Les mariages assortis

Les mariages assortis, comédie en un acte & en prose, mêlée de vaudevilles; par M. Corsange 1er janvier 1794.

Théâtre de l’Ambigu-Comique.

Titre :

Mariages assortis (les)

Genre

comédie mêlée de vaudevilles

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

en prose avec des couplets

Musique :

vaudevilles

Date de création :

1er janvier 1794

Théâtre :

Théâtre de l’Ambigu-Comique

Auteur(s) des paroles :

Corsange

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1794, volume 2 (février 1794), p. 329-333 :

[Le compte rendu s’ouvre bien sûr par le résumé de l’intrigue, qui ne brille pas par l’originalité (un oncle qui s’occupe de marier son neveu en contrecarrant les intentions de la mère de la jeune fille). Il cite un bon nombre de couplets (dont il dira ensuite plutôt du mal : « quelques jolis couplets, qui cependant n'ont pas assez le caractere du vaudeville ». A la fin, « tout le monde s’en va content ». Puis deux paragraphes jugent la pièce et l’interprétation. Pour la pièce, il n’y a pas grand chose à en dire : « Le plan de cette comédie est peu de chose; mais elle est sagement écrite, & elle offre quelques jolis couplets, qui cependant n'ont pas assez le caractere du vaudeville ». Son principal mérite est de « peindre les villageois honnêtes » : le respect de la morale est portée au crédit de l’auteur. Le critique en profite pour rappeler que, sans être lecteurs de la philosophie morale du temps, les gens de la campagne ont une grande conscience morale . Pour l’interprétation, le critique regrette le manque d’ensemble. Il invite aussi une actrice à s’appliquer « d'une maniere plus particuliere à la scene muette ; c'est par elle qu'on apprend à estimer le comédien ». Un autre acteur se voit donner des conseils sur l’interprétation de son rôle : « nous croyons qu'il donneroit plus de couleur à ce rôle, s'il le jouoit avec plus de franchise, de rondeur & de gaieté »]

THÉATRE DE L'AMBIGU-COMIQUE.

Les mariages assortis, comédie en un acte & en prose, mêlée de vaudevilles; par M. Corsange.

C'est une chose arrêtée, Simon épousera dès le soir même sa tendre Aline. La mere de cette aimable villageoise, la fermiere Claudine, a donné son consentement, & c'est Bertrand, l’oncle de Simon, qui l'a obtenu. Les deux amans ont donc raison de se réjouir, en attendant le moment qui les unira pour toujours. Cependant Aline a cru remarquer que sa mere étoit plus inquiete que de coutume, & elle fait part de la peine qu'elle en éprouve à Simon & à Bertrand ; celui - ci promet de demander à Claudine quel est le sujet de son chagrin.

Il ne l'apprend que trop tôt; la fermiere croyant qu'elle feroit beaucoup mieux de garder Simon pour elle, ne veut plus le donner à sa fille ; & afin toutefois d'arranger les choses de maniere que tout le monde soit content, elle trouve qu'il n'y a rien de plus simple que d'unir Aline à l'oncle Bertrand ; ce villageois croyant la chose dangereuse, dit a Claudine, sur l'air : Je suis afficheur, je devrois.

Je ne veux pas d'engagement,
Laissez-moi mon indépendance,
Je vous parle sincèrement,
Je chéris trop mon existence.
D'ailleurs votre fille a seize ans,
Et moi j'en ai près de cinquante :
Quand vous & moi serions contens,
        Seroit-elle contente ?

Ces considérations suffisent à Bertrand pour l’éloigner du mariage ; mais Claudine ne se rend pas, & elle se moque même de Bertrand, lorsque, pour lui fermer la bouche, celui-ci lui apprend qu'il ne veut plus aimer, parce qu'autrefois à Paris, il avoit éprouvé le sort de Joconde avec une maîtresse qu'il aimoit tendrement. Claudine lui répond qu'il n'avoit qu'à s'en consoler avec les autres, & elle revient toujours au projet qu'elle a formé d'épouser Simon. Voyant bien qu'il ne lui reste d'autre parti que la dissimulation, Bertrand a l'air de consentir à tout ; & c'est même d'après son conseil, que les deux jeunes amans feignent de se rendre. Ah ! dit Bertrand sur l’air : Par le détail de ce mémoire.

