Les Muses, ou le Triomphe d’Apollon

Les Muses, ou le Triomphe d’Apollon, ballet anacréontique en un acte, par M. Eugène Hus,musique de M. Louis-Charles Ragué, 7 (?) décembre 1793.

Théâtre de l’Opéra National.

Titre :

Muses (les), ou le Triomphe d’Apollon

Genre

ballet anacréontique

Nombre d'actes :

1

Musique :

oui

Date de création :

7 (?) décembre 1793

Théâtre :

Théâtre de l’Opéra National

Compositeur(s) :

Louis-Charles ragué

Chorégraphe :

Hus

Journal encyclopédique tome LXXVI (juillet-décembre 1793) (slatkine Reprints 1967), p. 428, Journal encyclopédique ou universel, tome VIII, trente octobre 1793, p. 244-245 :

[Sans être enthousiaste, le compte rendu n’est pas très sévère. Ballet un peu froid, musique qui a « de la grace & de l’expression », mais « un peu trop sévere » et comportant de fâcheuses réminiscences, et peu adaptée au sujet (trop savante). Le ballet vaut surtout par la qualité des danseurs.]

OPÉRA NATIONAL.

LES MUSES ou LE TRIOMPHE D'APOLLON. Ballet anacréontique en un acte, par le Citoyen Hus, musique du Citoyen Ragué.

Ce Ballet, qui n'offre ni action , ni nœud, ni intrigue, n'est qu'un cadre fait pour amener des danses & des tableaux. Il s'agit de fêter Apollon. Les bergers & les habitans des bois, après s'être réunis, vont trouver les Muses sur le Parnasse, pour leur présenter leurs hommages & les engager à venir , avec eux, les rendre au Dieu des arts. Les Muses remettent leurs attributs entre les mains des Dryades, & se disposent à la fête. Melpomene promet la couronne au mérite ; ses huit compagnes dansent , & la Muse tragique leur partage la palme du talent. La fête des Muses est embellie par Apollon lui même, qui descend dans une gloire, suivi des arts & des graces. Les présens sont déposés à ses pieds. Apollon provoque tour-à-tour les Muses ; mais il recule d'effroi à la vue de Melpomene, qui tient d'une main une couronne, & de l'autre un poignard ; il exige d'elle de fouler la couronne à ses pieds : ce qu'elle fait avec une promptitude mêlée de joie. Apollon lui met une couronne de chêne sur la tête ; puis il reconduit les Muses au Parnasse , dont il occupe la cîme.

Ce ballet est un peu froid. La musique, du Cit. Ragué, où l'on remarque souvent de la grace & de l’expression, offre des morceaux d'un style un peu trop sévere, & quelques reminiscences de nos anciens auteurs : en général, elle prouve une grande connoissance de l'art musical, & elle est d'une facture riche & savante, quoique peu analogue au sujet.

Ce qui fait le mérite de ces sortes de scenes anacréontiques, c'est toujours l'exécution & le talent des artistes qui y coopérent : aussi, de ce côté , le ballet des Muses ne laisse rien à désirer Dire que le Cit. Vestris y représente Apollon, c'est annoncer,à la fois la perfection de la grace, de la danse & de l’expression. C'est aussi personnifier les Muses, que les faire jouer par les Citoyennes saulnier, Miller, Perignon, Coulon, s. Romain, Aimée, Clotilde, Beguin & Jacottot. La Citoyenne Ducbemin fait tous les jours des progrès si rapides, qu'il ne sera bientôt plus possible de la comparer à personne qu'à elle même : la légereté, la grace & la précision. voilà ce fait le charme de sa danse. La citoyenne Colomb paroît aussi travailler avec succès l’a-plomb & la précision. Les Citoyens Nivelon, Guyon, Huart & Deshayes fils dansent, avec les talens qu'on leur connoît, dans ce ballet où le Citoyen Hus a souvent dessiné des grouppes charmans & des tableaux piquans.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1794, volume 1 (janvier 1794), p. 313-319 :

