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Anacréon [chez Polycrate]

Anacréon [chez Polycrate], opéra en trois actes, de J. H. Guy, musique de Grétry. 28 Nivôse an 5 [17 janvier 1797].

Théâtre des Arts

Titre :

Anacréon [chez Polycrate]

Genre

opéra

Nombre d'actes :

3

Vers / prose ?

en vers

Musique :

oui

Date de création :

28 nivôse an 5 [17 janvier 1797]

Théâtre :

Théâtre des Arts

Auteur(s) des paroles :

J. H. Guy

Compositeur(s) :

Grétry

Chorégraphe(s) :

Gardel

Almanach des Muses 1798.

Anacréon parvient à fléchir Polycrate en faveur de la fille de ce tyran et d'un Samien sans naissance qu'elle a secrètement épousé, et dont elle a un fils.

Des tableaux intéressans. Versification qui n'est pas toujours très-anacréontique. Beaucoup de succès, au moyen de la musique de Grétry.

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez Tiger, chez Roullet, an vii de la République :

Anacréon chez Polycrate, opéra en trois actes, Représenté pour la première fois à Paris, sur le Théatre des Arts, le 28 Nivose An V. Paroles de J. H. Guy. Musique de Grétry.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1797, volume 1 (janvier-février 1797), p. 256-258 :

[Le fonds de la pièce, c’est une affaire sentimentale, les amours interdites d’Anaïs, la fille du tyran Polycrate, et Olphide, jeune homme sans naissance et sans fortune. Le poète Anacréon joue le rôle de facilitateur dans toute la pièce, qui s’achève bien sûr par le pardon : Polycrate unit les deux amants. Le jugement porté sur le livret est plutôt sévère, même si le critique s’exprime avec beaucoup de modération : comment rivaliser avec Anacréon, « le plus aimable des poëtes grecs » ? L’auteur des paroles n’y est pas parvenu, selon le critique. La musique est mieux jugée, même si on retrouve l’accusation de réminiscences (qui sont des emprunts de Grétry à ses propres œuvres...). Quant aux ballets, troisième composante du spectacle, le reproche qui leur est fait est surprenant : il y en aurait trop. Bilan mitigé donc pour l’ensemble de la pièce.]

THÉATRE DES ARTS.

Anacréon chez Polycrate, tel est le titre d'une pièce lyrique, représentée sur ce théâtre.

Anaïs, fille de Polycrate, tyran de Samos, est engagée dans un hymen secret avec Olphide qui, né sans aïeux, sans fortune, n'a pour lui que sa beauté, sa jeunesse & un cœur aimant & sensible. Un enfant a été le fruit de leur amour. Olphide, obligé de se soustraire à la colère du père qui connoît ses liaisons avec Anaïs, vit caché avec son fils, au fond d'une grotte située sur les bords de la mer. C'est auprès de cet asile qu'Anacréon est jeté par une tempête. Il est bientôt instruit des malheurs de nos jeunes époux : il devient le projecteur de leurs amours; il va les emmener dans une terre moins sauvage pour eux : Olphide entre le premier dans la chaloupe : soudain un coup de vent l'emporte loin du rivage sur lequel reste Anaïs, son fils & Anacréon En ce moment arrivent les gardes envoyés à la recherche du jeune Samien. Ils chargent de chaînes ceux qu'ils rencontrent près de la grotte & les amènent au tyran.

Ces revers, bien loin d'alarmer le poëte de Téos, ajoute [sic] plutôt à sa gaîté : il chante sur sa lyre le plaisir, l’amour, Bacchus : sa voix harmonieuse amollit ses gardes qui, partageant son enthousiasme, se couronnent de fleurs & mêlent leurs chants à ceux d'Anacréon.

Polycrate, étonné d'un tel changement, est au comble de la joie, en apprennant qu'il doit l'attribuer à un poëte dont il aime passionnément les ouvrages, & dont il envie l'amitié. Le tyran l'admet pour son ami, adopte le fils d'Olphide qu'Anacréon lui dit être le sien, le recommande aux soins d'Anaïs, & s'empresse de témoigner sa satisfaction par une brillante fête.