Le vrai bonheur est notre ouvrage,
Nous seuls pouvons nous rendre heureux ;
Pour l’être, il faut qu'un homme sage
Fuisse à propos borner ses vœux,
Saisir le bien, s'il se présente,
Mais en jouir modérément ;
Si la fortune est inconstante,
Savoir s'en consoler gaîment.

Les jeunes gens ne feraient pas consolés de la sorte ; ils ne sont pas philosophes comme Bertrand : aussi est-ce pour leur épargner de la peine, que celui-ci est allé trouver le notaire Doucet, & lui a fait dresser deux contrats, l'un pour Simon & Aline, l'autre pour l'oncle & la mere. Avant de s'expliquer franchement à ce sujet avec Claudine, Bertrand lui dit :

Veut-on dans le mariage
Trouver la félicité,
I1 faut que dans le ménage
Le fardeau soit partagé ;
Si pour l'un c'est une gêne,
Quand c'est pour l'autre un plaisir,
Celui qui cause la peine
Finit par la ressentir.

Après ce préambule, Bertrand qui fait apporter les deux contrats par le notaire, dit à Claudine que si on avoit voulu le tromper, on auroit pu lui faire signer un contrat pour l'autre ; mais qu'il a dédaigné un moyen si méprisable, parce qu'un homme de probité ne doit jamais tromper personne, même pour faire le bien. Claudine ne sait que répondre, & elle se rend en disant à part, à Bertrand, en maniere de recommandation.

Air : De la baronne.

Froid comme glace,
Vous ne serez pas mon ami :
Car c'est une rude disgrace,
Lorsque l'on trouve son mari
Froid comme glace.

Le bon Bertrand, qui est heureux d'avoir fait le bonheur d'Aline & de son neveu, se propose bien sincèrement de faire celui de Claudine, & tout le monde s'en va content.

Le plan de cette comédie est peu de chose; mais elle est sagement écrite, & elle offre quelques jolis couplets, qui cependant n'ont pas assez le caractere du vaudeville. L'auteur s'y montre par-tout comme un ami des mœurs, & conséquemment comme un homme très-estimable. Il a voulu peindre les villageois honnêtes, & il y a réussi. La philosophie sententieuse qu'il a mise dans la bouche d'un paysan expérimenté, de Bertrand, est plus commune aux champs qu'on ne l'imagine. Le villageois ne connoît pas la Philosophie de Port-Royal, ni l’Art de penser de Condillac ; mais les proverbes de ses peres reglent presque toujours son bon-sens, sa conduite, & cette philosophie en vaut bien une autre.

Les mariages assortis sont agréablement joués. Il seroit à désirer-qu'ils le fussent avec un peu plus d'ensemble. M. Robert fait plaisir dans le rôle de Bertrand ; mais nous croyons qu'il donneroit plus de couleur à ce rôle, s'il le jouoit avec plus de franchise, de rondeur & de gaieté ; ce seroit même un moyen de faire valoir son organe, qui est infiniment agréable. Mlle. d'Hervieux, éleve de M. Tonnelier, met de l'entente dans le rôle de Simon, qu'elle chante avec goût. II faudroit qu'elle s'appliquât d'une maniere plus particuliere à la scene muette ; c'est par elle qu'on apprend à estimer le comédien, & c'est par elle principalement que se distinguent les artistes de l'école de M. Tonnelier. Mme. Montariol met de la vérité dans le rôle de Claudine, & la jeune personne qui a rempli celui d'Aline, & dont nous ignorons le nom, est fort intéressante & promet beaucoup.

( Journal des spectacles.)

La base César ignore la pièce de Corsange (les Mariages assortis qu’elle enregistre sont des pièces des années 1740). Elle connaît toutefois, pour la pièce de Fusée de Voisenon, créée le 10 février 1744, au Théâtre de l’Hôtel de Bourgogne, une série de 32 représentations au Théâtre de l’Ambigu-Comique, du 1er janvier 1794 au 23 février 1795. Peut-être faut-il les attribuer à la pièce de Corsange.

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