pas de programme pour le Théâtre Montansier-Variétés pour les 30 nivôse et 1er pluviôse :

  • en nivôse, les 22, 24, 26, 28 et 29 ;

  • en pluviôse, les 3, 5, 7, 10, 14, 18, 20, 24 et 29.

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