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Clémentine, ou la Belle-Mère

Clémentine, ou la Belle-Mère, opéra en un acte, de MM. Vial et Fay, 2e jour complémentaire an 7 (18 septembre 1799).

Théâtre Feydeau.

Titre :

Clementine, ou la Belle-Mère

Genre

opéra-comique (comédie mêlée d’ariettes)

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

ariettes

Date de création :

2e jour complémentaire an 7 (18 septembre 1799)

Théâtre :

Théâtre Feydeau

Auteur(s) des paroles :

J. B. C. Vial

Composiyeir(s) :

Fay

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Huet, chez Charron, an VIII :

Clémentine, ou la Belle-Mère, comédie en un acte et en prose, mêlee d’ariettes : Paroles de J. B. C. Vial ; Musique de Fay. Représentée, pour la première fois, an Théâtre Feydeau, le 2.e jour complémentaire, an VII de la République Française.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 5e année, 1799, tome III, p. 413-416 :

[D’emblée, la pièce est présentée comme un grand succès. Avant d’en raconter l’intrigue, le compte rendu en expose le contexte (une histoire de remariage, des enfants de deux lits, un père absent, ce qui permet à la seconde épouse de traiter fort différemment les deux filles de ce père, deux filles au tempérament très différent). Le résumé de l’intrigue est sans surprise : on accumule les raisons de craindre pour la pauvre Clémentine constamment en butte aux attaques de sa belle-mère, jusqu’à ce que le père reparaisse et rende possible le dénouement attendu, mais longtemps impossible. Dans ce monde où tout le monde est bon, sauf la méchante belle-mère, on pousse la délicatesse jusqu’à pardonner à la marâtre. Mais le critique n’y trouve rien à redire. Pas de jugement sur la pièce ni sur la musique, mais un bel effort pour hiérarchiser les jugements portés sur les interprètes, classés en « parfatement joués », « peut-être inimitable » et rôle « bien rempli ». Les auteurs ont été nommé. L’auteur des paroles, sans doute « fort jeune », n’a pas paru, à la différence du compositeur, qui a été encouragé « comme auteur » et vivement applaudi « comme acteur ».]

THÉATRE FEYDEAU.

Clémentine, ou la Belle-Mère.

Cet opéra, joué la première fois, le deuxième jour complémentaire, a obtenu le plus grand succès. En voici le sujet :

Berville, après quelques années d'un second mariage, a été forcé, par une suite de circonstances malheureuses, de s'éloigner de sa famille ; il a laissé auprès de sa femme deux jeunes filles : l'une, du premier lit, est Clémentine, d'un naturel sensible, et même mélancolique ; l'autre est Cécile, dont le caractère gai et capricieux cache cependant un excellent cœur. Cette derniere a toute l'affection de M.me Berville, qui n'a cessé d'accabler Clémentine, sa belle-fille, d'indifférence et de dédains. C'est cette injustice qui fait le fonds de l'action.

Il est encore matin, et M.me Berville repose. Clémentine, dont les chagrins abrègent le repos, recoit les marques d'intérêt que Blaise, jardinier de la maison, et Marie, vieille gouvernante des deux enfans, prennent à sa situation. Marie, surtout, rappelle à Clémentine les regrets qu'éprouvoit Berville, lorsqu'il fut obligé-de s'en séparer, et elle vient, avec adresse, au devant de l'aveu que Clémentine a besoin de lui faire de l'amour qu'elle a conçu pour le jeune Serigny, son cousin. Cécile est aussi levée avant sa mère : elle a déja couru tout le jardin, fait enrager le jardinier, et elle vient quereller Clémentine sur sa tristesse continuelle. Le bruit d'une sonnette annonce le réveil de M.me Berville. Cécile court pour aller embrasser sa mère. Elle revient bientôt avec une rose et une ceinture, dont elle se plaît à parer Clémentine : elle interroge ensuite, avec finesse, Serigny, sur l'effet de cette parure, et s'amuse de l'embarras des deux amans.

M.me Berville paroît : elle prodigue les caresses et les éloges à Cécile; ne donne, au contraire, que des regards assez durs à Clémentine, ne lui adresse la parole que pour critiquer sa parure, dont elle la dépouille, sous prétexte de la trouver mieux sans aucun ornement ; elle lui dit, cependant, qu'elle songe à son bonheur, le lui répète d'une manière fort énigmatique, et sort pour aller chez un M. Richard, vieux financier, dont la terre est contigue à la sienne.

