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Les Bûcherons de Norzinsk

Les Bûcherons de Norzinsk, mélodrame en trois actes, musique de Piccinni ; 4 août 1806.

Théâtre de la Porte Saint-Martin.

Almanach des Muses 1807.

Courrier des spectacles, n° 3455 du 24 juillet 1806, p. 4 :

On promet pour la semaine prochaine, à la Porte St-Martin, un mélodrame nouveau en trois actes, intitulé : les Bûcherons de Norzinck. On assure que cet ouvrage, qui sort de 1a plume de deux auteurs connus par des productions estimées, sera un des mieux montés que l’on ait vus, et que les principaux rôles seront confies à l’élite des acteurs de ce théâtre, MM. Adnet, Bourdais, Talon, Philippe et Dugrand.

Courrier des spectacles, n° 3467 du 5 août 1806, p. 2-3 :

[L’article commence par donner la recette du mélodrame : « un bûcheron qui devient un grand capitaine, qui gagne des batailles, sauve un empire et épouse une grande princesse », à qui il faut donner « une naissance mystérieuse, un père illustre et quelque sage instituteur », tel doit être le héros de mélodrame. Le critique peut se lancer dans la périlleuse entreprise du résumé de l’intrigue, une intrigue pleine de rebondissements (il est indispensable que l’héroïne soit enlevée, et que le héros fasse un séjour en prison : les deux événements ont bien lieu ; il faut aussi que le héros délivre son bienfaiteur, qui est aussi le père de celle qu’il aime, de ses ennemis : il n’y manque pas). On finit bien sûr sur la révélation de la fameuse « naissance mystérieuse ». Il n’y a plus qu’à marier les deux amants. La fin de l’article est consacrée à dire combien la pièce a eu du mal à s’imposer. Visiblement, la première représentation n’a pas été de tout repos : si le premier acte a été assez bien accueilli, ce n’est pas le cas de la suite. Le public a rendu la pièce inaudible, au point que l’acte deux a été transformé en pantomime, seuls les gestes des acteurs permettant de comprendre ce qui se passait. Au troisième acte, les spectateurs ayant deviné de dénouement, il a grondé à nouveau, et les acteurs ont eu la prudence de couper la fin et de laisser la place à un ballet. Que reprocher à cette pièce ? trop de personnages, dont peu « inspirent quelqu’intérêt, un spectacle peu spectaculaire, alors que le mélodrame a besoin de veaux développements et de riches décorations. Dans un contexte moins agité, la pièce aurait été mieux jouée : les acteurs « ont envain lutté avec persévérance contre le parterre mutiné » et ont dû céder la scène aux danseurs qui, eux, ont été applaudis. Les auteurs ont souhaité garder l’anonymat, et seul le compositeur a été nommé. Sa musique comporte « plusieurs morceaux dignes d’être applaudis ».]

Théâtre de la Porte St-Martin.

Les Bûcherons de Norzincks.

Un bûcheron qui devient un grand capitaine, qui gagne des batailles, sauve un empire et épouse une grande princesse, ne sauroit être un bûcheron ordinaire ; il lui faut une naissance mystérieuse, un père illustre, et quelque sage instituteur, qui dirige ses premiers ans. On trouvera tout cela dans le héros des Bûcherons de Norzincks.

Ce héros se nomme Edvand ; il est né d’un hymen clandestin, et son origine reste long-tems inconnue ; une femme pauvre lui tient lieu de mère, et le premier .instrument que ses mains apprennent à manier dans son enfance est la coignée.

Un grand homme se décèle toujours par quel que chose ; nec imbellem progenerant aquilæ columbam, a dit Horace, aussi un hermite decouvre-t-il bientôt dans le petit Edvand les germes des plus grandes qualités ; il prend soin de son éducation, l’entretient dans des sentimens nobles, et lui inspire le plus grand amour de la gloire.

A seize ans, le petit Edvand, plein des préceptes de son Mentor, quitte sa mere, sa hache et son précepteur, et comme un nouvel Achille, s’élance vers les camps, et se signale par nombre d’exploits. La fortune le sert si bien qu’il trouve l’occasion , (quoiqu’il ne soit encore que maréchal-de-logis), de rendre service à la fille du général Linski. Cette belle héroïne est brillante de jeunesse et de grâces. Le feu de ses yeux porte l’incendie dans le cœur d’Edvand, et désormais toutes ses pensées sont consacrées à l’admirable Elina.

Cependant l’amour n’étouffe point la reconnoissance filiale ; il retourne dans ses forêts, et donne une fête à sa mère. La belle Elina, que la chasse a conduite dans la forêt. et qui s’y est égarée, arrive au milieu des bûcherons, et reconnoît avec surprise son libérateur.

Edvand s’empresse de lui rendre ses hommages, et lui manifeste de nouveau le désir de suivre la carrière des armes. Toute femme est sensible aux hommages qu’on lui adresse, et les princesses elles-mêmes sont, à cet égard, aussi femmes que les autres. Elina ne dédaigne point le héros champêtre qui l’a sauvée ; elle l’engage à se rendre à l’armée, et lui promet sa protectiou et ce!le de son père.

Edvand n’écoute plus que l’ardeur de la gloire et l’inspiration du destin. Un de ses amis nommé Tasco, instruit du secret de sa naissance, le seconde de tous ses moyens, et lui remet deux cents ducats, produit d’une succession qu’il vient de recueillir ; lui-même, nouveau Nisus, il s’apprête à partager les glorieuses aventures de son Euriale.

