Les Deux frères (Kotzebue, Patrat)

Les Deux frères, comédie en quatre actes, d'August von Kotzebue, traduit et adapté par Mathias Weiss, Louis-François Jauffret, Joseph Patrat, 11 Thermidor an 7 [29 juillet 1799].

Théâtre de la République

Titre :

Deux frères (les)

Genre

drame

Nombre d'actes :

4

Vers / prose

en prose

Musique :

non

Date de création :

11 thermidor an 7 [29 juillet 1799]

Théâtre :

Théâtre de la République

Auteur(s) des paroles :

Weiss, Jauffret, Patrat (traduit de Kotzebue)

Almanach des Muses 1800

François et Philippe Bertrand, frères jumeaux, ont un procès au moment où ils se partagent la succession de leur père. François a prétendu se réserver un petit jardin ; de là une haine irréconciliable entre les deux frères. Ils plaident depuis quinze ans ; François a perdu sa fortune, et pendant une maladie très-grave dont il relève, il n'a eu d'autres secours que ceux de Charlotte sa fille, et du docteur Bloom, qui soigne également Philippe dans ses accès de goutte. Un procureur et une madame Wolf, qui est maîtresse dans la maison de Philippe, prétendant l'un et l'autre à la succession de ce dernier, réunissent leurs efforts pour entretenir l haine des deux frères, tandis que le docteur Bloom emploie tous les siens pour l'étouffer. Le docteur muni de la double procuration de François et de Philippe, s'en sert, au grand désespoir du procureur, pour terminer le procès qui les sépare. Une lettre de madame Wolf et de son digne ami a été surprise, leurs projets sont révélés ; madame Wolf est congédiée. Le docteur propose alors, et séparément à chacun des frères, une collation dans le jardin, sujet de leur inimitié ; il les a réunis, il les a réconciliés.

Peu d'action, grande haine fondée sur un bien petit motif, quelques scènes attendrissantes.

Sur la page de titre de la brochure, Paris, au Bureau des Editeurs du théâtre de Kotzebue, an VII :

Les deux Frères, comédie en quatre actes, en prose, traduite de Kotzebue, Et arrangée pour la Scène française par M. Weiss, L. F. Jauffret et J. Patrat ; Représentée pour la première fois le 11 thermidor an vii, au Théâtre Français de la République.

Weiss et Jauffret sont les traducteurs de la pièce, et c'est Patrat qui l'adapte à la scène française.

La base César paraît mêler les représentations de plusieurs pièces : il ne faudrait prendre en compte que les représentations ayant eu lieu à partir de la fin juillet 1799, et il ne reste alors que 15 représentations, toutes au même théâtre (le Théâtre français de la rue de Richelieu, devenu en 1792 le Théâtre de la République). Les représentations que César connaît, en 1789 et 1797, ne peuvent concerner la pièce de Kotzebue adaptée, entre autres, par Patrat.

La Décade philosophique, littéraire et politique, an vii, 4e trimestre, n°32 (20 Thermidor), p. 299-302 :

[L'article pose d'emblée la grave question de savoir à quel genre appartient la pièce, entre drame et comédie. Elle ne reçoit pas de réponse. La pièce est une adaptation par Patrat d'une pièce du grand Kotzebue, déjà jouée avec succès en province. Sa grande particularité est de ne pas avoir d'intrigue amoureuse : elle repose sur la rivalité entre deux frères autour de leur héritage. C'est leur commun médecin qui entreprend de les réconcilier. L'acte 2 est drôle, même si ce qu'on y entend n'est pas très original. L'acte 3 a suscité des réactions hostiles, que le critique trouve mal venues. Le recours à une lettre tombée à terre est considéré comme « un moyen bien faible, et d'autant moins ingénieux qu'il est usé ». Par contre le dénouement repose sur un « jeu de théâtre » que le critique trouve « fort joli ». Là comme dans tout le reste de la pièce le critique voit des imitations de pièces françaises qu'il explique par la dépendance du théâtre allemand de notre théâtre : il y voit « des contre-épreuves de nos propres tableaux ». La pièce de Patrat est remarquable : comment intéresser le public avec si peu de moyens ? Elle a tiré profit de la qualité des interprètes. Et le chahut d'un « groupe d'écoliers » n'a pas nui à la réussite de la pièce, la seconde représentation n'ayant pas été troublée.]

Théâtre français de la République, rue de la Loi.

Les Deux Frères, pièce en quatre actes, en prose, représentée le 11 Thermidor.

Est-ce un drame ; est-ce une comédie que cette nouveauté ? On y rit et on y verse de douces larmes ; mais laissons à d'autres à démêler la question.

Cette pièce est tirée de Kotzbue, auteur allemand, devenu fameux en France par le grand succès de Misantropie et Repentir.