Pendant son absence, Cécile et Clémentine se mettent à dessiner, et la première a voulu que Serigny servît d'étude. Marie a été informée, par un valet de M. Richard, que M.me Berville veut marier Clémentine à ce vieillard, et Cécile à Serigny ; mais; n'osant leur faire part de cette triste nouvelle, elle imagine de leur chanter une romance, dont le sens est compris par les jeunes gens. M.me Berville vient leur signifier ses intentions : Cécile et Clémentine osent à peine parler ; Serigny seul hasarde quelques reproches. Le financier, par ses manières ridicules, justifie lui-même l'inconvenance du mariage que M.me Berville a résolu. On lui fait admirer le portrait de Serigny, que M.me Berville trouve parfait, le croyant l'ouvrage de Cécile, et qu'elle décrie, lorsqu'elle sait qu'il est celui de Clémentine.

Enfin le notaire apporte le contrat. C'est Berville lui-même, qui, après 13 ans d'absence, a su, chez Delorme, son notaire, le projet de M.me Berville. Marie le reconnoît, et le fait passer dans un cabinet, d'où il entend se» enfans invoquer et bénir sa mémoire, dans la circonstance critique où ils se trouvent. M.me Berville reparoît ; le. prétendu notaire dispose le contrat. Sourde à toutes les prières, elle ordonne à Clémentine de signer ; et; c'est au moment où celle-ci court saisir la plume avec désespoir, que Berville se découvre, presse ses enfans contre son cœur, et repousse les caresses de sa coupable épouse. Ce n'est qu'à la sollicitation de la généreuse Clémentine, que M.me Berville obtient son pardon ; et le premier signe de son repentir est le consentement qu'elle donne à l'union de Clémentine à Serigny.

Cette pièce est parfaitement jouée par le C. Rézicourt, dans le rôle de Berville ; les C.nes Lesage et Gavaudan, dans ceux de Clementine et de Cécile : la C.e Auvray, dans celui de Marie, est peut-être inimitable ; la C.e Desbrosses a bien rempli le rôle de M.me Berville, et le C. Georget celui du financier Richard.

Les auteurs ont été demandés avec transport. Celui des paroles est le C. Vial, qu'on dit fort jeune, et qui n'a pas paru ; la musique est du C. Fay,que le public a justement encouragé comme auteur, et auquel il a donné des applaudissemens, comme acteur, dans le rôle de Serigny.

L’Esprit des journaux français et étrangers, vingt-neuvième année, tome I, vendémiaire an 8 [septembre 1799], p. 215-218 :

[Le compte rendu s’ouvre par la reconnaissance d’un succès extraordinaire, avec des mentions flatteuses (situations, simplicité de l’action, incidents allant dans le sens moral de la pièce). Le résumé de l’intrigue, qui commence par un avant-scène important, raconte une histoire de mari absent, d’une belle-mère qui n’aime pas sa belle-fille, deux filles de deux lits différents qui sont complices. L’intrigue sentimentale concerne bien sûr la fille du premier lit, et le retour inopiné du mari (on se demande pourquoi il ne s’est pas fait connaître plus tôt) fournit le dénouement attendu. Cette intrigue qui nous paraît très convenue est jugée très positivement : c’est surtout les caractères des personnages qui sont jugés remarquables. La belle-mère n’est pas méchante, si bien qu’on peut espérer qu’elle se repente (méchante, son cas serait irrécupérable, et il n’aurait donc pas sa place dans une comédie, qui doit corriger les mœurs). Le caractère des deux jeunes filles est également analysé de façon positive, en particulier celui de la seconde fille, qui est très proche de sa demi-sœur, sans jalousie, contrairement à sa mère. La fin de l’article passe en revue la musique (elle « seconde parfaitement le mérite du poëme »), les acteurs, simplement énumérés avec leur rôle (mais ils ont été demandés et ont paru), les auteurs (seule compositeur, également acteur, a paru).]

THÉATRE LYRIQUE DE LA RUE FEYDEAU.

Clémentine, ou la Belle-Mère.

La première représentation de cette pièce a obtenu le succès le plus brillant & le plus soutenu. Il est peu de scènes en effet qui ne présentent des situations intéressantes & des tableaux analogues au sujet. sa simplicité rend l'action facile, & cette action marche toujours à son but. Les incidens qui servent à son développement, servent aussi à confirmer le but moral que l'auteur s'est proposé.

