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Brunet et Caroline, ou le Chansonnier impromptu

Brunet et Caroline ou le Chansonnier impromptu, opéra en un acte, livret de Joseph-Alexandre de Ségur, dit Ségur jeune, musique de Bernardo Mengozzi, 17 Messidor an 7 [5 juillet 1799].

Théâtre Montansier Variétés

Almanach des Muses 1800

Brazier, Histoire des petits théâtres de Paris depuis leur origine, Volume 2, p. 21 :

Brunet a été un acteur parfait de naturel et de naïveté ; son jeu était non seulement simple et vrai, mais encore il était chaste, et je n’exagère pas. Brunet apportait sur la scène cet air timide et embarrassé qu’il garde à la ville : c’est peut-être à cette extrême timidité, à cette gaucherie modeste, qui ne le quittent pas dans le monde, qu’il a dû son succès au théâtre.

Brunet était aimé au point que l’on fit pour lui et une actrice nommée Caroline1, qui avait une voix ravissante, une pièce intitulée Brunet et Caroline. M. le comte de Ségur en était l’auteur.

1. Cette comédienne est morte en 1807.

Courrier des spectacles, n° 865 du 18 messidor an 7 [6 juillet 1799, p. 2 :

[La pièce est faite pour mettre en valeur Brunet et mademoiselle Caroline, les deux acteurs contrastant fortement. Leur asssociation attire évidemment le public; et il a fallu bien sûr imaginer une intrigue permettant de les confronter dans une situation où ils puissent montrer leur talent. Brunet devient un auteur virtuel de tragédies, mademoiselle Caroline fait de la musique, et le rival (heureux) de Brunet auprès d'elle compose des « poésies légeres et pittoresques. Tous trois sont logés dans la même maison, le théâtre montrant leurs trois logements. Et bien sûr le père de Caroline cherche sa fille... Un vague imbroglio autour des couplets commis par le père permet d'amener un dénouement facile : ce n'est pas Brunet qui épouse Caroline, mais son rival. Si le rôle des deux jeunes mariés « sont agréables et remplis de jolis détails », le rôle de Brunet est jugé sévèrement : c'est « un tissu d'inepties », que seul le talent de Brunet rend tolérable, même s'il comporte « quelques traits d'esprit et de critique ». Et la musique est de qualité, soutenue de plus de « la voix flexible, j'ai dit presque divine, de l'intéressante Caroline ».]

Théàtre Montansier.

Brunet et Caroline, ce titre est neuf. Voyons un peu : qui est-ce qui joue dans cette pièce ? Brunet lui-même et Caroline. Ah ! il faut voir ça, il faut voir Brunet et Caroline. Voilà ce que l’on se disoit hier soir, et on est allé voir l’opéra donné hier à ce théâtre sous ce nom ou sous celui du Chansonnier impromptu.

Dumont , poëte lyrique domicilié à Rouen, a désigné pour son gendre Brunet son parent, qu’il n’a jamais v , parce que ce Brunet a la réputation de faire aussi des vers. Il a donc signifié à Caroline sa fille de ne plus voir Derval son amant, mais Caroline, pour éviter le malheur d’épouser Brunet, se refugie à Paris chez une de ses tantes qui la reçoit avec bonté et qui la dérobé à toutes les poursuites et aux recherches de sou père. Derval a suivi son amante dans la capitale, maïs il ne peut avoir accès chez elle : Dumont a pris aussi le parti de chercher sa fille, et il s’est mis en route. Il est descendu dans une hôtellerie voisine de la maison de sa sœur, et il ne soupçonne pas être aussi près de celle qui est l’objet de ses recherches. Il loge dans un appartement au-dessous duquel est une chambre occupée par Brunet, ce poète ou plutôt ce misérable rimailleur qui prétend à la main de sa fille.

Ainsi le spectateur voit en même te ms une scene triple, à gauche Caroline composant de la musique, à droite Brunet se martelant la tête pour commencer sa tragédie du 'Triomphe du cheval de Troye, et plus haut enfin, Dumont composant ses poésies légeres et pittoresques.

Brunet, impatienté d’entendre à côte de lui l’aimable cantatrice. et au-dessus le poëte Dumont, adresse la parole à Caroline, et la prie de ne plus le distraire autant de ses occupations. La jeune personne s’informe de lui, du sujet qu’il travaille, et apprenant que c’est une tragédie, elle lui conseille de faire plutôt des chansons qui lui seront bien plus lucratives. Mons Brunet de se mettre à l’ouvrage, mais son cerveau ingrat refuse de le servir. Que faire ? Il entend du bruit  : c’est son confrère qui lit une romance. Brunet l’écoute et écrit, puis il passe a Caroline par-dessous la porte cette production qu’il assure être la sienne, et que la voisine met aussi-tôt en musique. Brunet est bien aise de voir quels arrangemens elle prendra pour le succès de ses couplets, il se rend chez elle et est charmé de la maniere dont elle chante. Au moment où il veut se retirer, Derval frappe a la porte et apperçoit Brunet, qu’il menace de tout son ressentiment, puis il se retire; furieux contre sa maîtresse, qu’il accuse d'infidélité. Pendant ce tems, Dumont ayant été chez le marchand de musique, y a trouvé déjà ses propres couplets. Là il apprend qu'ils ont été donnés par le rimailleur son voisin. Il entre chez Brunet, qui pour lui prouver qu’il n’a pas volé ses couplets, le mène chez sa sœur, où il retrouve sa fille. On juge bien que tout est oublié, et que Derval rappelé reçoit la main de Caroline.