[Sans prévenir le lecteur, le critique commence par un long résumé de l’intrigue telle qu’elle figure dans le programme accompagnant le ballet. Mais ce programme ne dit pas tout ! Le ballet, loin d’être un grand spectacle, est riche de défauts importants. Le premier est de manquer de clarté dans les intentions, et de ne pas présenter d’opposition : tout le monde est d’accord, et « l’intérêt s’envole », faute d’un conflit susceptible d’amener un choix pour le spectateur. La comparaison avec le Jugement de Pâris fait comprendre la nécessité de la discorde entre les personnages. Les bergers et les bergères passent leur temps à des activités sans consistance (tresser des couronnes, jouer). Mais la danse ne peut en aucune manière être le sujet du ballet (si on suppose que le but de l’auteur était de montrer la rivalité des bergers et des muses dans la danse) : comme la déclamation dans la tragédie, la danse n’est dans le ballet qu’un moyen d’expression, une forme, qui n’a pas de sens si le ballet est sans sujet. si la danse était le sujet, le critique trouve ridicule qu’on fasse danser la muse de l'astronomie, celle de l'histoire & celle de la tragédie, en l’honneur d’Apollon : c’est le monde à l’envers (Copernic et Descartes dansent, tandis que berger et bergère pensent...). Pour que le ballet ait un sujet, il faut supposer un conflit entre les personnages, et le critique propose toute une série de conflits (jusqu’à l’intervention d’animaux cruels ou de monstres) : au moins, on n’aurait pas le spectacle de muses debout, avec leur attribut à la main. Il fallait les rendre vivantes. La musique se ressent de la froideur & des défauts de cet ouvrage : elle est « quelquefois gracieuse, agréable », mais elle est plus une « pièce savante » qu’un ballet : trop harmonique, pas assez mélodique (le grand début qui traverse la question de la musique au théâtre). Le dernier point seul est positif : la qualité des danseurs.]

THÉATRE DE L'OPÉRA NATIONAL.

Les Muses ou le triomphe d'Apollon, ballet anacréontique en un acte ; par M. Hus, second maître-de-ballet de l'opéra, musique de M. Ragué.

Plusieurs bergeres s'occupent à tresser les guirlandes, les couronnes, & à préparer les corbeilles de fleurs destinées à l'offrande qu'elles doivent faire au temple d'Apollon. Galathée paroît au haut du côteau, apperçoit ses compagnes, & s'élance au milieu d'elles.

Tircis & plusieurs bergers, tenant à la main des houlettes garnies de fleurs, viennent se réunir aux bergeres pour la fête d'Apollon. Après plusieurs jeux, les uns & les autres se disposent à aller au temple. Le grand-prêtre de ce dieu paroît. Les bergers se prosternent, & le prient de recevoir leurs offrandes. Les jeunes sacrificateurs les emportent, & le grand-prêtre engage les bergers à continuer leurs jeux.

Mirtil & Lycoris, que la timidité avoit empêché de se joindre à eux pour offrir des colombes qu'ils apportent, enhardis par Tircis & Galathée, les déposent sur l'autel d'Apollon, & se réunissent aux bergers.

Pan & sylvie, à la tête de plusieurs pâtres, descendent du côteau. Les bergeres volent au-devant d'eux & les sollicitent de les accompagner ; ils font quelque résistance ; mais Tircis enleve à Pan son chalumeau, & ne le lui rend qu'à la condition que lui & toute sa suite viendront à la fête d'Apollon. Le grand-prêtre reparoît & fait signe de partir pour se rendre au parnasse. On obéit.