C'est au milieu des danses, des jeux qu’on amène Olphide, qui n'a pu se dérober aux poursuites des émissaires envoyés à sa recherche. En voyant son enfant sur les genoux de Polycrate, il se croit pardonné : la nature trahit le secret de son cœur : il appelle son fils. A ces mots, le tyran, transporté de courroux, se croit deshonoré & veut venger cet affront dans le sang des deux époux : il les condamne à mort.

Anacréon entreprend de désarmer sa colère ; il emploie tantôt la gaîté, tantôt la philosophie ; chante le pouvoir de l'amour, épuise toutes les ressources de l'art lyrique, parvient, après beaucoup d'efforts, à obtenir le pardon des jeunes époux que le tyran unit ensuite de ses propres mains.

II faut l’avouer à regret; cet ouvrage n'a pas répondu à l'attente qu'on avoit pu en concevoir avant qu'il parût. Faire parler Anacréon, le plus aimable des poëtes grecs ; adoucir un tyran par les charmes de la lyre, c'étoit une entreprise difficile; & le cit. Gui, auteur des paroles, sera sans doute le premier à reconnoître qu'il n'est pas aisé de célébrer 1’amour, Bacchus & leurs plaisirs, comme l’a fait jadis le chantre de Téos.

Cet opéra néanmoins a eu du succès. La situation de la fin du second acte, au moment où Polycrate reconnoît qu'Anacréon l'a trompé en lui donnant le fils d'Anaïs pour le sien, a produit beaucoup d'effet. Quant à la musique, elle esl en général d'une grande fraîcheur. Des amateurs très sévères reprocheroient peut-être au cit. Gretry de s'être pillé lui-même ; mais l'auteur de cinquante ouvrages lyriques, qui ont tous réussi, ne peut-il avoir quelques réminiscences ?

La composition des ballets a paru agréable : cependant s'il est permis de se plaindre de ses jouissances, on pourroit regretter que le cit. Gardel les eût trop multipliés.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 2e année, 1797, tome V, p.368-376 :

[Ce compte rendu fleuve s’ouvre sur l’approbation du sujet (« idée heureuse »), mais laisse planer le doute sur la qualité de sa mise en œuvre. Après un fort long résumé de l’intrigue, le critique commence à souligner quelques beautés particulières de la pièce. Mais c’est pour mieux attaquer ensuite la pièce sur la question du style. D’abord, l’image donnée de Polycrate empêche qu’on accepte qu’il puisse apprécier les vers d’Anacréon. Et surtout, la pièce est remplie de négligences de style, dont il donne un large échantillon : mots ou expressions impropres ou mal employés, versification défectueuse. Ces remarques pointilleuses sont précédées d’un long développement sur le rôle d'éducateur des grands théâtres : autrefois, ils formaient le goût des « gens du monde :«  ils y apprenoient la pureté du langage et de la diction ; ils y recevoient des leçons de goût ; c'étoit pour eux un cours d'histoire et de littérature ». Et ils pouvaient jouer ce rôle parce que les auteurs comme les acteurs étaient sous le regard attentif d’un parterre de gens éduqués, qui ne laissait passer aucune négligence. Aujourd’hui, plus rien de tout cela : « des parades grossières et sans gaieté » ont remplacé les grandes œuvres de « la scène tragique », et le parterre est rempli de spectateurs qui ne peuvent juger que des sentiments peints et de l’intrigue racontée. Anacréon n’a dû son salut qu’à l’absence dans le parterre de gens cultivés (universitaires, étudiants). Il est temps de rétablir dans « les écoles centrales » un véritable enseignement des langues anciennes. La fin du compte rendu passe plus rapidement les diverses composantes du spectacle : la musique (« gracieuse et douce », avec « quelques réminiscences » excusables : le compositeur a bien le droit de se citer lui-même), les interprètes (les trois rôles principaux sont bien jugés, en particulier l’interprète d’Anacréon), les ballets (très bien), le décor (un Parnasse trop mesquin, pour ne pas masquer la vue du bateau de Bacchus et d’Ariane), les costumes et accessoires (une lyre qui ressemble trop à un « théorbe », des acteurs qui s’obstinent à porter d’anachroniques diamants). Après tant de critiques, on ne s’attend guère à la conclusion : « un ensemble agréable et digne de piquer la curiosité ».]

