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Le Carnaval de Beaugency, ou Mascarade sur mascarade

Le Carnaval de Beaugency, ou Mascarade sur mascarade, comédie en un acte et en prose, d'Étienne et Nanteuil ; 2 février 1807.

Théâtre de l'Impératrice.

Titre :

Carnaval de Beaugency (le), ou Mascarade sur mascarade

Genre

comédie

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

en prose, avec des couplets en evrs

Musique :

vaudevilles

Date de création :

2 février 1807

Théâtre :

Théâtre de l’Impératrice

Auteur(s) des paroles :

Étienne et Nanteuil

Almanach des Muses 1808.

Véritable farce de carnaval, qui a fait rire.

Courrier des spectacles, n° 3645 du 5 février 1807, p. 2 :

[Le critique prévient son lecteur : la pièce est une folie de carnaval, et il n'y a pas à attendre plus qu'une farce, qu'une « caricature de Pourceaugnac ». Le résumé de l'intrigue confirme que la pièce se réduit à un habituel imbroglio autour du mariage de Mlle Catiche, à qui on destine comme mari M. Papillard, alors qu'elle souhaite épouser « un jeune hussard ». Toute la pièce raconte comment on se débarrasse de ce rival, en le ridiculisant. La pièce a fait rire, et les auteurs ont été nommés dans la bonne humeur.]

Théatre de l’Impératrice.

Le Carnaval de Beaugency, ou Mascarades sur Mascarades.

Il faut être disposé aux folies du carnaval, aux parades des boulevards, pour goûter cette représentation. On n’avoit promis qu’une farce et l’on a tenu parole. La critique seroit ici déplacée, car l’auteur n’a pas eu l’ambition de donner une pièce. S’il l’avoit eue; il a prouvé qu’il étoit en état d’en faire très-bien. Il n’a voulu faire qu’une caricature de Pourceaugnac.

Le personnage principal de la pièce s’appelle M. Papillard ; il est de Bourges, et se rend à Beaugency pour épouser Mlle. Catiche, fille de M. Tire-à soi, procureur dudit Beaugency, Or, Mlle. Catiche a pour amant un jeune Hussard, qui se propose bien d’éconduire son rival. M. Papillard arrive : c’est l’époque du carnaval. Mad. Tire-à-soi se dispose à faire une partie de masque. Le Capitaine profile de l’occasion pour mystifier le petit-maître de Bourges. Il s’affuble d’une perruque et d’une robe-de-chambre, et se fait passer pou# M. Tire-à-soi ; il fait déguiser son valet en bergère, et le fait passer pour Mlle. Catiche, M. Papillard se prend tout-à-coup d’une belle passion pour son prétendu beau-père et pour sa future. Mlle. Catiche répond à ses vœux, et lui propose de se joindre à la partie de masques qu’on a projettée.

M. Papillard consent à tout, et comme personne ne le connoît à Beaugency, il se croit dispensé d’acheter un masque. Mais on lui attache sur le dos un écriteau qui révèle au public son nom et son pays. La fausse Catiche le conduit dans un cabaret, boit avec des hussards, fait barbouiller de suie et berner son pauvre amant. Papillard revieut excédé, et donnant au Diable Mlle. Tire-à-soi. M. Tire-à-soi arrive, un peu gris, et traite fort mal le détracteur de sa fille. Le Valet quitte son déguisement, et persuade au pauvre amoureux que les hussards le cherchent pour mettre sa bravoure à l’épreuve. Il se cache ; on lui fait prendre l’uniforme hussard. Le Capitaine le menace de l’envoyer en garnison aux Isles, si mienx n’aime retourner à Bourges. Papillard saisit promptement l’alternative , et va sel ler son petit cheval. On loi substitue un petit cheval de carton rempli d’artifices. On y met le feu, et le pauvre Papillard, honni et confus, disparoît. Quant au capitaine de hussard, maître du champ de bataille, il épouse sa chère Catiche.

On a beaucoup ri de cette folie, qui n’est véritablement qu’une farce de tréteaux. On a demandé l’auteur, et quand l’actenr s’est avancé pour le nommer , on a voulu qu’il reparût à cheval, ce que Clozel a fait d’une manière fort gaie L’auteur est M. Nanteuil, auquel, dit-on , il faut joindre M. Etienne.