Le théatre change & représente le mont sacré, sur lequel sont les neuf muses. Une troupe de sylvains, armés de massues, après avoir fait différentes évolutions, court au-devant du cortege des bergers & des bergeres. Les sylvains, Pan, sylvie, les dryades, les pâtres, les bergers, le grand prêtre, &c. forment une marche à la suite de laquelle ils présentent leurs hommages aux muses, & les engagent à se mêler avec eux pour célébrer la fête d'Apollon. Elles descendent majestueusement du parnasse : les bergers & les sylvains folâtrent autour d'elles ; Melpomene promet une couronne à celle d'entre elles qui se distinguera ; le ballet
des muses commence.

Le ciel s'ouvre, Apollon descend dans une gloire brillante, les arts l'accompagnent, tout se prosterne. Les sylvains formant avec leurs massues une espece de palanquin, le portent en triomphe jusqu'au milieu des muses. Apollon , fensible aux honneurs qu'on lui rend , veut présider lui-même à la fête.

Les muses dansent & se surpassent tour-à-tour. On n'en sera pas surpris, lorsqu'on saura que ce sont Mlles. saulnier, Miller, Pérignon, Clotilde, Coulon, st. Romain, Aimée, Béguin & Jacottot, qui les représentent. Mais Apollon voyant que Melpomene tient d'une main un poignard, de l'autre une couronne en pierreries, exige qu'elle la jette ; & pour récompenser la muse de la tragédie de l'empressement qu'elle a montré en se rendant à ses désirs, le dieu des arts lui donne une couronne de chêne. Tout le monde prend part à la satisfaction de Melpomene, & la fête se termine.

Apollon reconduit les muses sur le parnasse, dont il occupe la cîme. La gloire des arts remonte dans les airs : les sylvains, les bergers & tout le cortege, se prosternent au pied du parnasse, & le ballet finit par ce tableau général. Voilà ce que nous avons cru devoir extraire des programmes de cet ouvrage   voici ce qu'il ne nous a pas dit.

La premiere entrée du ballet ne présente que des intentions vagues & peu caractéristiques ; & cela est si vrai, que cette entrée pourroit également figurer dans les amours de Colin & Colette, comme dans le Triomphe d'Apollon. Les jeux des bergers ne sont pas d'ailleurs assez variés, & n'offrent aucune opposition. Galathée n'a rien de plus pressé que de se rendre à la fête. Tircis a le même dessein ; Myrtil & Lycoris ne veulent pas autre chose ; Pan & sylvie n'ont jamais eu d'autre pensée, & le grand-prêtre & les sacrificateurs ne peuvent pas avoir d'autre avis ; d'où il résulte que tout le monde est d'accord, & que l'intérêt s'envole. Dans le Jugement de Pâris, l'affreuse discorde, en formant une superbe opposition, donne naissance à l'intérêt que la division s'éleve entre Junon, Minerve & Vénus, alimente & soutient jusqu'à la fin du ballet. Ici, tout le monde partage le même sentiment, tout le monde tend au même but, qu'en résulte-t-il ? Qu'il faut que le compositeur y fasse arriver tout le monde par le chemin le plus court, sans quoi, l'ennui naîtra de l'uniformité. Mais s'il l'avoit choisi ce chemin, le ballet n'auroit eu que trois scenes.

Quelle est d'ailleurs l'occupation des bergers & des bergeres ? Ils tressent des couronnes & des guirlandes, c'est fort bien ; quels sont, ensuite leurs jeux ? Ils dansent, c'est fort bien encore ; mais il faudroit que leurs danses, si elles doivent exprimer des jeux, en eussent le caractere. Lorsque, dans un ballet comique, on joue à colin-maillard, au pied-de-bœuf, ou à la main-chaude, les bergers représentent le tableau de ces différentes actions, & les danses qu'ils exécutent alors, ne sont qu'une expression ajoutée pour rendre ces actions plus agréables. Ici nous avons des danses, & point de jeux caractéristiques. N'est-ce pas imiter un homme qui prendroit toutes les inflexions de voix de la déclamation, sans prononcer une seule parole ?