IL y avoit long-temps que le Théâtre des Arts n'avoit établi de nouveautés ; on attendoit avec impatience Anacréon à la cour de Polycrate, qui a été représenté pour la première fois le 28 nivôse. Les paroles sont du citoyen Guy, la musique est du citoyen Grétry.

L'idée étoit heureuse de représenter Anacréon à la cour d'un prince ami des arts et des lettres et qui assuroit alternativement sa domination par des actes de violence et par des fêtes et des spectacles. - Nous allons voir si l'exécution mérite autant d'éloges que l'invention du sujet.

Anacréon jeté par la tempête sur les côtes de Samos, est endormi ; des moissonneurs se livrent à différens jeux ; un enfant l'apperçoit, le baise. Anacréon croit avoir été baisé par l'Amour ; il se réveille, se nourrit des fruits qu'il trouve dans une corbeille. Au même moment l'enfant amène un beau jeune homme, qui veut fuir à l'aspect du vieillard. Celui-ci le retient, l'interroge ; il lui apprend qu'il est Anacréon ; le jeune homme à ce nom se rassure, et répond à l'intérêt d'Anacréon, en lui contant l'histoire de ses malheurs. Il se nomme Olphide, né d'une famille obscure ; sa beauté a séduit Anaïs, fille de Polycrate, tyran de Samos ; elle est devenue en secret son épouse ; elle est la mère de ce jeune enfant appelé Lysandre ; mais le tyran veut le faire périr pour donner sa fille au chef des Lydiens. Anacréon rassure Olphide. Anaïs paroît ; elle accourt annoncer à Olphide que les soldats de Polycrate le cherchent, qu'il n'a qu'un moment pour fuir. Anacréon propose
de se servir de sa barque échouée, et de fuir tous dans l'heureuse Ionie ; Olphide monte dans la barque, mais aussi-tôt il est emmené par le courant. Les soldats de Polycrate ne trouvent qu'un vieillard au lieu du jeune époux d'Anaïs ; ils le veulent forcer à découvrir la retraite d'Olphide ; mais ne pouvant l'y contraindre, ils le conduisent à Polycrate.

Ici commence le second acte. Polycrate est avec son confident ; on lui annonce qu'Olphide est échappé ; mais que ses soldats ont trouvé sa fille avec un vieillard dont les discours leur ont inspiré un tel délire qu'ils marchent en chantant, couronnés de pampres et de fleurs ; ils paroissent en effet dans cet attirail. Polycrate leur reproche leur mollesse, il les menace de la mort ; mais le vieillard s'avoue seul coupable de la fuite d'Olphide. Polycrate ordonne son supplice ; mais aussitôt son confident reconnoît ce vieillard, et lui apprend que c'est Anacréon ; ce célèbre Ionien dont il aime tant les talens et les compositions. Polycrate fait détacher ses fers, lui témoigne sa joie de le posséder. Anacréon profite du moment, et obtient la grace d'Anaïs ; mais cette grace n'est pas complète, puis qu'il veut toujours qu'elle renonce à Olphide. Polycrate apperçoit le jeune Lysandre ; il demande qui il est. Anacréon dit l'avoir trouvé ; il veut l'é lever pour les plaisirs. Il plaît à Polycrate qui le demande. Anacréon refuse. Polycrate prie. Anacréon le lui cède ; et celui-ci l'adopte ; il le donne à sa fille Anaïs pour lui servir de mère, et le prend sur ses genoux pendant la fête que le peuple, qui a pénétré dans le palais, donne à Anacréon ; cependant on vient annoncer qu'Olphide a été arrêté. On l'amène ; il se précipite aux pieds · de Polycrate ; mais aussitôt la joie éclate dans
sès yeux. J'ai, dit-il, obtenu ma grace, puisque mon fils est sur tes genoux. A ces mots, le tyran se lève sur son trône, jette l'enfant avec violence ; il est recueilli par les femmes de la suite d'Anaïs. Il s'éloigne en annonçant à sa fille et à Olphide qu'ils ne doivent attendre de lui que la mort ; ceux-ci n'ont plus d'appui qu'Anacréon, qui promet de ne point abandonner leurs intérêts.

