Allez voir Dominique

Allez voir Dominique, comédie en un acte mêlée de vaudevilles, de Pain, 7 vendémiaire an 10 [29 septembre 1801].

Théâtre du Vaudeville

Titre :

Allez voir Dominique

Genre

comédie avec des couplets

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

en prose, avec des couplets en evrs

Musique :

vaudevilles

Date de création :

7 vendémiaire an 10 [29 septembre 1801]

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Joseph Pain

Almanach des Muses 1803.

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Made. Masson, an X – 1801 :

Allez voir Dominique, comédie en un acte, mêlée de vaudevilles. Par le Cit. Joseph Pain.

Bien que son front montrât l’ennui,
Moliere gaiment sut écrire ;
S’il eut été plus gai chez lui,
Au théâtre il eut moins fait rire.

Allez voir Dom. Sc. II

Courrier des spectacles, n° 1674 du 8 vendémiaire an 10 [30 septembre 1801], p. 2 :

[Le critique commence son compte rendu en répondant à toute une série de reproches qu'on a fait à la pièce de Pain, qui a réussi. Si, comme souvent, le fonds en est jugé faible, elle a «  un plan assez gai, assez varié » et « de jolis couplets ». Il suffirait de corriger « les endroits à rogner » que la réaction du public lui a signalés. Et on peut aussi regretter des emprunts un peu trop voyants à « quelques scènes d’ouvrages estimables ». Le résumé de l'intrigue montre une situation très conventionnelle, fondée sur un simple quiproquo  le médecin, pourtant ennemi du théâtre, conseille à Dominique, pour le guérir de sa mélancolie, d'aller voir... Dominique qui l'a beaucoup fait rire autrefois. Dominique dissipe le malentendu en paraissant en arlequin, et il convainc le docteur de laisser son fils épouser la nièce de Dominique. La fin du compte rendu cite trois couplets montrant l'un le caractère difficile de la femme de Dominique, l'autre le talent de Laporte en arlequin, avant de reproduire un couplet assez ambigu concernant Marivaux, qui aurait « moins de force que d'harmonie ».]

Théâtre du Vaudeville.

Allez voir Dominique. — Bah ! votre Dominique me déplait ; son auteur y a peint une femme méchante et curieuse. — Doucement, il y a exception à toute règle, ce n’est pas vous, bulle dame : allez voir Dominique. — On y joue les Médecins, on les y tourne en ridicule. — Eh ! monsieur le Docteur, ce n’est pas vous : allez voir Dominique. — Mais on y parle de Marivaux dans des termes... — C’est la vérité, jeune auteur ; d’ailleurs, qu’y a t-il de commun entre vous et Marivaux, allez voir Dominique.— Mais l’amant, dit-on, ouvre la scène une rose à la main, mauvais début, c’est si usé. — J’en conviens, j’aurois préféré une exposition simple et qui ne fût pas à la rose ; mais après cela ! allez voir Dominique. C’est ainsi que je répondrois à quelques objections contre la pièce du citoyen Joseph Pain, qui obtint hier un succès mérité. Sur un fonds bien foible, sur trois mots, il a bâti un plan assez gai, assez varié, il a sçu l’étayer de jolis couplets ; il n’a peut être pas sçu s’arrêter à propos, mais la première représentation lui aura indiqué les endroits à rogner , et ii rognera. Il y a du remède à cela ; mais ce qu’il est impossible de corriger, c’est une certaine ressemblance avec quelques scènes d’ouvrages estimables qu’il a trop consultés.

La nièce de Dominique est aimée de Théodore, fils d’un médecin ennemi juré des comédiens et de la comédie. Ce jeune homme a fait une pièce à l’insçu de tout le monde, à l’exception de sa maîtresse et de Marivaux, qui l’a fait recevoir sous son nom aux Italiens. Dominique, trompé comme les autres, doit y jouer un rôle Depuis quelque tems dévoré de chagrin occasionné par la perte de son ami Lélio, il attend la visite d’un Docteur, et ce médecin , qui ne le connoît pas, est le père de Théodore. Il trouve, en arrivant, le modèle des Arlequins épiant de jeunes chats, imitant leurs jeux et leurs gestes. Il le prend d'abord pour un fou, puis apprenant qu’il est mélancolique, il lui conseille d'aller voir Dominique, qui l’a fait, dit-il, infiniment rire la seule fois de sa vie qu’on l’a entraîné au théâtre. Dominique, qui ne peut exécuter l’ordonnance du Médecin, revient peu après sous son costume d’Arlequin, et malgré sa répugnance, il l’engage à consentir au mariage de son fils avec son amante.

Le dénouement est amené ici d’un manière assez adroite, quoique peu neuve, par une scène de la comédie de Théodore, que nous n’entreprendrons pas d’analyser.

Le caractère de la femme de Dominique est très-heureusement exprimé, lorsqu’à l’occasion de l’Académie, Marivaux dit :

Chaque art éprouve de son goût
Une recherche curieuse.
On peut dire qu’elle sait tout.

Mad. Dominique.

