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Amour dans la comédie

Les mots du théâtre au XVIIIe siècle.

Amour dans la comédie.

Chamfort et Laporte, Dictionnaire dramatique, tome I, p. 73-75 :

L'AMOUR dans la Comédie paroît être beaucoup plus à sa place, & personne ne la lui a jamais contestée. II ne paroît pas jouer un grand rôle dans les Piéces d'Aristophane, parce que l'Auteur occupé à faire sans cesse la Satyre du Gouvernement & de ses Concitoyens, ne s'est point occupé à peindre les symptômes & les ridicules de cette passion. Mais quand les Poëtes furent forcés de se retrancher dans les bornes d'une censure générale, il paroît que l'Amour entre pour beaucoup dans les Piéces de Ménandre & des Poëtes de la Comédie nouvelle. II est le principal ressort de celle de Plaute & de Térence ; & on trouve chez eux des peintures très-savantes de cette passion. Nulle autre, en effet, ne paroît plus favorable à la Comédie. La finesse, la vivacité des sentimens qu'elle inspire, les brouilleries, les raccommodemens, les dépits, les jalousies, &c. tout concourt à la rendre extrêmement comique. Tantôt c'est un Amant qui fait ce qu'il ne croit pas faire, ou qui dit le contraire de ce qu'il veut dire, qui est dominé par un sentiment qu'il croit avoir vaincu, ou qui découvre ce qu'il prend grand soin de cacher. Le raccommodement des deux Amans dans la Mere Coquette, la même Scène à-peu-près dans le Dépit Amoureux, dans le Tartuffe, dans le Bourgeois Gentilhomme. Toutes ces Scènes qui ne sont que des développernens de l'Ode d'Horace, donec gratus eram tibi, toutes ces Scènes sont des modèles en ce genre. Racine, avant qu'il eût perfectionné l'idée qu'il avoit de la vraie Tragédie, avoit développé dans Andromaque quelques-uns de ces mouvemens, mais il conçut bientôt après qu'il devoit les abandonner à Moliere.

Dans la vraie Comédie, il faut observer de tourner toujours les Scènes d'Amans en gaieté. Cette attention est d'autant plus nécessaire, que ces Scènes sont devenues des lieux communs, que le Spectateur ne daigne écouter que quand l'Auteur développe d'une maniere comique les replis du cœur humain dans la passion qui lui est la plus chère.

Références :

Aristophane (faible rôle de l’amour dans ses comédies).

Ménandre et les auteurs de la comédie nouvelle (place plus importante de l’amour que dans les comédies d’Aristophane).

Molière, le Bourgeois gentilhomme (1670), acte 3, scène 10 : (scène de raccommodement des amants).

Molière, le Dépit amoureux (1656), acte 4, scène 4 : (scène de raccommodement des amants).

Molière, Tartuffe (1664), acte 2, scène 4 : (scène de raccommodement des amants).

Plaute (l’amour principal ressort de ses comédies).

Quinault, la Mère coquette, ou les Amants brouillés (1665), acte 1, scène 6 (scène du raccommodement des amants, si fréquente chez Molière).

Racine, Andromaque, acte 4, scène 3, entre Oreste et Hermione (une scène de raccommodement des amants dans une tragédie ; mais Racine n’a pas récidivé)

Térence (l’amour principal ressort de ses comédies).

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