Les rôles de Caroline et de Dumont sont agréables et remplis de jolis détails, mais celui de Brunet est un tissu d’inepties que le jeu seul de l’acteur a pu faire supporter  : on y distingue cependant quelques traits d’esprit et de critique. La musique est du cit. Mengozzi, qui a dignement soutenu sa réputation par cette jolie production qu’embellissoit encore la voix flexible, j’ai dit presque divine, de l’intéressante Caroline.

Mercure de France du 30 messidor an 7 (18 juillet 1799), p. 195-197 :

[La pièce à la gloire de Brunet et Caroline, deux acteurs du théâtre Montansier, est d’un intérêt limité, et le critique commence par regretter qu’on en vienne à faire des interprètes de la pièce le sujet même de cette pièce. C’est rechercher le succès par un moyen critiquable. Le résumé de l’intrigue est fait sans sévérité, et l’article n’a pu qu’à parler des interprètes : éloge de mademoiselle Caroline, éloge moindre de Brunet, dont le rôle est insignifiant, mais qui le joue avec naturel. Les autres interprètes sont aussi félicités. par contre, la pièce est jugée peu vraisemblance, et le critique conteste qu’on puisse entendre des couplets composés à l’étage au-dessus et les copier « mots pour mots ». Il semble qu’il y ait là une vraie difficulté aux yeux de l’auteur de l’article. Et la musique ? Elle a droit à une phrase, louangeuse, mais bien rapide. Ce n’était pas l’essentiel dans cet opéra-comique.]

THÉATRE DU JARDIN ÉGALITÉ,

    CI-DEVANT MONTANSIER.

17 Messidor.

Brunet et Caroline, ou le Chansonnier, im-promptu, opéra en un acte, dans lequel le citoyen Brunet a rempli le rôle de Brunet, et la citoyenne Caroline, celui de Caroline.

Jusqu'à présent, les auteurs dramatiques ont eu en vue les plaisirs du public ; maintenant, voilà une nouvelle route qu'on vient de leur tracer : Dieu veuille qu'ils ne la suivent pas ! Nous ne concevons rien à cette manie de composer une comédie pour faire briller le talent de tels ou tels acteurs, qui sont justement en possession de plaire. Le citoyen Brunet et la citoyenne Caroline méritent certainement, chaque jour, de plus en plus, les suffrages universels ; mais si ces deux estimables artistes veulent l'avouer franchement, nous sommes certains qu'ils ont hautement blâmé l'imprudent auteur, qui a osé, pour attirer le public, étayer son ouvrage de leurs deux noms chéris, tandis que le mérite seul de la pièce devait en assurer le succès. Quoiqu'il en soit, l'analyse de cet opéra est, pour nous, une dette dont nous nous acquitterons avec plaisir,

Dumont, poëte lyrique, veut marier sa fille à Brunet, son parent, qu'il n'a jamais vu. Caroline, qui aime Derval, se réfugie, à Paris, chez une tante, et là elle s'amuse à composer de la musique. Dumont arrive bientôt lui-même à Paris et occupe une chambre précisément au-dessus de celle qu'habite Brunet. Quelques chansons qu'il compose, sont copiées par ce dernier, qui les envoie, comme de lui, à Caroline, pour les mettre en musique. Une simple cloison le sépare de cette aimable personne. Le hasard conduit Dumont chez le graveur de la musique ; il reconnaît les paroles de ses couplets; et comme ils sont signés par Brunet, il vient trouver notre plagiaire, contre lequel il s'emporte. Brunet le conduit-chez Caroline. Reconnaissance générale. Notre poëte de contrebande est éconduit, et Derval, qui a suivi son amante à Paris, épouse Caroline.

Le rôle de Caroline est très-bien fait ; et l'aimable cantatrice, qui le remplit, y ajoute un charme inexprimable. Que sa voix est fraîche ! que son chant a de goût, et combien son jeu est agréable ! Le rôle de Brunet est insignifiant et rempli d'inepties ; ce qui nous fait encore dire que, sans l'acteur, l'auteur n'aurait point travaillé à cette pièce. Le citoyen Brunet l'a seul soutenu par le naturel qu'il y a mis. On doit aussi des éloges au citoyen Claparède, dans le rôle de Dumont, et au citoyen Xavier, dans celui de Derval.

Quant à la pièce , nous devons lui reprocher quelques invraisemblances. Nous demanderons à l'auteur comment il peut se faire que Brunet entende assez distinctement, pour copier, mots pour mots, les couplets que compose Dumont, dans une chambre au-dessus. On peut, il est vrai, et nous l'avons nous-mêmes éprouvé, retenir, çà et là, quelques paroles prononcées à haute voix au-dessus ou au-dessous de l'appartement que nous habitons ; mais un nombre de couplets consécutifs, c'est impossible ; dût-on même nous objecter le moyen de la cheminée ?

La musique est charmante et digne en tout de son auteur, le citoyen Mengozzi.

Dans la base César : titre complet : Brunet et Caroline, ou le Chansonnier impromptu. L'auteur est Ségur jeune (le vicomte Joseph-Alexanre de Ségur), la musique est de Bernardo Mengozzi. Représentations : 17 représentations, du 5 juillet 1799 au 5 octobre 1799.

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