L'Académie est bien heureuse.

Le citoyen Laporte a fait preuve d’un talent supérieur dans le rôle de Dominique, et on lui a appliqué ce couplet :

Air : Vaudeville de l'Avare.

Cet habit * fut dans l'Italie
Pour vous dès long-tems inventé ;
On dit même que la Folie
En riant vous l’a prêtenté.
Sons ce costume Bergamasque
Momus vous a conduit ici.
Et quoiqu'il fût un peu noirci,
Thalie a reconnu son masque.

Le couplet suivant peint Marivaux :

Air : Vaudeville d'Arlequin afficheur.

Il a sur la scène entrepris
De mettre la métaphisique,
Il est souvent dans ses écrits
Tendrement épigrammatique.
Dans son style il sait employer
Moins de forte que d’harmonie :
Chez lui l'esprit fait oublier
      L’absence du génie.

F. J. B. P. G***.          

* L'Habit d'Arlequin.

Décade philosophique, littéraire et politique, dixième année de la république, Ier trimestre, n° 2 du 20 Vendémiaire, p. 112 :

Théâtre du Vaudeville.

Allez voir Dominique.

C'est l'anecdote très-connue du médecin qui, appelé au secours d'un malade rongé de vapeurs et de mélancolie, n'imagina point de plus puissant remède que de l'envoyer voir l'arlequin Dominique, dont la gaîté, l'esprit et les graces déridaient les caractères les plus sombres. Mais, par malheur, le malade était ce Dominique lui-même.

Cette scène du médecin présenterait sans doute une opposition piquante s'il était possible de faire voir dans le même cadre l'acteur si gai et le malade si triste. Mais l'auteur, réduit à ne montrer qu'un arlequin vaporeux et mélancolique, n'a point évité l'écueil du sujet. C'est en vain qu'il a cru y suppléer par les scènes accessoires de Dominique contrefaisant ses petits chats, et faisant à son médecin quelques lazzis forcés pour lui prouver qu'il est l'arlequin de la comédie italienne ; des grimaces et des attitudes ne constituent pas seules la gaîté des arlequins, et ne suffisent pas pour motiver l'étonnement du spectateur : de plus, c'est un triste tableau à mettre sous les yeux, que le chagrin et le caractère sombre de ceux même qui nous font rire, c'est risquer de nuire au plaisir qu'on prend à les voir en personnes, par la réflexion que leur gaîté n'est peut-être que factice. L'action n'eût pas fourni de quoi faire une pièce, sans l'amour accessoire de la nièce enjouée et naïve de Dominique pour le fils du médecin : tout cela n'est ni très-bien fondu, ni très-cohérent ; mais on trouve cependant quelques couplets agréables, qui, soutenus du jeu d'un arlequin, cher au public à juste-titre, ont donné à l'ouvrage une sorte de succès. L'auteur demandé est le C. Pain, déjà connu par quelques ouvrages de ce genre : comme il a coutume d'avoir pour collaborateur le C. Bouilli, un mauvais plaisant, gâté par l'atmosphère de calembourgs qui règne quelquefois dans le temple de Momus, disait en sortant : le Vaudeville ne nous a donné aujourd'hui que du pain sec.           L. C.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 7e année, 1801, tome III, p. 269-272 :

[Une anecdote bien mince, qui ne peut devenir un pièce que grâce à des « détails agréables », et la pièce de Joseph Pain en est pourvue. Le résumé de l’intrigue montre bien que la pièce ne peut subsister qu’enrichie de l’intrigue amoureuse très conventionnelle qu’elle comporte. Le critique met ensuite en valeur deux de ces détails agréables, l’histoire de la jalousie de la femme de Dominique, et la lettre de Lelio à Dominique, qui vaut par le contraste entre comique du texte et sérieux du sujet. L’article s’arrête par la reproduction de deux couplets, pour témoigner de la qualité générale de couplets. La pièce a réussi, surtout après les coupures qui en ont accéléré la marche, et grâce au talent de Laporte? Le personnage de Dominique, enfin, fait l’objet d’une longue note qui retrace sa vie et rappelle sa carrière comme acteur et comme auteur de parodies.]

Allez voir Dominique.

L'anecdote qui a servi de fonds à ce vaudeville, joué le 7 vendémiaire an 10, est par elle-même fort peu de chose, et est connue de tout le monde : mais les détails agréables dont le C. Joseph Pain l'a embellie, ont soutenu la pièce, qui a réussi.