L'intendant de Polycrate a préparé une fête magnifique pour Anacréon ; elle est seulement suspendue par l'aventure d'Olphide. Polycrate veut avoir un entretien avec Anacréon ; celui-ci le presse de pardonner à sa fille. Polycrate refuse. Anacréon déclare qu'il va retourner en Ionie, qu'ami du plaisir, il ne peut demeurer dans des lieux livrés au deuil, aux pleurs et à la tristesse, et qu'il emmène avec lui le jeune Lysandre.. Polycrate consent au départ d'Anacréon ; il redoute l'ascendant que son talent lui donne ; bientôt il revient à d'autres sentimens. Il voudroit le retenir par force ; mais il connoît le respect que l'on doit aux talens, la liberté dont on doit les laisser jouir ; il apperçoit la lyre d'Anacréon, et le prie de lui faire entendre ses chants. Anacréon chante ; il émeut, il adoucit l'ame de Polycrate. Olphide, Anaïs, le petit Lysandre le pressent ; il cède à l'effort du sentiment ; il est vaincu par le charme de la musique ; il cède à la puissance de l'art des vers ; il pardonne, embrasse ses enfans, et il obtient l'amitié d'Anacréon, qui se fixe à sa cour. La pièce se termine par la fête préparée par Myrthé, l'intendant de Polycrate. Les danseurs représentant les divinités groupées sur le parnasse, viennent rendre hommage à Anacréon.

Le sujet , assez semblable à celui de Lisbeth, mais placé dans un autre cadre, est ingénieux et intéressant ; le moment où Polycrate, instruit par l'imprudent transport d'Olphide, jette le jeune Lysandre, qu'il caresse sur ses genoux, est du plus grand effet, et c'est une manière noble et grande d'honorer le talent, de représenter la tyrannie, l'ambition, la fureur, les passions les plus violentes domptées par l'effet magique des chants d'un favori des Muses et d'Apollon.

Le sujet est lyrique ; un style tantôt élevé, tantôt gracieux, toujours rempli d'images et étincellant de poésie, peut seul lui convenir, et nous sommes forcés d'avouer que rien ne nous a paru moins anacréontique. L'auteur s'est permis tant de négligence qu'il sembleroit même avoir méconnu les règles les plus simples de l'art des vers.

Polycrate, cet ami des muses et des lettres, qui honora Anacréon , qui remplit Samos de monumens, qui encouragea par ses bienfaits les premiers statuaires, les premiers architectes, les premiers graveurs en pierres fines, n'est qu'un tyran sombre et atrabilaire. On ne peut deviner comment il se montre sensible aux vers d'Anacréon.

Les grands théâtres, tels que le théâtre des Arts et le théâtre Français, doivent être des écoles ; c'étoit-là que se formoient autrefois les gens du monde, qui souvent n'avoient profité d'aucune autre instruction ; ils y apprenoient la pureté du langage et de la diction ; ils y recevoient des leçons de goût ; c'étoit pour eux un cours d'histoire et de littérature ; mais aussi les auteurs et les acteurs avoient eux-mêmes un précepteur sévère ; c'étoit ce parterre redouté et respectable, composé des professeurs de collége, des jeunes gens nouvellement sorti de l'université, ou qui finissoient leurs études ; rien ne leur échappoit, une faute de style ou de poésie faisoit siffler l'auteur, et l'acteur le plus estimé, qui auroit commis la moindre faute dans la diction, auroit éprouvé des murmures.

Aujourd'hui il suffit d'éblouir les yeux pour réussir. Les chef-d'œuvres de la scène tragique sont délaissés pour des parades grossières et sans gaieté Il est vrai que la plupart des spectateurs ne pouvant juger que de ce qui est de sentiment, que de l'effet du roman de la pièce, et non de toutes les parties qui en rendent l'ensemble plus ou moins parfait, on ne peut exiger qu'ils trouvent du plaisir à ce qu'ils ne comprennent pas ; Joad leur semble parler hébreux et Phèdre parler grec.