Les Deux Frères ont été arrangés pour la scène française par le C. Patrat : il avait déjà depuis peu fait jouer sa pièce à Bordeaux et à Rouen ; elle a eu un plein succès dans ces deux villes ; et quoique la première représentation en ait été un peu orageuse à Paris, elle a cependant fini par réussir.

Cette pièce a un caractère particulier ; il n'y a aucune intrigue amoureuse ; nous ne savons pas même si le mot d'amour y est prononcé.

Deux frères jumeaux, François et Philippe Bertrand, sont en procès depuis 15 ans pour savoir à qui demeurera la propriété d'un jardin ayant fait partie de la succession paternelle, et pouvant valoir quelques centaines d'écus ; l'un est un receveur des deniers publics, et, ce qui est peu vraisemblable, sans fortune ; l'autre, un ancien capitaine de vaisseau, très-riche, ce qui peut-être blesse autant la vraisemblance ; l'un relève d'une maladie, l'autre est fréquemment affligé de la goutte. Ils ont le même médecin. Cet honnête homme entreprend de les réconcilier en accommodant leur procès à l'amiable. Il y réussit, et la réunion sincère des deux frères, malgré les obstacles que veulent y mettre un Procureur et la gouvernante de l'un des deux, forme le dénouement de l'ouvrage. Le premier acte, fort court, a le mérite d'une exposition simple, claire et naturelle.

Le second acte a produit un grand effet : il est comique et attachant, et a bien mérité son succès.

Cependant, les cris lamentables de madame Volff, la gouvernante, au mot de testament, ressemblent trop à ceux de Lisette et de Crispin dans le Légataire ; madame Volff elle-même ressemblerait tout-à-fait à madame Evrard dans le Vieux Célibataire, si ce n'était que son personnage est plus odieux. Raffler, le Procureur, se conduit un peu comme un Bazile ; et enfin le Capitaine est tout-à-la-fois le Géronte du Légataire et le Bourru bienfesant du célèbre Goldoni.

L'acte troisième a éprouvé quelques contradictions : des traits de mauvais goût, faciles à retrancher, ont excité quelques murmures ; d'autres, à notre avis, ont été condamnés injustement, sur-tout l'instant où l'oncle donne de l'or à sa filleule. Ceux qui ont improuvé cette scène, n'ont sûrement pas eu le bonheur d'avoir des parens généreux et sensibles, ou ne se sont jamais montrés dignes à leurs yeux d'en recevoir des marques d'amitié.

La ressemblance entre madame Volff et madame Evrard, est moins sensible dans cet acte que dans le précédent ; la raison est que malheureusement son personnage parait encore plus odieux dans celui-ci que dans l'autre.

Une lettre qui tombe à terre, qu'un tiers trouve, lit et montre à ceux qu'on y trahit et qu'on y déchire, est un moyen bien faible, et d'autant moins ingénieux qu'il est usé.

La ressemblance entre le Capitaine et le Bourru bienfesant, est tellement frappante dans cet acte, qu'on a peine à concevoir comment l'auteur français a osé la conserver toute entière. Dans l'une et l'autre pièce, c'est un oncle brusque et de mauvaise humeur, qui maltraita une nièce jeune et timide, pour laquelle il conçoit cependant malgré lui beaucoup d'amitié. Ce bon, ce brusque, ce généreux capitaine qui donne une bourse, et qui ne veut pas qu'une fille soit fière, est encore calqué sur le Freeport de l'Ecossaise.

Enfin, il y a dans le dénouement un fort joli jeu de théâtre ; c'est Charlotte qui prend la main de son oncle et celle de son père, et qui peu-à-peu les force à se rapprocher l'un de l'autre, les amène au point de se reconnaître et de s'embrasser ; c'est ainsi que Dorine, dans Tartuffe, rapproche et raccommode ensemble Valère et Marianne. Tant il est vrai qu'il est difficile aujourd'hui de bien faire sans ressembler à personne. C'est sur-tout en puisant dans les théâtres étrangers, qu'on s'y expose davantage ; et particulièrement dans le théâtre allemand. On ne prend pas assez garde que la plupart des auteurs dramatiques de ce pays ont beaucoup imité les nôtres ; et qu'en les traduisant on risque de nous donner des contre-épreuves de nos propres tableaux.

Il faut cependant convenir qu'il y a beaucoup de mérite à avoir intéressé, attendri, amusé les spectateurs pendant quatre actes avec un sujet aussi simple. A la vérité, le mérite de la pièce a été bien secondé par le talent des acteurs. On a sur-tout admiré le naturel avec lequel Baptiste l'aîné, a rendu le rôle du Capitaine, et Michot celui d'un ancien domestique de ce Capitaine, attaché à son maître, garçon plein d'honneur, de bonté, de naïveté même, et que sa franchise expose à être victime des intrigues de la gouvernante.