Dominique (1) a chez lui Sophie, sa nièce, dont Théodore, fils d'un médecin, est devenu amoureux. Ce jeune homme n'aime point la médecine que son père veut lui faire étudier, et se livre à la littérature. Il a fait une comédie qu'on doit représenter le soir même aux Italiens, et dans laquelle Dominique a un rôle. Il ignore cependant de qui est la pièce ; ce secret n'est su que de Sophie, et de Marivaux qui passe pour en être l'auteur. Dominique, attaqué d'une mélancolie qui le consume, a prié Théodore d'engager Dietis, son père, à venir le voir. Le jeune homme qui connoît l'antipathie de son père pour tout ce qui concerne le théâtre, ne lui a désigné Dominique que sous son nom de famille, Biancolelli. Le médecin arrive, et entre dans la chambre de M. Biancolelli, au moment où celui-ci vient de quitter sa robe de chambre, et imite les mouvemens et les gestes de ses petits chats. Il ne peut pas croire que ce soit là l'homme attaqué de mélancolie, il le croit fou. Cependant il engage son malade, lorsqu'il l'a examiné et questionné, à aller voir Dominique. ll l'assure que c'est le seul moyen de se distraire et de s'égayer. On concoit les motifs qui empêchent le malade de suivre cette ordonnance ; la scène est fort comique. La conversation s'engage sur Dominique, et M. Dietis se plaint de ce que cet acteur a une nièce dont son fils est amoureux ; ce qui le chagrine beaucoup. Biancolelli lui offre de lui montrer son portrait; il sort, rentre en Arlequin, et se fait reconnoître. Il engage M. Dietis à revenir dans une heure, et lui promet de rendre son fils raisonnable.

Lorsqu'il revient, Marivaux est présent, et on parle de la pièce nouvelle ; Théodore, par une indiscrétion, laisse voir qu'il en est l'auteur ; mais, comme à l'ordinaire, tout s'arrange au dénouement, par l’indulgence du père.

La jalousie et la curiosité de M.me Dominique forment un épisode qui contribue à dénouer l'intrigue. Elle trouve des lettres de Théodore à sa nièce, que Dominique a serrées dans ses papiers, et qu'el'e croit être de Sylvia, ancienne amie de son mari.

On a applaudi à la lecture d'une lettre de Lelio à Dominique, qu'il lui écrit, à l'article de la mort, et dont le comique raisonné, et le sujet sérieux forment un excellent contraste.

Nous citerons ici quelques-uns des couplets qui sont, en général, bien tournés et très-agréables. En voici un que chante M. Dietîs, en parlant de son fils :

Air : Vaudeville d'Abuzard.

D'Hippocrate, il s'est dégagé,
Et suit noire ennemi Molière ;
Plus d'un malade est négligé
Pour le
Malade imaginaire :
Au lieu de suivre tous ses cours,
De mettre à profit mes dépenses ;
Dans les coulisses, tous les jours,
Monsieur va prendre ses licences.

Sophie dit à son oncle, en lui remettant les lettres de Théodore :

Air : Fuyant et la ville et la cour.

Loin des méchans, des envieux,
Des regards de l'indifférence,
Je mets ces gages précieux
Sous la garde de l'indulgence.
Pour empêcher, de ses secrets,
Qu'on ne profane le mystère:
L'amour doit choisir désormais
L'amitié pour dépositaire.

Quelques coupures faîtes à la pièce, en ont rendu la marche plus rapide. Cet ouvrage restera au répertoire du Vaudeville, et ne déparera pas la galerie des portraits qu'on y revoit toujours avec plaisir. Le jeu du C. Laporte, dans le rôle de Dominique, n'a pas peu contribué au succès de cet ouvrage.                                 T. D-

(1) Le nom de la famille de Dominique, étoit Biancoleiii. Il étoit fils de-ce fameux Dominique qui jouoit les rôles d'Arlequin à l'ancienne comédie italienne. Il naquit à Paris en 1681. Son parrain, M. Barbeau, avocat au parlement, lui fit faire ses études au collège des Jésuites. Il devint amoureux de la fille de Pascariel, ancien camarade de son père, et directeur d'une troupe avec laquelle il couroit les provinces. Il s'engagea dans cette troupe, épousa la fille de Pascariel. et partit avec lui pour Toulouse, où il débuta par le rôle d'Arlequin , dans lequel il fut très-applaudi.

II quitta bientôt Pascariel, et, suivi ds sa femme, il joua à Milan, à Parme, et dans plusieurs grandes villes, jusqu'en 1710, qu'il revint a Paris, et entra à l'opéra comique, où il brilla beaucoup. Il débuta, en 1717, sur le théâtre des nouveaux comédiens italiens, dirigés alors par Lelio, avec un ordre du duc d'Orléans, régent. Il avoit été obligé de quitter pour cela le rôle d'Arlequin que Thomassin remplissoit avec le plus grand succès, et il joua le Pierrot dans une pièce intitulée la Force du naturel. Ce rôle ne lui convenoit pas ; aussi ne fut-il pas goûté. Il prit alors l'habit de Trivelin dont il garda l'emploi, et qu'il remplit avec succès. Il mourut en avril 1734, âgé de 53 ans, d'une contraction de vessie à laquelle on ne put trouver de remède.

Sans compter les pièces qu'il fit en province, et pour l'opéra comique, il en composa, pour le nouveau théâtre italien, une soixantaine dont la plupart eut du succès. Il travailla souvent en société avec Legrand, et surtout avec Romagnesi. Parmi ses parodies, dont il a fait un grand nombre, son Agnès de Chaillot est celle qui a eu le plus de succès, et c'est en effet une des meilleures parodies.

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