Si le parterre du théâtre des Arts eût renfermé seulement douze professeurs de l'université, douze jeunes clercs sortant de leurs études, et douze écoliers de Sainte-Barbe, la pièce eût éprouvé un terrible échec au moment où Polycrate demandant à Anacréon le nom du jeune enfant qu'il a près de lui, celui-ci ignorant son nom, et obligé d'en imaginer un, lui répond qu'il s'appelle Prosper ; mais il faut avoir appris un peu de grec et de latin pour savoir que Prosper étant un mot latin, ne peut convenir à un jeune grec du temps d'Anacréon, que ce nom même est des bas temps de l'empire et de la primitive église, et que c'est un anachronisme intolérable. Tant qu'il n'y aura qu'un professeur des langues anciennes dans les écoles centrales, et qu'elles ne seront pas plus suivies, les auteurs pourront long-temps commettre de semblables fautes sans être relevés.

J'allois, en te donnant la mort, dit Polycrate à Anacréon , immoler CE QUE J'AIME. Cette expression, ce que j'aime, est consacrée entre des amans, et ridicule ici. Rien ne peut plaire aux yeux d'Angélique, parce qu'elle ne voit pas CE QU'ELLE AIME, c'est-à-dire Médor. Je renonce à CE QUE J'AIME, dit-elle encore ; mais un Français ne peut pas plus appeler un autre Français ce que j'aime, qu'un Italien ne peut appeler un autre Italien il mio ben, sans se faire suspecter d'un goût ci-devant florentin.

Anacréon demandant à Polycrate de pardonner à sa fille Anaïs, lui dit : elle est ton ouvrage. On dit, tu lui as donné le jour, tu es l'auteur de sa naissance, parce que l'idée de la création est noble et grande ; mais qu'y a-t-il de plus dégoûtant que de rappeler l'instant où un enfant a été ouvragé, et combien cette image est éloignée de la délicatesse : d'Anacréon !

Olphide dit que Polycrate ne veut pas lui donner sa fille, parce que sa famille est sans ayeux. Certes, une famille peut ne pas avoir eu des ayeux d'un rang élevé; mais elle ne peut pas plus être sans ayeux, qu'un enfant ne peut être né sans père.

Je te glorifie, dit encore Anacréon, et glorifier est un verbe neutre. On dit se glorifier, tu dois te glorifie ; on ne dit pas glorifier quelqu'un.

Polycrate, à qui on annonce que le peuple entre dans son palais, dit de faire avancer sa GARDE. Non, le plaisir nous GARDE, répond Anacréon. Tous ceux qui ont lu seulement les règles de la versification, à la fin de la Grammaire de Restaut, savent qu'on ne peut pas faire rimer un mot avec lui-même, ni des mots dérivés d'une même racine, quand ils se ressemblent trop pour la signification.

Je pourrois relever encore beaucoup d'autres fautes semblables; celles-ci suffisent pour démontrer que le style est loin de la délicatesse et de la pureté qui couviendroient au sujet.

La musique est gracieuse et douce ; on lui reproche avec raison quelques réminiscences ; mais ce sont des réminiscences aimables, et l'auteur peut bien se ressouvenir de ce qu'il a fait lui-même, quand tout le monde se le rappelle avec tant de plaisir.

L'exécution, sur-tout celle du rôle d'Anacréon, est parfaite ; Laïs enchaîne les suffrages; il force à l'admiration ceux même qui voudroient la lui refuser ; il les contraint à lui en offrir le tribut par leurs applaudissemens. La citoyenne Henri joue avec chaleur et intelligence, chante avec goût ; cette jeune actrice, chargée pour la première fois d'un rôle important, mérite d'être encouragée. Adrien joue avec noblesse celui de Polycrate.