L'Esprit des Journaux français et étrangers, année 1807, tome III (mars 1807), p. 275-280 :

[Un article bien long pour démolir une pièce qui n’en vaut apparemment pas la peine. Le public a ri, mais il était venu pour ça, et de quoi a-t-il ri ? De plaisanteries obscures, d’un fonds emprunté sans talent à Monsieur de Pourceaugnac, de déguisements qui tiennent lieu de ruses plaisantes, d’un dénouement mal préparé, d’un divertissement presque plaisant (le public était prêt à redemander certains couplets), mais gâché par un feu d’artifice. Le public a plutôt apprécié, mais le critique est moins favorable : si les travestissements multiples « dont les effets sont assez heureusement combinés », le dialogue est d’une pauvreté accablante, et l’auteur (L'Esprit des Journaux n’en connaît qu’un) n’a pas fait montre de l’esprit dont il est pourtant doté. On sent une pointe de regret quand il annonce que la pièce a été reprise...]

Première représentation du Carnaval de Beaugency, ou Mascarade sur Mascarade.

On avait dit au public qu'il rirait au Carnaval de Beaugency, et le public est venu pour rire : aussi, conme il n'aime pas à perdre sa peine, il a ri dès que la toile a été levée, apparemment du plaisir qu'il allait avoir, de même que j'ai vu des femmes pleurer aux premières scènes de Misanthropie et Repentir, de ce qu'il devait y avoir de touchant dans les dernières ; elles étaient venues pour pleurer, et quand on est bien décidé à faire une chose, on ne saurait s'y prendre trop tôt. Si on veut savoir de quoi le public a ri au Carnaval de Beaugency, je dirai que c'est de ce que M. Papillard a une démarche de Limoges, un air de Pezenas, des jambes de Saint-Malo, etc. etc. ; mais si on me demande ce que c'est que des jambes de Saint-Malo ou une démarche de Limoges, et ce que le public a pu trouver de plaisant à cela, je répondrai qu'en vérité je n'en sais rien. Je rapporte seulement le fait ; l'expliquera qui voudra.

Un autre fait sur lequel repose la pièce, c'est que M. Papillard, marchand bonnetier de Bourges, celui dont le hussard la Tulipe fait à son capitaine Fontanges un portrait si bien imaginé, arrive à Beaugency pour épouser Mlle. Catiche, fille de M. Tire-à-soi, procureur, et, comme on le juge bien, aimée du capitaine Fontanges, qui, comme on le juge bien encore, veut faire déguerpir son rival à force de mauvais tours dont il espère que le carnaval lui fournira l'occasion. C'est, comme on le voit, et comme c'est d'usage dans presque toutes les farces de ce genre, à peu près le fond de Pourceaugnac, à cela près qu'on n'y trouve ni Sbrigani, ni Molière ; mais à la place force déguisemens, parce qu'on a reconnu qu'il était moins difficile de faire prendre à ses personnages des costumes ridicules, que de leur faire inventer des ruses plaisantes. Le capitaine commence par prendre la robe de chambre, la perruque et le bonnet de nuit du procureur, qui est allé s'enivrer chez un de ses amis, pendant que sa femme fait les préparatifs d'un bal qu'elle doit donner le soir, qu'elle se déguise en bergère et habille sa fille en vieille. Le capitaine, déguisé en procureur, reçoit la visite de M. Papillard, à qui il présente la Tulipe déguisé en fille, et qui, sous le masque, sous le nom de Catiche et sous un second habit de bergère destiné pour Catiche, et que sa mère n'a pas voulu lui mettre, donne le bras à M. Papillard pour aller courir les masques, lui attache un écriteau sur le dos, le fait battre et honnir par tous les polissons de Beaugency, qu'il seconde par des propos dignes d'un la Tulipe déguisé en fille, et finit par le planter là pour entrer au cabaret. Papillard revient furieux et décoiffé, porte ses plaintes au vrai procureur qu'il croit avoir déjà vu, qu'il trouve ivre et qui le croit fou ; il voit arriver la procureuse vêtue d'un habit de bergère pareil à celui qu'avait la prétendue Catiche ; il la prend pour sa fille. Arrive Catiche habillée d'une robe de sa mère ; il la plaint du malheur d'avoir une fille comme la sienne. Ils croient tous qu'il a perdu la tête ; il s'imagine que tous s'entendent pour se moquer de lui ; mais la Tulipe, qui a repris son vrai costume, revient l'avertir que la ville de Beaugency est en armes, qu'il en a insulté les habitans, qu'ils veulent se venger. La famille du procureur s'enfuit ; la Tulipe propose à Papillard de se sauver sous les habits de hussard ; le capitaine arrive, feint de le prendre pour un hussard, et l'envoie à la caserne, La Tulipe revient, avec les habits de Papillard, déclarer qu'il est le vrai Papillard ; qu'un faussaire lui a volé son nom, et qu'au désespoir de cette injure, il s'est marié de douleur avec la première femme qu'il a rencontrée dans la rue. Le procureur, se trouvant dépourvu de gendre, Fontanges se propose, est accepté ;

