Le Maréchal de Luxembourg

Le Maréchal de Luxembourg, mélodrame en trois actes, de Frédéric [Dupetit-Méré] et Boirie, musique de Lanusse, ballet de Hullin, 26 septembre 1812.

Théâtre de la Gaîté.

Almanach des Muses 1813.

Sur la page de titre de la brochure, Paris, Barba, 1812 :

Le Maréchal de Luxembourg, mélodrame en trois actes, à grand spectacle, par MM. Frédéric et Boirie ; Musique de M. Lanusse, Ballet de M. Hullin. Représenté, pour la première fois, sur le Théâtre de la Gaîté, le samedi 26 septembre 1812.

Journal de Paris, n° 271 du 27 septembre 1812, p. 3-4 :

[Avant d’arriver au mélodrame, d’abord le critique choisit de célébrer le héros qui en est le héros, ce qui l’amène à souhaiter qu’on mette sur la scène nos grands hommes, plutôt que « d’ignobles scélérats, des tyrans imbéciles et des voleurs dégoûtans, difformes enfans d’une imagination délirante » (et qui sont en effet les personnages habituels des mélodrames, en compagnie de chastes jeunes filles et de vieillards malheureux). Montrer ces grands hommes, ce serait rendre aux Français leur fierté (on est en 1812, il faut encourager le patriotisme). La pièce montre donc Luxembourg (que tout le monde connaît : inutile de faire un cours d’histoire) déjouant les pièges de l’ennemi. Certes, le critique n’a pas reconnu la source de la pièce et il soupçonne que les exploits évoqués n’existent que dans l’imagination des auteurs, auxquels il se permet de reprocher d’avoir enrichi l’histoire de Luxembourg d’un mot héroïque appartenant au maréchal de Villars. Mais il reconnaît bien le caractère de Luxembourg dans ce que la pièce montre. Certes, il y a des invraisemblances, mais elles amènent des « scènes intéressantes », si bien que le public les a acceptées. Sinon, la pièce a tout du bon mélodrame : « des situations d’un grand effet, un bel appareil militaire, des décors pittoresques, un joli divertissement et un combat à douze », il ne manque rien, et le critique promet le succès à la pièce. Il ne lui reste plus qu’à citer les auteurs du texte, du ballet et de la musique, musique et ballet dont il n’a rien dit, tout comme il ne dit rien des interprètes.]

Théâtre de la Gaieté

.Première représentation du Maréchal de Luxembourg.

Une pièce où l'on nous représente un des héros dont la France s’honore pouvait-elle être jouée dans des circonstances qui en fissent mieux ressortir toutes les glorieuses applications ?

Depuis longtemps en France les pièces héroïques sont pour ainsi dire des ouvrages de circonstance, et lorsque nous voyons les trophées de nos victoires orner les voûtes de tous nos édifices publics, comment ne pas se rappeler le souvenir du tapissier de Notre-Dame ?

Il serait à desirer qu’au lieu de nous offrir d’ignobles scélérats, des tyrans imbéciles et des voleurs dégoûtans, difformes enfans d’une imagination délirante, le mélodrame nous retraçât quelques-uns des exploits de ces grands hommes auxquels nous devons le droit de nous enorgueillir d’être français. Sans doute le pinceau du peintre serait rarement digne du sujet, mais un pareil spectacle serait du moins sans danger pour le peuple, et pourrait peut-être, en ennoblissant ses plaisirs, contribuer à entretenir cet esprit national qui rend en quelque sorte chaque français solidaire de la gloire de son pays.

Les dangers auxquels le maréchal de Luxembourg s’expose, le courage et la présence d’esprit avec lesquels il repousse les attaques et déjoué les pièges de l’ennemi : tel est le tableau que les auteurs ont entouré d’un cadre dramatique assez heureusement imaginé.

J’ignore dans quels mémoires ils ont puisé l’action qui fait le sujet de leur pièce, mais tout ce que j’ai lu sur la vie du maréchal de Luxembourg ne me présente rien de semblable. Je suis tenté de croire qu'ils lui ont créé des périls et des exploits ; c’est toujours aux riches qu’on fait le plus volontiers des cadeaux ; mais il faut éviter de les faire aux dépens des autres. Dans ce mélodrame, on met dans la bouche de Luxembourg ce mot si fier et si fameux du maréchal de Villars : « Sire, je vais combattre vos ennemis, et je vous laisse au milieu des miens. » Suum cuique.

Les auteurs ont pourtant conservé assez fidèlement à Luxembourg le caractère que l’histoire lui donne.

Le public a bien voulu ne pas remarquer quelques invraisemblances et ne s’attacher qu’aux scènes intéressantes qu’elles amènent.

Plusieurs situations d’un grand effet, un bel appareil militaire, des décors pittoresques, un joli divertissement et un combat à douze exécuté avec autant de chaleur que de précision, tout a contribué au brillant succès de ce mélodrame qui ne peut manquer d’attirer la foule.

Les auteurs ont été demandés et nommés au milieu des applaudissemens. L’ouvrage est de MM. Frédéric et Boirie, le ballet de M. Hullin, la musique de M. Lanusse.

A.           

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, année 1812, tome V, p. 443-444 :

THÉATRE DE LA GAIETÉ.

Le Maréchal de Luxembourg, mélodrame en trois actes, joué le 26 septembre.

Une pièce où l'on nous représente un des héros dont la France s'honore pouvoit-elle être jouée dans des circonstances qui en fissent mieux ressortir toutes les applications ?

Il seroit à désirer qu'au lieu de nous offrir d'ignobles scélérats, des tyrans imbécilles et des voleurs dégoûtans, disformes enfans d'une imagination délirante, le mélodrame nous retraçât quelques-uns des exploits de ces grands hommes, auxquels nous devons le droit de nous enorgueillir d'être français.

Un pareil spectacle seroit du moins sans danger pour le peuple, et pourroit, en ennoblissant ses plaisirs, contribuer à entretenir l'esprit national.

Les dangers auxquels. le maréchal de Luxembourg s'expose, le courage et la présence d'esprit avec lesquels il repousse les attaques, et déjoue les piéges de l'ennemi : tel est le tableau que les auteurs ont entouré d'un cadre dramatique assez heureusement imaginé.

Les événemens sont de leur invention ; on ne trouve, dans aucun mémoire sur le maréchal de Luxembourg, rien de semblable ; mais ils ont conservé assez fidèlement à leur héros le caractère que l'histoire lui donne.

Les auteurs sont MM. Frédéric et Boirie.

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