Le Trésor (Ségur fils, 1799)

Le Trésor, arlequinade en un acte, par M. Philippe Ségur, fils, 8 germinal an 7 [28 mars 1799].

Théâtre du Vaudeville.

Représentations le 31 mars, le 2 avril 1799.

Titre :

Trésor (le)

Genre

arlequinade

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

8 germinal an 7 [28 mars 1799]

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Philippe Ségur fils

Courrier des spectacles, n° 766 du 9 germinal an 7 [29 mars 1799], p. 2-3 :

[Le compte rendu d'une pièce d'un tout jeune auteur (16 ans) et fils d'un auteur célèbre insiste sur le succès d'une arlequinade, genre tout à fait mineur, inspirée d'une fable de La Fontaine. Il cite le couplet d'annonce sollicitant la bienveillance du public, qui lui est accordée. Le résumé de l'intrigue ne réserve guère de surprises : on retrouve le quatuor habituel de personnages, où chacun joue le rôle qu'on attend de lui. Cassandre est avare, sa fille est l'enjeu d'une rivalité entre Gilles et Arlequin, Gilles tentant d'obtenir la main de Colombine avec l'argent qu'il a trouvé et qui appartient à Arlequin. Bien sûr, c'est Arlequin que Colombine aime, et c'est par la ruse qu'il retrouve son argent, et obtient la main de sa bien aimée. Une fois de plus Arlequin a réussi à tromper Gilles et lui souffler la main de Colombine. Le jugement porté sur la pièce est positif : si elle comporte « quelques longueurs, quelques invraisemblances », elle est « remplie de traits piquans, de couplets moraux et spirituels » : son auteur paraît posséder « les plus heureuses disposiitons pour le Vaudeville ».]

Théâtre du Vaudeville.

Le Trésor, arlequinade en un acte donnée hier pour la première -fois à ce théâtre a obtenu un succès complet et d'autant plus flatteur que c’est le premier ouvrage d’un jeune homme de16 ans, le citoyen Philippe Ségur, fils du citoyen Ségur ainé. Ce petit ouvrage est tiré de l'enfouisseur et son compère, fable du célébre Lafontaine. Le jeune autenr de la pièce a débuté par un couplet d’annonce qui lui a concilié tous les esprits et qui a été généralement redemandé.

Couplet d'annonce.

Ce sujet que peut-être à tort
Un jeune auteur met sur la scene,
Est par sa source un vrai trésor
Il l’a puisé dans
Lafontaine.
Il voudroit hélas ! être sûr
Pour le succès de son ouvrage
Qu’en faveur de cet or si pur
Vous fissiez grâce à l’alliage

Cassandre, homme très-avare et ne consultant que l'intérêt, a promis à Gilles de lui donner sa fille Coiombine en mariage ; mais à condition qu’il seroit possesseur de 3000 fr. : Gilles, par un de ces heureux hasards a fait justement la trouvaille d’une pareille somme qui étoit enfouie au pied d'un arbre, et il s’est empressé de prévenir Cassaudre qu’il a la somme demandée  : celui-ci par un surcroît d’intérêt, exige qu’il lui apporte encore mille fr. Embarras de Gilles qui cherche par-tout ces mille fr. sans pouvoir trouver à les déterrer. Mais pour remontes à la source du trésor caché, il faut sçavoir qu’Arlequin, amant préféré de Colombine a enfoui au pied d'un arbre 3000 fr. que son rival Gilles a trouvés, et qu’il est parti pour amasser encor quelqu’argent et obtenir par-là la main de sa maitresse. Il a gagné les mille fr. que Cassandre exige, mais il ne trouve plus son trésor : que faire ? Collombine soupçonne Gilles, dont la fortune a été si rapide. Arlequin imagine alors d’user de stratagême pour ravoir ses mille écus. Il confie à Gilles qu’il part pour l’armée et que pour sûr dépôt il va joindre les mille francs aux trois autres mille qu’il a déjà enfouis au pied de l’arbre. Il lui commande de bien veiller à ses intérêts.

Gilles, dans l’espoir de ce nouveau gain, va remettre les mille écus à leur place : par ce moyen Arlequin recouvre son trésor, et possesseur des quatre mille francs exigés par l’intéressé Cassandre : il a le double plaisir de tromper Gilles le trompeur, et d’épouser sa maîtresse Colombine.

On peut reprocher quelques longueurs, quelques invraisemblances à cette petite arlequinade, qui d’ailleurs est remplie de traits piquans, de couplets moraux et spirituels. De l’originalité, des mots heureux et prêtant souvent au comique de situation, annoncent dans son jeune auteur les plus heureuses dispositions pour le Vaudeville.

Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 194 du 14 germinal an 7 [3 avril 1799], p. 790-791 :

[Le critique insiste beaucoup sur la situation familiale du jeune auteur, digne de ses illustres père et oncle. Il a su profiter de cet environnement familial pour donner une pièce pleine de tout ce qui fait une arlequinade, dialogue, réparties, saillies, naïvetés. Son jeune auteur est de lus aidé apr un acteur remarquable dans le rôle d'Arlequin.]