Ainsi finit la comédie ;

car c'en est une. Mais après la comédie vient le divertissement, et c'est-là le beau. On voit la grande place de Beaugency ; on voit des polichinelles, des arlequins, des voitures de masques, et M. Papillard caracolant sur un cheval de carton ; chaque acteur vient chanter un couplet : le parterre bénévole commençait déjà à redemander le dernier, quand tout d'un coup des fusées dont était garni le cheval de M. Papillard, se sont enflammées ; et la voix de l'acteur, les cris, les joies des spectateurs, se sont étouffés dans le bruit des fusées, la flamme, la fumée et l'odeur du soufre, qui ont en un instant rempli la salle : alors on juge bien que la gaîté n'a plus eu de bornes. La toile baissée, il a fallu la relever pour faire paraître Clozel, qui avait en effet joué Papillard aussi plaisamment que Papillard peut être joué. Après Clozel on a voulu voir son cheval, et il l'a été chercher ; on a voulu qu'il répétât son couplet, et il l'a répété. Le trait de ce couplet tant redemandé, c'est que

L'auteur sera plus sage
Après le carnaval.

J'imagine que le public a voulu en être bien sûr ; c'est pour cela qu'il se l'est fait redire deux fois, car je n'en vois pas d'autre raison. Cet auteur, qui a été aussi demandé et nommé, après le cheval pourtant, est M. Nanteuil. Son triomphe avait été troublé momentanément par un coup de sifflet très-prononcé, placé je ne sais où et je ne sais pourquoi ; car ce qu'on sifflait n'était pas plus mauvais que ce qu'on avait applaudie On ne peut nier que cette mascarade n'eût de quoi être plaisante par tous les travestissemens dont les effets sont assez heureusement combinés ; mais le dialogue en est par-tout de la force et du goût des jambes de Saint-Malo, c'est tout dire. On avait annoncé dans un journal le Carnaval de Beaugency comme une débauche d'esprit. Je pense qu'on a confondu ; l'auteur a peut-être fait de ces débauches ; il est connu pour avoir de l'esprit et pour en avoir usé ; mais ce jour-là il était, je crois, au régime.

Au reste, je vois qu'on se dépêche de redonner le Carnaval de Beaugency. On fait bien pendant que le public est en train de rire,

Car il sera plus sage
Après le carnaval ;

du moins faut-il le croire.

P.          

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 12e année, 1807, tome I, p. 478 :

[Le rédacteur du Magasin encyclopédique a choisi de faire court : le titre suffit pour comprendre de quoi il s’agit, et l’énoncé du nom des auteurs est l’occasion de suggérer que le résultat de leur coopération n’a ni bon goût, ni esprit.

Le Carnaval de Baugenci, ou Mascarade sur Mascarade.

Le titre même de l'ouvrage annonce ce qu'il doit être : une folie qui fait beaucoup rire et dont la circonstance autorise le succès. Elle est de MM. Etienne et Nanteuil dont nous avons des ouvrages de bon goût et remplis d'esprit.

Mémorial dramatique ou Almanach théâtral pour l'an 1808, p. 72 :

[On pourrait presque penser que l’auteur de l’article est favorable à la pièce, jusqu’à ce qu’on lise que les auteurs « ont de meilleurs titres à la gloire ».]

Le Carnaval de Beaugency, comédie en un acte de MM. Etienne et Nanteuil. (2 Février.)

Le Carnaval de Beaugency est une véritable farce de carnaval. Le héros de la pièce est M. Papillard de Bourges, qui vient épouser Mlle. Cadiche, fille de M. Tirasoye. Un capitaine de hussards, amoureux de Mlle. Cadiche, détache contre ce rival un soldat de sa compagnie qui le berne de toutes les manières et le force à regagner son pays. Il serait fort difficile d’analiser toutes les tribulations que l'on fait essuyer à M. Papillard, et tous les travestissemens que l'on met en œuvre pour le bafouer. Cette pièce est une débauche d'esprit que nous devons à deux auteurs qui ont de meilleurs titres à la gloire. Le dénouement est en action : le théâtre change, et représente la place publique de Beaugency, remplie d’Arlequins, de Pierrots, de Polichinelles, de masques de toute espèce, parmi lesquels on distingue M. Papillard, qui prêt à partir pour retourner dans sa patrie, vient caracoler sur un cheval de bois.

C’est Clozel qui joue ce rôle de la manière la plus plaisante et la plus originale.

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