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Le Bombardement d'Alger, ou le Corsaire reconnaissant

Le Bombardement d'Alger, ou le Corsaire reconnaissant, mélodrame en trois actes, de Frédéric [Dupetit-Méré], musique de Darondeau, ballet de Hullin, 5 juin 1815.

Théâtre de la Gaîté.

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Barba, 1815 :

Le Bombardement d'Alger, ou le Corsaire reconnaissant, mélodrame en trois actes, par M. Frédéric ; Musique de M. Darondeau, Ballet de M. Hullin ; Représenté, pour la première fois, sur le Théâtre de la Gaieté, le lundi 5 juin 1815.

Ce bombardement d'Alger est situé en 1683 (rien à voir avec les futures incursions françaises de l'autre côté de la Méditerranée...).

Le Nain jaune, ou Journal des arts, volume 2, deuxième partie, n° 372 (cinquième année) du 10 juin 1815, p. 302-303 :

[L'article commence par ironiser sur le « titre pompeux » dont la pièce est parée, simple moyen « d'attraper les gobe-mouche » (s'il y a bien un « corsaire reconnaissant » dans la pièce, le bombardement d'Alger est évité grâce à l'efficacité d'un officier français). L'essentiel de l'article est consacré à résumer une intrigue complètement prévisible, avec des détails qu'on retrouve dans bien des pièces à l'orientalisme facile du temps : harem, eunuque, captive livrée à un dey qui tombe amoureux d'elle, mais qui la respecte, évasion du harem, etc. Le jugement porté ensuite est sans appel : « Les situations les plus communes, les invraisemblances les plus absurdes sont entassées dans ce mélodrame ». On a bien un niais, c'est « obligé » dans un mélodrame, et il est encore plus bête que les niais habituels, on a aussi un eunuque ridicule, dont le rôle est « joué » par une femme : on ne sait trop pourquoi ». Ce qui sauve un peu la pièce, c'est certains interprètes que le critique apprécie, et les ballets et la musique, qui vaut bien mieux que les paroles. Compositeur et auteur sont cités, mais dans une comparaison qui n'est pas flatteuse pour Frédéric Dupetit-Méré.]

Théâtre de la Gaîté. – Le Bombardement d'Alger ou le Corsaire reconnaissant. – C'est une belle chose qu'un titre pompeux ; aussi MM. les hommes de lettres du boulevard, qui en connaissent toute la puissance, ne négligent-ils pas ce facile moyen d'attraper les gobe-mouches. Un officier français, nommé Choiseuil, a vu son épouse enlevée par des Pirates et conduite à Alger. On devine bien que le dey Ismaël en devient amoureux ; mais son respect égale son amour. Le galant Ismaël adore Valentine en tout bien tout honneur, ce qui ne laisse pas que d'être extraordinaire de la part d'un dey, et très-flatteur pour Choiseuil. Le hasard, dont les auteurs disposent à leur gré, fait que Choiseuil à son tour est attaqué par des Algériens et conduit dans les lieux où le dey soupire pour sa femme. Choiseuil rencontre sur le port un corsaire, nommé Barbuta, qui fut jadis prisonnier en France et auquel il a rendu la liberté. Le corsaire reconnaissant achète, pour cent sequins, le pauvre officier au marchand Mehemed et se trouve ainsi quitte envers son bienfaiteur. On pense bien que l'époux de Valentine se trouve plusieurs fois avec elle et que la présence du dey le force de dissimuler.

Cependant la flotte française se dispose à bombarder Alger, Ismaël charge Choiseuil, qui a gagné toute sa confiance, d'aller demander une trève aux Français. Pendant que celui-ci remplit sa mission, Valentine, sous les habits de l'eunuque Osmin, s'échappe du harem. On l'arrête, les Algériens qui ont juré de faire périr tous les Français qui tomberont entre leurs mains, vont l'immoler à leur rage.... Choiseuil, qu'on avait soupçonné de trahison apporte la trève demandée par les Algériens, et fait même espérer qu'elle sera le prélude de la paix.

Les situations les plus communes, les invraisemblances les plus absurdes sont entassées dans ce mélodrame. Le niais obligé est plus bête qu'il ne l'est ordinairement dans ces sortes. d'ouvrages, et c'est beaucoup dire. On a voulu faire une espèce d'intrigant de l'eunuque Osmin. Ce rôle n'est que ridicule. Il est joué par une femme ; on ne sait trop pourquoi. Ses manières et sa tenue sont celles d'un polichinelle. Maître Lafargue, dans le rôle du beau dey, est d'une gravité fort comique, et Marty montre une sensibilité charmante dans celui du vertueux corsaire. Il y a de jolis ballets, et l'on trouve dans la musique de M. Darondeau, quelques airs de danse qui valent beaucoup mieux que toute la prose de M. Frédéric.

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