Un militaire veuf & remarié, obligé de partir pour son service, laisse à sa seconde femme deux enfans ; l'un du premier lit, c'est Clémentine ; l'autre du second, elle s'appelle Cécile. Clémentine n'a que 3 ans, & sa sœur 2 de moins. L'absence du père dure 14 ans, & pendant le cours des 10 dernières années il n'a pu donner de ses nouvelles. En partant il avoit fait promettre à sa seconde femme d'aimer & de soigner Clémentine comme sa propre fille.

La mère, femme foible sans être méchante, paie le tribut assez ordinaire aux belles – mères. Son cœur plein de sa tendresse pour Cécile, sa fille, est fermé pour Clémentine. Jalouse des avantages naturels de Clémentine & de ses qualités morales, elle cherche plutôt à les contrarier qu'à les seconder. Le temps est arrivé où l'on doit songer à l'établissement de Clémentine, & son cœur a déjà fait un choix, c'est un cousin, neveu de son père. sa belle-mère la destine à un vieux voisin de sa terre, personnage ridicule.

Il est à observer que Clémentine, tendre, affectueuse, douce & modeste, est aimée de tout ce qui l'entoure, & particulièrement de sa jeune sœur, qui lui est entièrement dévouée. Tous se liguent contre ce mariage, tous sollicitent la belle-mère qui est inflexible. Le notaire est mandé ; ne pouvant arriver lui-même, il envoie un substitut ; ce substitut est le mari & le père des deux enfans. Il est témoin des efforts de tous & de leur inutilité ; se levant alors, il se fait reconnoître. Les sensations diverses qu'excite cette reconnoissance, portent une vive commotion dans l'ame des spectateurs.

Clémentine épouse son amant ; le mari adresse de vifs reproches à sa femme, qui, vaincue par les caresses de Clémentine & éclairée par le souvenir de ses injustices , tombe dans les bras de son mari ; celui-ci embrasse en même temps ses enfans & sa femme, & partage leurs transports.

Cette pièce, comme nous l'avons déjà dit, a continuellement intéressé, L'auteur a imprimé à tous ses personnages un caractère sensible & noble, & la belle-mère elle-même n'est qu'une femme foible qui aime exclusivement sa propre fille. C'est dans cette circonstance qu'est surtout le but moral de l'auteur. On doit l'en louer ; car si la comédie doit tendre à corriger les mœurs & les actions des hommes, une femme méchante peut faire horreur ; mais comme ce vice ne se corrige pas, il est au moins dans ce cas inutile de le montrer.

On distingue dans le nombre des personnages ; la mère, les deux enfans, une vieille servante & le neveu. Le caractère de la sœur de Clémentine se fait sentir dans une circonstance qui l'honore infiniment. Elle trouve sa sœur trop simple dans sa toilette ; elle profite d'un ruban qu'elle vient de recevoir de sa mère ; elle l'attache elle-même à sa sœur en forme de ceinture ; elle y joint des fleurs dont elle orne sa tête. Le contraste ensuite est parfait. La mère arrive & s'en apperçoit. sans humeur apparente, elle dénoue la ceinture ; & sous prétexte que les fleurs ne sont pas bien arrangées, elle veut les racommoder, & les jette par terre.

Il est une autre scène où les amans & la jeune sœur réunis tremblent de l'événement du mariage proposé à Clémentine : la. vieille bonne, instruite de l'opiniâtreté de la belle-mère, n'a pas le courage de la leur dire ; mais sollicitée par la jeune Cécile de lui conter une histoire, elle lui chante une romance qui contient tout ce qui peut intéresser les jeunes amans.

La musique seconde parfaitement le mérite du poëme ; tous les morceaux détachés & d'ensemble ont été applaudis avec transport, ainsi que l'ouverture, dont l'exécution a été des plus brillantes.

Les acteurs principaux sont les CC. Rézicourt dans le tôle du père ; Fay dans celui d'amant de Clémentine ; les citoyennes Desbrosse, belle-mère ; Augustine Lesage, Clémentine ; Rosette Gavaudan, sœur de Clémentine, & Auvray , la vieille servante.

Les auteurs ont été demandés : on a nommé le C. Vial pour le poëme, & pour la musique le C. Fay, acteur de ce théâtre. Il a paru au milieu des applaudissemens & comme compositeur & comme acteur. Les acteurs demandés ensuite avec transport ont tous paru.

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