Le Chat et la rose

Le Chat et la rose, comédie en un acte imitée de Kotzebue, adaptée par Boursault-Malherbe, créée sur le Théâtre des Variétés Étrangères le 12 mai 1807.

C'est la dernière pièce de Kotzebue montée au Théâtre des Variétés Étrangères.

Elle est longuement analysée sous le titre le Chat et le rosier dans Kotzebue: sa vie et son temps, ses œuvres dramatiques de Charles Rabany, p. 429-433. On y voit comment l'auteur allemand sait mener son dialogue pour tenter de rendre vraisemblable le quiproquo sur lequel repose la pièce.

 

Journal de Paris, n° 133 du 13 mai 1807, p. 970 :

[La pièce, de Kotzebue, est réduite à un simple quiproquo (le chat pris pour l'amant, le chaton pour « une petite créature à élever ». Tout finit par un mariage, les parents ayant cru qu'il y avait urgence. La pièce a fait rire, mais aussi siffler (« de mauvaises expressions »...). Il faudrait polir un peu le style, mais pour cela, il faudrait «  des mains bien françaises ». Le sujet était trop subtil pour des auteurs allemands !]

Spectacles.

Le Chat & la Rose, comédie nouvelle, traduite du Théâtre allemand, & représentée, avant hier pour la première fois, au Théâtre des Variétés Etrangères, n'a obtenu qu'un succès douteux. Toute la pièce est fondée sur une foible équivoque. Une jeune fille qui a perdu un chat, son bien aimé, se plaint de l'inconstance du fripon, regrète les bontés qu'elle a eues pour lui, & finit par se consoler en songeant qu'il lui a laissé en partant une jolie petite créature à élever. Ces doléances donnent lieu à une méprise qu'il est facile de deviner ; les parens de la jeune personne croyent urgent de lui donner pour époux, un joli garçon qu'ils regardent comme son séducteur, & l'on ne reconnoît le quiproquo, que lorsqu'il n'y a plus à revenir sur le chapitre du mariage. Il auroit fallu beaucoup de délicatesse & d'esprit pour traiter convenablement un sujet de cette espèce, & par malheur l'auteur allemand n'en a pas su gazer les équivoques avec assez d'habileté ; on a ri de quelques traits heureux, & la gentillesse de M.lle..... en a fait passer de moins bons ; mais des sifflets provoqués par de mauvaises expressions se sont mêlés aux applaudissemens, & pour peu que la pièce se fût prolongée, on n'en eût pas entendu la fin. Quelques coups de polissoire pourront remettre le style un peu raboteux de cet ouvrage, en état de mieux réussir; mais il faut des mains bien françaises pour une une pareille opération.

Journal des arts, des sciences et de la littérature, Volume 19, n° 506 du 14 mai 1807, p. 307-308 :

[L'article relate les difficultés du Théâtre des Variétés Étrangères : il sort d'une période de fermeture, et continue sa politique de créations. Les Parents en sont à leur deuxième représentations, et le Chat et la rose est une création dont le compte rendu est plein de réticences  encore un de ces quiproquos comme il y en a tant « sur nos petits théâtres » (et dont un exemple « piquant » est évoqué). Ce compte rendu n'est pas très clair (l'apparition du chat est fort inattendue). Mais il s'agit bien d'une bagatelle (la jeune fille qui se plaint est peut-être une nouvelle Agnès, dont le petit chat s'est enfui plutôt que de mourir). La pièce est « leste », ce que le public n'apprécie pas, mais ce défaut est facile à corriger et permettrait à cet ouvrage de « marcher ». L'article s'achève par les changements d'acteurs du théâtre : regrets pour celui qui part, intérêt pour ceux qui arrivent.]

Le théâtre des Variétés Etrangères, qui a été fermé pendant huit jours, est rouvert depuis dimanche dernier. On y a donné la 2.e représentation des Parens, et la 1.re du Chat et la Rose. La pièce des Parens est calquée sur celle de l'Habitant de la Guadeloupe, et offre quelques traits de ressemblance avec le Glorieux, de Destouches. Un riche commerçant revient des Indes avec une fortune considérable : il s'annonce comme très-pauvre ; sa famille le méprise, il s'amuse à leurs dépens, et finit par leur pardonner. Cette pièce a été arrangée par M. Alexandre Duval.

Quant à la pièce du Chat et de la Rose, elle est entièrement fondée sur un de ces quiproquo qui ont été reproduits jusqu'à satiété sur nos petits théâtres, et qui est présenté d'une manière piquante dans les Étrennes du jour de l'an. Dans la pièce allemande, une jeune fille gémit de l'inconstance de son bien-aimé, qui vient de l'abandonner ; sa seule consolation sera d'élever un gage de son amour qu'il lui a lassé en partant. De si tristes doléances alarment les parens de la demoiselle ; ils s'imaginent qu'un jeune et joli garçon qui lui fait les yeux doux, est la cause de sa douleur. Ils ne trouvent pas de moyen plus sûr de réparer la brèche faite à l'honneur de leur nom, que de marier bien vite leur fille à son séducteur. Ce n'est qu'après la signature du contrat, lorsqu'il n'est plus tems de s'en dédire, qu'ils apprennent que cet infidelle, auteur de tant de regrets et de gémissemens, n'est autre qu'un chat qui s'est sauvé par les gouttières, en laissant un de ses petits à la sensible demoiselle.

Le public a trouvé cette bagatelle plus que leste, et souvent il en a témoigné son mécontentement. Cependant, en retranchant certaines expressions, en adoucissant quelques autres, cet ouvrage qui est très gai, pourra marcher.

Parmi les acteurs qui ne font plus partie de la troupe des Variétés Etrangères, on regrette M. Camaille St-Aubin. Parmi les nouveaux acteurs engagés, on distingue M. Blondin, l'ancien niais du Théâtre Nicolet ; M. Guénée, élève de la rue de Thionville.

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