Le succès de cette pièce, contesté à la première représentation par un groupe d'écoliers opiniâtres, qui prenaient à tâche de siffler précisément les endroits que tout le monde applaudissait, n'a été nullement troublé à la seconde représentation, et prépare à ce théâtre quelques bonnes recettes.

L.-C.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 5e année, 1799, tome II, p. 535-537 :

[Le compte rendu s’ouvre par une réflexion sur le drame, dont le caractère ambigu, entre comique et tragique, paraît nécessairement choquant pour les spectateurs (mais il semble bien que le critique prête au public ses propres préventions !). Après ce préambule, il résume l’intrigue d’une manière assez décousue, avant de porter un jugement : le sujet est trop mince pour un drame en quatre actes, d’où la froideur et la lenteur de la pièce. L’examen de la distribution insiste sur la qualité des acteurs. Il ne reste plus qu’à citer les auteurs, de l’original allemand à l’adaptateur français, en passant par les traducteurs.]

THÉATRE FRANÇOIS DE LA RÉPUBLIQUE.

Les deux Frères, drame en 4. actes.

Ce drame a été joué le 11 thermidor pour la première fois. Le nom de Kotzebue, auteur de Misanthropie et Repentir, ne pouvoit manquer d'attirer une grande affluence ; d'ailleurs le succès qu'avoit eu cet ouvrage à Rouen et à Nantes, devoit naturellement piquer la curiosité du public. Cependant, il s'en faut de beaucoup que le-succès ait répondu à l'attente, et les trivialités répandues dans cette pièce ont nui aux situations touchantes, et aux beaux
traits qui y sont semés. Tel est l'inconvénient du drame. Les transitions subites du touchant au bouffon, et du trivial au pathétique, font un effet discordant qui choque le spectateur et nuit à l'intérêt.

François et Philippe Bertrand, frères jumeaux, ont un procès qui dure depuis 15 ans. A la suite du partage de la succession de leur père, François a prétendu garder seul un petit jardin : de là, une haine irréconciliable entre les deux fières. François a perdu toute sa fortune, et relève d'une maladie grave pendant laquelle il n'a eu d'autres secours que ceux de Charlotte sa fille, âgée de 17 ans, et les bons offices du docteur Blowme, qui soigne également Philppe attaqué de la goutte.

M. Raff procureur, et M.me Wolf. gouvernante de Philippe font tous leurs efforts pour entretenir la mésintelligence entre 1es deux frères, afin d'avoir la succession de Philippe, le docteur au contraire ne néglige rien pour les réconcilier. Muni de leurs deux procurations, il ne s'en sert que pour terminer le procès qui les sépare.

Charlotte vient pour féliciter son oncle sur l'anniversaire de sa naissance, et obtient ses bonnes grâces.

Une lettre de Raff, avec la réponse de M.me Wolf au bas, met leur projet au jour.

Le docteur offre aux deux frères, séparément, une collation dans le jardin sujet de leur querelle, et profite de cetle occasion pour les mettre dans les bras l'un de l'autre.

Ce sujet ne comportait pas quatre actes ; aussi le drame est-il froid, et se traine-t-il bien lentement jusqu'à la fin.

Le rôle de Philippe, qui jette de la vivacité dans la pièce, est calqué sur le Bourru bienfaisant. Il a été parfaitement-nt joué par le C. Baptiste aîné. Le C. Monvel a mis dans le rôle du médecin beaucoup de sensibilité, et la C.e Mezerai, dans le rôle de Charlotte, a déployé des grâces et une ingénuité charmantes. Le C. La Rochelle et la C.e Suin ont
eu, dans le second acte, une scène dont le jeu ne peut être trop admiré.

Cet ouvrage de Kotzebue a été traduit par les CC- Weiss et Jauffret, et arrangé à la scène française par le C. Patrat.

En 1785, deux pièces portant le même titre ont été jouées à Paris:

Les deux Frères, Comédie en deux actes & en vers, représentée pour la première fois à Paris, par les Comédiens ordinaires du Roi, le 11 Janvier 1785 ; par M. Milcent, du Musée de Paris, de la Société Patriotique Bretonne. Paris, Cailleau, in-8°. de 68 pages.

Comédiens ordinaires du Roi.

Almanach des Muses 1786

Les deux Frères, ou les Vertus de l'enfance, Comédie en cinq actes, en vers ; par M. de Rochefort, de l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres, représentée à Versailles, devant Leurs Majestés, le Mardi 8 Mars 1785, par les Comédiens François, & à Paris le Mardi 12 Avril suivant. Paris, Lambert, in-8°.

Théâtre François

Almanach des Muses 1786

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