Mais, dira-t-on peut-être, ce que 1'auteur entend par des jeux, c'est le défi que se font les bergers & les muses, pour savoir lequeI d'eux danse le mieux. Mais il ne peut pas être question ici de danse. La danse n'est point la matiere, elle n'est que-la forme d'un ballet, & encore un coup, la danse n'est à un ballet que ce que la déclamation est à la tragédie ; comment donc pourroit-on déclamer une tragédie sans sujet & sans paroles ? Prenons garde d'ailleurs que ces défis de danse se trouvent par-tout, & que la trivialité de leur physionomie doit les faire admettre, tout au plus, sur ces théatres, où l'on se pique d'aller toujours de plus fort en plus fort.

Ce que nous disons de la danse est si vrai, que, dans le ballet même dont il est question, on la trouveroit très-ridicule, si on la considéroit purement & simplement comme danse. Car, comment supposer que la muse de l'astronomie, celle de l'histoire & celle de la tragédie, peuvent s'amuser à danser, pour célébrer le dieu des arts, qui ne dédaigne pas de danser lui-même ? Il faudroit autant faire danser Copernic, Descartes & Newton, & faire penser Tircis & les enfans du hameau. La danse n'est donc qu'une expression, qu'une déclamation; la danse n'est donc qu'une forme ; & la danse, comme tous les arts d'imitation, n'est rien, si elle n'imite rien.

On nous demandera peut-être comment il eût été possible de mettre des oppositions dans un sujet où tout concourt à célébrer la fête d'Apollon ? Nous répondrons que c'étoit la chose du monde la plus simple ; il falloit que les fêtes des bergers & des bergeres contrariassent en quelque chose celles des sylvains & des dryades. Il falloit qu'on en vînt aux disputes, aux coups ; il falloit que certaines muses s'intéressassent pour les uns, certaines pour les autres, & qu'Apollon, après avoir mis tout le monde d'accord, eût permis de célébrer la fête ; & il falloit encore, si l'on vouloit faire naître un intérêt de plus , qu'un ours, un lion, un tigre, un monstre, &c. tuassent un des bergers, des bergeres, à qui Apollon ou les muses auroient eu le plaisir de rendre la vie, & en même-tems de la donner au ballet, qui est très-froid pour n'avoir rien de tout cela.

La maniere d'être des muses sur le parnasse, ne nous paroît ni pittoresque, ni anacréontique. Elles y sont toutes debout, comme des thermes, & elles tiennent à la main les attributs qui les caractérisent; ce n'est pas là groupper en artiste. Titon du Tillet a mieux posé les poëtes françois sur son parnasse , & l'auteur du ballet auroit pu consulter ce modele. Alors il nous auroit représenté chacune des muses dans l'attitude qui lui convient, & s'il avoit voulu ensuite prêter au mont sacré un aspect anacréontique, il auroit grouppé autour des chastes sœurs, de petits génies qui se seroient livrés aux occupations de chacune d'elles.

La musique du ballet des muses tient beaucoup de la froideur & des défauts de cet ouvrage, dont elle partage presque toujours les qualités. Elle est, comme lui, quelquefois gracieuse, agréable ; mais, quelquefois aussi, elle n'est pas ce qu'elle devroit être, c'est- à dire, qu'elle appartient plutôt, par sa facture, à une piece savante, harmonique, qu'à un ballet dont la mélodie seule doit faire presque tous les frais.

Ce ballet est pourtant exécuté par les danseurs avec un ensemble de talent qui approche beaucoup de la perfection, s'il n'est la perfection elle-même.

(Journal des spectacles.)

D’après la base César, le ballet de Hus et Ragué aurait connu une première représentation à une date inconnue. Puis elle a été jouée 4 fois à l’Opéra, du 7 au 16 décembre 1793.

D’après Chronopéra, représentations le 12, le 14, le 16 décembre.

Par ailleurs, le compte rendu du Journal universel est troublant : c’est le numéro du 30 octobre qui rend compte du ballet...

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