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Les Deux Nicodêmes, ou les François dans la planete de Jupiter

Les Deux Nicodêmes, ou les François dans la planete de Jupiter, comédie-folie en deux actes en prose, avec des vaudevilles, du Cousin-Jacques, 1er novembre 1791.

Théâtre de la rue Feydeau.

Titre :

Deux Nicodèmes (les), ou les Français dans la planète de Jupiter

Genre

comédie-folie

Nombre d'actes :

2

Vers / prose

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

1er novembre 1791

Théâtre :

Théâtre de la rue Feydeau

Auteur(s) des paroles :

Cousin Jacques (Belloy de Reigny)

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1792, volume 1 (janvier 1792), p. 343-346 :

[La pièce est agréable, pleine d’esprit, digne de son auteur, mais le critique attaque vigoureusement le genre auquel elle appartient, les pièces de circonstances, qu’il juge dangereuses pour la paix publique : elles ne font qu’exciter querelles et invectives et soumettent le public « aux fureurs de l'esprit de parti, aux vociférations des cabales, au despotisme de l'opinion ». On vient au théâtre pour s’amuser, pas pour y subir les considérations politiques de l’auteur (ici, c’est l’esprit de modération qui est mis en cause : il revient à donner raison à tous les partis, et de favoriser ainsi le plus fort contre le faible.]

On a donné le lundi 1er. novembre, la premiere représentation des deux Nicodèmes, ou les François dans la planete de Jupiter, comédie-folie du Cousin Jacques.

Il est bien tems que les théatres de la capitale cessent de nous donner des pieces de circonstances ! II est bien tems qu'on en bannisse ce genre dangereux, qui, en livrant les spectateurs, qui ne vont au spectacle que pour s'amuser, aux fureurs de l'esprit de parti, aux vociférations des cabales, au despotisme de l'opinion, les expose à des querelles, à des invectives, à des scenes fâcheuses en un mot. Les auteurs les plus honnêtes, les plus sensés, peuvent se tromper sur le but de ces sortes de pieces ; & qu'elle [sic] doit être leur douleur, s'ils calculent les désagrémens auxquels ils exposent le public, & le tort qu'ils peuvent faire à un spectacle !... On ne s'attendoit pas, après le Club des Bonnes-gens, piece où les principes les plus doux & les plus purs règnent sans humeur & sans passion, à rencontrer dans les deux Nicodèmes, non cet esprit de conciliation, qui a fait le succès du Curé Picard, & qui plaît généralement à tout le monde, mais cet esprit de modération, le plus faux & le plus dangereux qu'on puisse apporter dans la société ? Dire à chaque parti successivement qu'il a eu raison, leur prêter des armes pour s'en frapper tour-à-tour, n'est-ce pas les mettre aux prises, n'est-ce pas animer les plus forts contre les plus foibles, & redoubler la rage de ces derniers, en leur donnant de quoi prendre leur revanche ?... Voilà l'effet qu'a produit la piece des deux Nicodêmes, donnée au milieu d'un trouble si affreux, que le commissaire de police a été obligé d'interposer l'autorité de la loi pour le faire cesser. Quoi qu'il en soit, voici la fable des deux Nicodèmes.

La femme, la mere & le frere de Nicodême, sachant que ce dernier est allé dans la lune, ont équipé un ballon, & sont partis avec un astronome. Ils descendent- par hasard dans la planete de Jupiter, où ils trouvent un empereur chéri de ses sujets, une constitution sage, & tout 1e monde heureux. sur ces entrefaites, Nicodême lui-même arrive de la lune avec l'archevêque de cette planete, qui a voulu le suivre en France. L'empereur fête ces étrangers avec tant de délicatesse, que la famille de Nicodême veut rester dans sa cour, tandis que ce dernier veut retourner sur la terre. Raisons données de part & d'autre : est-on heureux en France, ou ne l'est-on. pas? Nicodême vante la constitution ; sa mere, sa femme & son frere se rejettent sur l'inaction des loix ; & de-là des applications pour tous les partis. Enfin, Nicodême parvient à décider sa famille à le suivre, & la piece finit par des couplets, dont celui-ci sur-tout a été redemandé. II sembloit que l'auteur eût deviné l'impreffion que devoit faire sa piece.

A I R : Des dettes.

L'auteur, confus de vos bontés
Voit bien des esprits irrités :
    C'est ce qui le désole....         bis.
Il a pu donner dans l'erreur ;
Mais son excuse est dans son cœur !...
    C'est ce qui le console.          bis.

M. Juliet a joué Nicodême avec ce talent distingué qui a fait la réputation de ce rôle. M. Lesage a mis un comique excellent dans celui du second Nicodême, & les autres principaux rôles ont été très-bien joués par MM. Bellemont, Adrien, de Vigny, Gavaudan, &c. & Mesd. Lesage, Dumont, Verteuil, &c. &c. Les costumes & les décorations sont très-soignés : en un mot, l'administration de ce spectacle n'a rien négligé pour rendre trop piquans les accessoires de cette piece, où, excepté ce qui tient de plus près aux circonstances, l'on retrouve par-tout cet esprit, cette variété, ces détails charmans & ces couplets ingénieux qui distinguent la plume du Cousin-Jacques. Nous l'engageons à traiter d'autres sujets, & nous sommes persuadés d'avance que ses succès seront complets.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1792, volume 2 (février 1792), p. 340-341 :

[Les bienfaits d’une seconde représentation...]

L'auteur des deux Nicodêmes, ayant supprimé de sa piece tout ce qui pouvoit exciter l'esprit de parti(*), la seconde représentation de cet ouvrage a complettement réussi, quoiqu'il parût, avant le lever du rideau, se préparer, dans le parterre, des orages, dont la cabale bien plus que le patriotisme, devoit être le principe. La piece a été très-applaudie : on a demandé l'auteur; mais il n'a pas paru.

D’après la base César, le Cousin Jacques (Belloy de Reigny) est auteur du texte et de la musique. 8 représentations, 3 en novembre et 5 en décembre 1791.

(*) Journal de Janvier, page 343.

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