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Baudouin, empereur

Baudouin, empereur, tragédie en trois actes et en vers, par Népomucene-Louis Lemercier.

Tragédie imprimée et non représentée.

Almanach des Muses 1809.

Piece que l'auteur s'est cru forcé de retirer des mains des comédiens français, qui se disposaient, dit-on, à la représenter. De grandes beautés eussent pu faire réussir cette tragédie, malgré les grands défauts qu'on y remarque, et qui semblent tenir à la maniere originale adoptée depuis quelque temps par M. Lemercier.

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez Léopold Collin, 1808 :

Baudouin, empereur, tragédie en trois actes et en vers, par Népomucène Louis Lemercier.

Pallida mors æquo pulsat pede pauperum tabernas
Regumque turres.

Horat.

D'après la Biographie universelle, la pièce fut donnée le 9 août 1826 au théâtre de l'Odéon et y eut 18 représentations (Biographie universelle, ancienne et moderne, supplément, tome soixante-onzième, Paris, 1842, p. 255).

Le Constitutionnel, n° 223, vendredi 11 août 1826, p. 4 :

THÉATRE ROYAL DE L'ODÉON.

Baudouin, empereur, tragédie en trois actes de M. Lemercier.

Ce n'est pas précisément une nouveauté que cette tragédie ; elle n'avait jamais subi l'épreuve de la scène ; mais depuis long-temps elle est imprimée. L'auteur y attache sans doute peu d'importance, puisqu'il a tardé si long-temps à la faire représenter. Peut-être aurait-il mieux fait de la laisser encore où elle se trouve, c'est-à-dire dans la nombreuse collection de ses œuvres, ou dans le répertoire de Mme Dabo. Il est vrai que la réputation de M. Lemercier ne peut pas souffrir du non-succès d'une tragédie en trois actes ; elle est à l'abri de pareilles atteintes. D'ailleurs, si l'auteur d'Agamemnon traitait aujourd'hui le sujet de Baudouin comme il l'a traité il y a plus de quinze ans, il sentirait mieux qu'un autre la nécessité de créer une action véritablement tragique, de faire naître ces incidens, ces oppositions qui lui donnent de l'intérêt et de la force ; il comprendrait également l'urgence absolue de châtier un style dont les aspérités fatiguent l'oreille et le goût des juges éclairés.

Rien de plus simple, rien de plus nu, pour parler clairement, que le sujet et l'action de la tragédie de Baudouin. Ce Baudouin, comte de Flandres, figure au premier rang des guerriers croisés qui se sont emparés de Constantinople ; les vainqueurs se disposent à donner aux Grecs un empereur de leur choix, et les électeurs, au nombre de douze, se réunissent pour nommer le chef de l'empire. Trois compétiteurs sont sur les rangs : le duc de Montferrat, le vieux doge de Venise Maindolo et le brave Baudouin. Le doge, vieillard octogénaire et aveugle, chef d'une république, dédaigne l'empire ; sa longue expérience, ses vertus austères lui donnent un grand crédit sur l'esprit et la conscience des électeurs ; il n'use de son influence qu'en saveur de Baudouin, qu'il juge le plus digne du trône. Ainsi, Montferrat est le seul rival dont la concurrence soit véritablement redoutable pour Baudouin. La femme de ce prétendant à la couronne, Marie, nièce de Philippe-Auguste, est dévorée l'ambition de régner. Aussi met-elle tout en œuvre pour faire élire son mari : les menaces, l'argent, les séductions, les corruptions de toute nature sont employées par elle. M. Lemercier a nécessairement retouché cette partie de son ouvrage ; il n'y a pas six on sept ans probablement qu'il l'a faite comme elle est maintenant ; il a dû profiter des exemples qu'il avait alors sous les yeux, et qui, depuis, ne lui auraient pas manqué au besoin.

Quoi qu'il en soit les intrigues électorales de la femme de Baudouin ; au lieu de servir les intérêts de son époux, le compromettent au point que sans l'intervention du vieux doge, il ne serait point élu. Grâce à l'influence du chef de la république vénitienne, Baudouin est donc proclamé empereur de Byzance. Sa femme est au comble de la joie ; mais cette joie ne sera pas de longue durée : elle expire au moment même où la nouvelle impératrice reçoit la couronne ; et c'est en montant au trône que Marie rend le dernier soupir.

C'est ainsi que finit la pièce ; et pour savoir comment Baudouin finira à son tour, il faut recourir à l'histoire ; elle apprend que ce même Baudouin descendit du trône pour être plongé dans les fers, et pour mourir bientôt après de la mort la plus ignominieuse et la plus cruelle.

Il ne faut pas croire cependant que cette mort de la nouvelle impératrice, formant le dénoûment de la tragédie, soit complètement imprévue : dès le premier acte, elle est annoncée comme prochaine, comme inévitable, par la veuve d'un prince croisé, espèce de Cassandre dégénérée, qui prédit l'avenir, sans jamais indiquer la source de ses prédictions. C'est elle qui fait savoir que l'épouse de Baudouin a été empoisonnée par Montferrat, lequel meurt aussi, sans avoir paru sur la scène. La présence de ce rival aurait vivifié l'action, en donnant quelqu'énergie à la faiblesse des ressorts employés par M. Lemercier. Cette action, quelle est-elle ? s'agit-il de l'élection de Baudouin ? Elle n'est pas un seul instant douteuse. L'auteur a-t-il voulu prouver que la soif du pouvoir suprême conduit au néant ? on aperçoit à peine cette idée dans l'œuvre de M. Lemercier. L'intérêt ne peut s'attacher à aucun personnage. Ce n'est donc point une tragédie que Baudouin empereur ; ce n'est qu'une suite de scènes dans lesquelles on trouve de nobles inspirations, souvent rendues en beaux vers, mais quelquefois aussi exprimées en vers bizarres qui dépareraient les plus généreuses pensées.

Le public a jugé la pièce en conscience ; il l'a patiemment écoutée jusqu'à la fin ; il a applaudi ce qui lui a paru digne de ses suffrages, il a gardé le silence lorsqu'il ne pouvait pas approuver ce qu'il avait entendu. A la chute du rideau, quelques sifflets se sont mêlés aux applaudissemens ; ils ont cessé aussitôt que Beauvalet, qui a joué d'une manière distinguée le rôle de Baudouin, est venu proclamer le nom de M. Lemercier.

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