Edvand arrive dans une ville de Pologne, descend à l’auberge du Grand-Vainqueur ; il ne falloit pas moins qu’une telle enseigne pour un guerrier tel que lui ; il y rencontre le jeune Douglas, officier inconsidéré et étourdi, mais plein de bravoure et de générosité. Edvand sauve l’honneur d’une petite fille d’auberge que Douglas étoit sur le point de soumettre à sa passion ; il se lie d’amitié avec ce jeune homme, et lui prête, pour acquitter une lettre-de-change, les deux cents ducats que Tasco lui avoit remis. Mais bientôt il apprend que Douglas doit épouser incessamment la belle Elina, et cette découverte le mettroit au désespoir, si son ami Tasco n’arrivoit à propos pour le consoler. Enfin arrive aussi le moment marqué pour l’accomplissement des destinées d’Edvand ; il est présenté au général Linski, et fait sous-lieutenant. La guerre s’allume entre les Cosaques et les Polonais ; la ville est investie par l’ennemi ; le général exhorte son armée ; la bataille est livrée, l’ennemi est vaincu.

Mais au moment même où Linski se livre à la joie de la victoire, une suivante d’Elina accourt éperdue ; elle annonce que sa maîtresse a été enlevée, et accuse Edvand de ce rapt. La princesse est ramenée par des soldats qui ont arrêté le ravisseur. On reconnoît un bucheron nommé Fichet, ami d’Edvand. Fichet et Edvaud sont envoyés en prison, et le héros forestier voit tout-à-coup s’évanouir sa gloire et sa fortune. Mais Tasco lui est resté fidèle. Ce bucheron est aussi un demi-dieu. Il assemble les hôtes des forêts, et, suivi d’une troupe de ses camarades, armés de leurs coignées, il délivre 1’illustre Edvand.

Dans cet intervalle, la fortune avoit changé. L’imprudent Douglas avoit donné dans une embuscade, que les Cosaques lui avoient tendue ; Linski, en voulant le secourir, étoit demeuré prisonnier. Edvand rassemble sou armée de bucherons, tombe sur les Cosaques, délivre Linski et Douglas, et revient chargé de lauriers.

Ici le mystère de sa naissance s’éclaircit. Douglas le reconnoît pour son frère, et lui cède la main d’Elina. Linski confirme le bonheur des deux amans ; Tasco retourne à ses fagots ; Fichet se contente d’un emploi de piqueur, et la mère adoptive d’Edvand vient partager le bonheur, la puissance et la gloire de son fils.

Tel est le sujet de ce Mélodrame, annoncé depuis long-temps comme une production digne des amateurs. La pièce a été accueillie d’une manière assez défavorable. Le premier acte seul, quoique traité froidement, avoit trouve grâce aux yeux des spectateurs les plus sévères, mais lorsqu’au second, on ne vit plus que des entrées et des sorties sans motif, lorsqu’on vit les personnages parler beaucoup sans rien dire, et s agiter en tout sens sans rien faire, alors les sifflets ont éclaté de toutes parts ; l’acte entier a été sacrifié et joué en pantomime, les gestes des acteurs ont pu seuls faire comprendre la marche de l’ouvrage. On commençoit à y reconnoître quelque chose au troisième acte lorsque le dénouement, deviné par le parterre, a réveillé les murmures ; dans cette crise inattendue, les acteurs ont eu la prudence de couper eux-mêmes leurs rôles, un geste a terminé la pièce, et à ce signal, une troupe de danseurs et de danseuses est venue désarmer la sévérité du parterre. Ce mélodrame pourra peut-être se relever de cette chûte, mais il faut pour cela beaucoup de sévérité dans celui qui y fera des changemens. Il y a beaucoup de personnages, et un ou deux seulement y inspirent quelqu’intérêt. On y a été économe de spectacle, mais c'est sur-tout par-là que ce théâtre, le plus propre aux beaux développemens et aux riches décorations , doit chercher à séduire les yeux de la multitude.

La pièce eût été sans-doute mieux jouée si le bruit qui se renouvelloit à chaque instant dans la salle n’eût pas déconcerté les acteurs dans les scènes les plus intéressantes. Adnet, Bourdais, Talon, Philippe, et Mlles, Rose et Bourgeois ont envain lutté avec persévérance contre le parterre mutiné. Entraînés par le torrent avec la pièce, ils ont cédé la place aux danseurs, et la grâce et la légèreté de Morand et de Mlle.Caroline, en excitant les applaudissemens, ont fait en partie oublier les scènes désagréables qui venoient d’avoir lieu.

Quelques personnes ont demandé les auteurs ; ils ont garde l’anonyme. La musique, qui est de M. Piccini, présente dans l’ouverture et dans les différens actes, plusieurs morceaux dignes d’être applaudis.

L'Opinion du parterre, quatrième année, février 1807, p. 232 :

4 Août.

Première représentation des Bûcherons de Norzinks, mélodrame en trois actes, musique d'Alexandre Piccini. Chute. L'auteur des paroles garda l'anonyme. Un bon mélodrame est toujours un mauvais ouvrage ; mais un mélodrame détestable ! quel rang lui assigner, ainsi qu'à son auteur ?

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