THEATRE DU VAUDEVILLE.

Le Trésor, arlequinade nouvelle donnée à ce théâtre, a obtenu beaucoup de succès. L'esprit de contumace était dans la famille du plaideur Chicanneau. Dans la famille des citoyens Ségur, il regne un esprit bien meilleur, c'est celui des jolis vers, des bons couplets, des plaisanteries fines, de la critique aimable, de l'a-propos ingénieux. Le jeune citoyen Philippe Ségur, fils du citoyen Ségur ainé, n'a pas entendu sans émulation, répéter par-tout les refreins des chansons charmantes dues aux deux poëtes de son nom : comme eux, il s'est armé d'un flageolet et d'un tambourin, et a pris parti dans la bande joyeuse de nos modernes chansonniers : il a mis en vaudeville la fable de Lafontaine, l'Enfouisseur et son compere. C'est le même sujet, ce sont des moyens semblables, avec cette différence qu'arlequin n'est point un avare, mais qu'il a seulement voulu mettre en sureté le trésor avec lequel il espere en obtenir un autre plus précieux, la main de sa Colombine.

On reconnaît dans ce léger ouvrage tous les grotesques éléments dont se composait ordinairement les parades : mais ce qu'on ne trouve pas de même par-tout ailleurs, c'est un dialogue parfaitement convenable à ce genre bizarre ; ce sont des réparties vives, de fines saillies, des naïvetés qui commandent le rire, et non de niaises bouffonneries ; ce sont des couplets conçus avec esprit, tournés avec facilité.

On sent que le trésor dont nous parlons, déjà assez estimable en soi, double de prix quand on considère l'âge de celui qui le partage avec vous. Ce jeune auteur l'a confié à un dépositaire bien capable de le faire valoir. Le charmant arlequin du Vaudeville le prête à son public, non à un taux usuraire ; les troubadours ne sont point avides de gain ; mais il a le talent d'en retirer un intérêt bien flatteur, des applaudissemens unanimes.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 4e année, 1799, tome VI, p. 387 :

Le Trésor, arlequinade en un acte, au Vaudeville.

Le sujet de cette petite pièce est entièrement tiré de la fable de La Fontaine, intitulée l'Enfouisseur et son compère, comme l'indique l'auteur lui-même dans son couplet d'annonce.

AIR : : Du vaudeville des deux Veuves.

Ce sujet, que peut-être à tort
Un jeune auteur met sur la scène ,
Est par sa source un vrai trésor;
Il l'a puisé dans
La fontaine.
Pourtant il voudroit être sûr,
Pour le succès de son ouvrage,
Qu'en faveur de cet or si pur,
Vous ferez grace à l'alliage.

En voici l'analyse : Arlequin et Gilles sont rivaux et amans de Colombine. Arlequin a caché, au pied d'un arbre, un sac de mille écus; pendant un petit voyage qu'il est obligé de faire à Paris, pour aller y chercher 1000 francs dont il a besoin, afin de se rendre favorable Cassandre, père de Colombine ; Gilles profite de l'absence d'Arlequin pour lui voler son trésor, et pour disposer M. Cassandre à lui donner sa fille, comme plus riche qu'Arlequin. Il y réussit , et promet à M. Cassandre d'apporter en mariage 4000 francs, et par conséquent 1000 francs de plus qu'Arlequin. Celui-ci revient de Paris avec 1000 francs ; il veut
les ajouter à son trésor, mais il ne le trouve plus ; il soupçonne GiIles, et lui dit, pour l'éprouver, qu'il a encore quelqu'argent à joindre à son trésor. Gilles donne dans le panneau, remet le sac afin d'avoir tout ; mais Arlequin le reprend et le porte à M. Cassandre, qui consent à son mariage.

On a applaudi à des jeux de mots et des applications qui font le seul merite de cette petite pièce. L'auteur a été demandé ; c'est le citoyen Philippe Ségur fils, dont cette bluette est le premier ouvrage.

On donnoit, il y a deux ou trois ans, sur le théâtre de Lazzari, une pièce intitulée Gilles toujours Gilles, et dont le sujet est le même.

Le Trésor de Philippe Ségur fils, du 8 germinal an 7 [28 mars 1799] ne doit pas être confondu avec le Trésor ou Contentement passe richesse, proverbe en un acte, mêlé de vaudevilles, daté de 1790 et publié dans le Recueil de famille dédié à madame la Comtesse de Ségur, publié en 1826 par Louis-Philippe Ségur aîné, le père de Philippe Ségur.

La base César ne connaît pas la pièce de Philippe Ségur fils, elle ne le connaît pas comme auteur, elle ne connaît que son père Ségur aîné et son oncle Ségur jeune. Les représentations du Trésor de Ségur fils (les 28 et 31 mars et 2 mai au moins) semblent avoir été attribuées à une autre pièce portant ce titre, et qui ne peut pas être celle d'Andrieux, qui a été créée en 1804 .

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