Les ballets sont d'un bel effet et parfaitement entendus ; le pas de cinq du premier acte et le pas de sept du dernier ont captivé tous les suffrages. L'idée du Parnasse est ingénieuse, mais son exécution un peu mesquine ; il n'est élevé que de deux ou trois pieds, pour laisser voir le navire qui porte Bacchus et Ariane.

Nous l'avons répété plusieurs fois, les spectacles doivent, par la sévérité du costume, rappeler fidèlement les mœurs et les usages de l'époque à laquelle appartient le sujet qu'on représente. Celui qui est chargé de cette partie n'auroit pas dû mettre dans les mains d'Apollon une lyre ayant dans le milieu un rond percé de plusieurs trous, comme un théorbe ou une guittare espagnole. Nous voudrions aussi que les acteurs et les actrices se désabituassent de se charger de diamans à des époques où leur taille étoit inconnue.

Malgré ces observations, cet opéra offre un ensemble agréable et digne de piquer la curiosité.

Le Nouvel Esprit des journaux français et étrangers, tome septième, germinal an XII [mars 1804], p. 279-281 :

[Pour une reprise, un article centré surtout sur la musique de Grétry, toujours en accord avec les paroles, et sur l’interprétation de Laïs, qui sait si bien rendre les intentions du compositeur. La soirée était complétée par un ballet très connu, lui aussi si bien interprété.]

Anacréon chez Polycrate,

A obtenu à sa reprise le même succès que dans sa primeur. Le vieillard de Théos est mieux chez les autres que chez lui. Le poème de cet opéra ne marche cependant pas assez vite, et Anacrêon a, comme Nestor dans l'Iliade, un peu d'intempérance de langue. Mais la musique enchanteresse de Grétry en réchauffe la froideur : si pour arriver au. but , on est forcé de serpenter, les .détours que l'on fait sont au moins agréables, et on reprend avec plaisir haleine, pour achever le voyage. Qui, d'ailleurs, connaît mieux que Grétry l'entente de la scène ? Le personnage dit toujours ce qu'il doit dire : il n'est jamais déclamateur ce n'est point un professeur du Conservatoire.

Grétry est à la fois le peintre du sentiment et des graces. Si on peut lui reprocher quelques réminiscences, il semble qu'elles soient un vol qu'on lui fit d'avance, et qu'il ne fasse à son tour que reprendre son bien : en un mot, il égorge ceux qu'il pille.

Laïs était né pour seconder les intentions de sa musique délicieuse. Il en saisit avec un bonheur extrême l’esprit, l'enjouement, les contrastes piquans et l'amabilité vive. Une pareille rencontre est une bonne fortune pour le chanteur, le musicien et le public : la dernière fois qu'on donna Anacréon, Laïs se surpassa, et devint nouveau, même pour ceux qui l'entendent tous les jours.

Cet opéra fut suivi du joli ballet de la Dansomanie, dont une foule de tableaux enchanteurs couvre si bien les légères invraisemblances. A-t-on la force de critiquer quand on voit arriver sur la scène Mme. Gardel, charmante, infatigable, aussi étonnante par la multitude des rôles qu'elle joue, que riche par la variété de sa danse : Mlles. Louise, Millière, et Bigotini qui redouble chaque jour de progrès et d'agrémens.

Les connaisseurs ont trouvé que Vestris y avait dansé d'une manière charmante.

Annales dramatiques ou dictionnaire général des théâtres, tome I (Paris 1808), p. 263 :

Anacréon, opéra en trois actes, par M. Guy, musique de M. Grétry, 1797.

Anacréon parvient à fléchir Polycrate, en faveur de la fille de ce tyran, et d'un Samien sans naissance qu'elle a secrettement épousé, et dont elle a un fils.

On trouve dans cet ouvrage des tableaux intéressans, mais une versification, qui n'est pas toujours anacréontique.

L'opéra d'Anacréon obtint un succès, qu'il dut principalement à la musique de Grétry.

[César : première le 17 janvier 1797.

29 représentations en 1797 (25 à l'Opéra, 4 au Théâtre français de la rue de Richelieu), 4 en 1798 (dont 1 au Théâtre Français de la rue de Richelieu), 6 en 1799 (dont 1 au Théâtre Français de la rue de Richelieu).]

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