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Le Café des Gobe-Mouches

Le Café des Gobe-Mouches, vaudeville en un acte, de Dieulafoi, Gersin, Moreau et Lafortelle, 5 septembre 1808.

Théâtre du Vaudeville.

Titre :

Café des Gobe-mouches (le)

Genre

vaudeville

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

5 septembre 1808

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Dieulafoi, Gersin, Moreau et Lafortelle

Almanach des Muses 1809.

Les quatre Saisons du Parnasse, quatrième année, automne 1808, p. 286-287 :

LE CAFÉ DES GOBE – MOUCHES.

Première représentation le 8 septembre.

Plusieurs auteurs semblent s'être ligués pour faire du Vaudeville les Petites-Maisons du Parnasse. Sans doute il y a des folies aimables. Collé avoit les siennes ; mais pour les rendre aimables, il faut les assaisonner de gaieté et d'urbanité. Quelle folie que ce Café des Gobe-Mouches ! quel genre de plaisanteries et quelles saillies !

Un acteur vient lire les nouvelles.— De Lyon, rien de nouveau ; de Strasbourg, rien de nouveau ; d'Avesnes.... — Oh ! que nous allons nous en donner. — De Carantan.... — Quoi ! des nouvelles de quarante ans! etc.

On chante la gloire des Gobe-Mouches :

Tout gobe dans le monde;
L'oiseau gobe les fruits,
Le soleil gobe l'onde,
Les jours gobent les nuits.

N'est-ce pas là une belle imitation d'Anacréon ?

Demandez-vous comment vont les cafés ? on vous répond qu'ils se soutiennent sur leurs ailes de dindon et leurs pieds de mouton.

A-t-on peint sur des assiettes de porcelaine le portrait de quelques hommes célèbres ? Que de plaisir, vous dit-on, de prendre en déjeûnant les grands hommes à la fourchette !

Ce que les auteurs du Café des Gobe Mouches ont de mieux à faire, c'est d'imprimer un pareil ouvrage à la suite de l'Asiniana.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1808, tome X (octobre), p. 283-289 :

[Un bien long compte rendu pour une pièce qui n’a pas réussi. Mais il est largement occupé à faire comprendre l’ambiance houleuse de la salle, décrite avec un brin de fantaisie, puis à expliquer comment faire réussir un vaudeville. La pièce n’est pas tombée, par un artifice qui permet d’affirmer qu’elle est allée jusqu’à son terme (« il n’y a pas moyen qu’un vaudeville tombe »), et il faut bien raconter l’intrigue un peu caricaturée, avant de porter un jugement, qui commence par dénoncer l’abus des calembours (« je ne sais combien de centaines »), dont certains s’attaquant à des personnes, ce que le public n’apprécie pas (le conseil est donné à tous les auteurs présents et futurs : «  Il faut en prévenir les auteurs ; les méchancetés ne passent au théâtre qu'à force d’esprit, les farces qu'à force de vraie gaîté »). C’est l’occasion de souligner combien voir une pièce au théâtre diffère complètement de la lecture personnelle, celle du manuscrit étant déjà différente de celle de la version imprimée. Il ne faut pas se contenter de ce qui fait rire en petit comité, il faut aller plus loin, et mettre « les spectateurs en train de rire », « le talent, c'est donc de le[s] mettre en train ». Ainsi le divertissement final n’a guère amusé, mais « il n'est pas du tout sûr qu'elle n'eût pas diverti, si on s'était diverti du vaudeville ». Le secret du vaudeville, c’est l’esprit : « Il n'y a rien de tel que l'esprit pour faire réussir les bêtises ». Car il semble bien que la pièce en soit riche, de bêtises...]

Théâtre du Vaudeville.

Le Café des Gobes-Mouches.

On avait compté sur la bonhomie des Gobes-Mouches du parterre, mais je ne sais quelle mouche les a piqués ; ils ont voulu faire preuve de goût en sifflant une des farces les moins plaisantes qui se soient données depuis long-temps, grace à Dieu. Il fallait que les auteurs se doutassent un peu de leur affaire ; ils avaient avoué dans un assez joli couplet d'annonce qu'ils couraient bien quelques risques,

Si la critique allait prendre la mouche,
              Au lieu de la gober.

On leur a crié, dans le courant de la représentation , que cela était impossible à digérer ; il est vrai que le morceau était dur. On était arrivé pourtant en très bon appétit. On voulait se divertir, on y comptait, et les provisions de gaîté qu'avaient apporté les spectateurs ont été au profit de la pièce, jusqu'au moment où elle les a forcés de se tourner contre elle, et où il a bien fallu que le parterre prît le parti de s'amuser lui-même, puisqu'on ne l'amusait pas. Il a tenu bon aussi long-temps qu'il lui a été possible, et les premiers coups de sifflets qui ont tenté de changer la fortune de la pièce, ont été reçus par les cris ordinaires, à la porte ! Mais les siffleurs sentaient trop bien la ·justesse de leur cause pour l'abandonner ; on les entendait crier d'un ton pénétré : Mais c'est très-mauvais ! On leur répondait : Vous avez raison, mais à la porte ! Alors, pour ne pas perdre le reste, ils ont pris le parti de manifester leur sentiment par des rires si marqués, qu'il a bien fallu rire avec eux. De ce moment-là s'est établi [sic] une lutte que le parterre et les acteurs ont soutenue avec une égale constance. Du milieu du bruit, sortaient de temps en temps des calembourgs , qui, soit du parterre, soit du théâtre, trouvaient moyen de se faire jour et ranimaient le courage des combattans. Nous avons été ainsi presque jusqu'à la fin de la cérémonie de réception du gobe-mouche. Cependant le moment était arrivé où il fallait céder à l'impatience du parterre, mais on l'a fait avec décence, sans précipitation ; en supprimant quelques couplets, on a eu soin de chanter le couplet de la fin : il est donc bien constaté que la pièce a été jusqu'à la fin ; la toile s'est baissée dans les règles ; on redonne le Café des Gobes - Mouches, ainsi il n'y a pas moyen qu'un vaudeville tombe ; cela est consolant.

Il faut rendre compte de celui-ci. M. Chicorée, maître d’un café de la cité, dit-il, tellement en vogue qu’on ne prend plus dans Paris

Que du café de chicorée,

veut marier sa nièce, la petite Chicorée, à M. Tremblotin, marchand de glace au faubourg Saint-Antoine. La jeune personne a un amant, protégé par une de ses tantes qui est brouillée avec son oncle ; la seule difficulté, c'est que mademoiselle Chicorée puisse sortir de chez son oncle, pour aller chez sa tante, où elle épousera son amant. Le jeune homme arrive, ordonne qu'on porte à son cheval une glace au citron ; cette nouveauté fait courir dans la cour tous les gobes-mouches qui, depuis le commencement de la pièce, ont presque toujours occupé le théâtre. La jeune personne s'en va. Ainsi finit un vaudeville fort long, composé de je ne sais combien de centaines de calembourgs, parmi lesquels des traits de satire personnelle ont essayé de se faire remarquer. Le plus délicat est celui sur le docteur Gall, qu'on met au nombre des animaux parlans. Le public n'a pas goûté cette jolie plaisanterie. Il faut en prévenir les auteurs ; les méchancetés ne passent au théâtre qu'à force d’esprit, les farces qu'à force de vraie gaîté. Le public respecte certaines convenances, se règle sur un certain goût qu'il ne raisonne peut-être pas beaucoup, mais dont il a pris l'habitude, et qu'il sait qu'il faut respecter en certaines occasions. Chaque spectateur, averti par la présence des autres, devient plus difficile, et ce qu'il passerait, s'il était tout seul, ce qui pourrait même le faire rire tête à tête, il le désapprouve en public par un sentiment confus qui l'avertit que cela ne sera pas approuvé des autres. Que de gens rougissent des bêtises qu'ils entendent dire même à des indifférens, uniquement par le sentiment, qu'ils ont de l'impression qu'en recevront ses voisins. On a dit : notre goût est moins difficile que notre esprit. C'est la présence des autres, en avertissant notre esprit de leur opinion, qui éclaire notre goût. Un homme content d'une pièce de théâtre qu'on lui a lue tête à tête, en appercevra tous les défauts en la voyant représenter, parce qu'il songera alors à l'effet qu'en doivent recevoir tous ceux qui l'entourent ; ce qui avait paru bon dans un manuscrit, blesse dans un ou ouvrage imprimé, parce qu'on songe alors que beaucoup de gens le liront. Il ne faut donc pas que des auteurs de vaudeville s'imaginent que, pour faire rire le public de leurs plaisanteries, il suffise qu'eux-mêmes en aient ri de tout leur cœur dans un déjeûner de jeunes gens, ni qu'on doive trouver bon, dans une grande salle remplie de gens qui écoutent avec attention, tout ce qui aura paru excellent dans une petite chambre entre cinq ou six personnes, plus occupées de se parler que de s'écouter, dont chacune rit de ce qu'elle a dit et du sentiment de gaîté intérieure qui la possède, plutôt que de ce qu'on fait pour l'exciter ; et ce sentiment de gaîté, croit-on de bonne-foi qu'il existera aussi vif, aussi animé dans un parterre composé de gens assis, serrés, occupés à écouter, qu'entre quelques jeunes gens animés par la société et tous ses accessoires, enivrés du bruit qu'ils font et de la satisfaction qu'ils ont d'eux-mêmes ? Qu'ils songent à tout ce qu'ils ont à faire pour suppléer à ces stimulans qui manqueront à leurs auditeurs, à tout ce qu'il leur faudra d'esprit pour divertir les autres autant qu'ils se divertissent entr'eux, pour mettre le public dans la disposition où ils se sont mis eux-mêmes de rire de tout.

C'est pourtant cette disposition qu'il est absolument nécessaire d'exciter pour faire passer tout ce qu'on a nécessairement à faire passer dans un vaudeville. Mettez les spectateurs en train de rire, ils riront de tout ; ils oublieront leur qualité de public, chacun ne pensera plus qu'à soi ; et, Dieu merci, il y a maintenant fort peu d'auteurs assez gais, assez spirituels pour faire passer tout ce qu'on pourrait faire passer à un parterre mis en train. Le talent, c'est donc de le mettre en train ; alors ne vous gênez pas ; il vous applaudira d'une chose dont vous rougiriez vous-même, si vous y pensiez de sang-froid. Dans ce vaudeville j'ai trouvé telle rime, j'ai trouvé tel calembourg qui aurait transporté de plaisir un parterre en gaîté ; mais il faut l'y mettre. Cette farce de la fin pour la réception du gobe-mouche, a paru froide et ennuyeuse ; il n'est pas du tout sûr qu'elle n'eût pas diverti, si on s'était diverti du vaudeville.

Les auteurs ont pu voir la gaîté qu'a excité dans l'ouverture l'air : hanneton, vole, vole, vole ; la disposition de gaîté était encore toute fraîche, à la fin elle était épuisée ; ce même air a redoublé le mécontentement. Des hommes couverts d'une sorte de pélerine de percale blanche, des femmes avec ces mêmes pélerines en couleur de rose, une grosse mouche peinte sur la poitrine, un hanneton à la main au bout d'un fil; voilà le costume des gobe-mouches, cela n'est pas bien plaisant ; un bonnet d'âne qui descend sur la tête du récipiendaire au milieu d'un nuage parsemé de mouches, il n'y a pas encore de quoi rire ; mais qui sait cependant ce que cela aurait pu ajouter à la gaîté excitée par un vaudeville spirituel et amusant ? Il n'y a rien de tel que l'esprit pour faire réussir les bêtises.                  P.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 13e année, 1808, tome V, p. 143 :

[La pièce a été victime de la campagne d’opinion qui a précédé sa sortie : on en attendait beaucoup, et la déception a été vive. Paradoxalement, le nom des auteurs figure sur l’affiche de la pièce le lendemain de la première, comme si elle avait réussi... Même la cérémonie finale, sur le modèle de celle de Molière dans le Malade imaginaire a été sifflée avec vigueur...]

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

Le Café des Gobes-Mouches, jouée le 5 septembre.

Cette pièce annoncée, prônée depuis un mois, devoit avoir le plus grand succès ; on ne parloit que des méchancetés à bout portant dont elle fourmilloit, et de l'esprit qui y régnoit. L'attente a été bien trompée ; on n'a vu qu'une farce dont la chute retentit encore sous les voûtes du Vaudeville. On la croyoit ensevelie à jamais, lorsque l'affiche du lendemain a fait connoître les noms de MM. DIEULAFOI, GERSIN, MOREAU et LA FORTELLE. La cérémonie de la réception d'un gobe-mouche, calquée sur celle du Malade imaginaire, a été encore plus sifflée que la pièce.

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