Élina et Nathalie ou les Corses

Élina et Nathalie ou les Corses, drame en trois actes traduit de Kotzebue par Pointe et adapté par Décour-Laffillard et Dumaniant, 8 ventôse an 10 [27 février 1802].

Théâtre Molière.

La pièce a deux titres :

  • Élina et Nathalie ou les Corses,

  • Élina et Nathalie ou les Hongrois,

et renvoie à toute une série de contributeurs :

  • Kotzebue, l'auteur allemand, qui est traduit et adapté 

  • Pointe, qui est le traducteur ;

  • les adaptateurs,

  • Décour, pseudonyme de Laffillard, parfois appelé Descortils,

  • Dumaniant.

La pièce porte le titre de Élina et Nathalie ou les Corses, d’après le Courrier des spectacles, n° 1824 du 8 ventôse an 10 [27 février 1802] comme dans le compte rendu du lendemain. Jouée d’abord sur le Théâtre de Molière, elle reparaît, d’après le Journal de l’Empire, le 21 août 1808, mais au Théâtre de l’Impératrice, salle de l’Odéon : c’est la première représentation de la reprise de la pièce. Le titre donné est simplement Élina et Nathalie, sans sous-titre. Par contre, Porel et Monval, L'Odéon : histoire administrative, anecdotique et littéraire, Paris 1876, p. 239, donnent bien comme sous-titre les Hongrois. Un seul adaptateur nommé, Dumaniant.

Nouvelle représentation le 24 août, et plus rien jusqu’à la fin du mois dans le Journal de l’Empire. Pas trace d’un article.

La brochure parue chez Barba donne aussi comme titre Élina et Nathalie ou les Hongrois :

Elina et Nathalie, ou Les Hongrois, Drame en trois actes et en prose, traduit de Kotzebue, par Le C. Pointe, Représenté, pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de Molière, le 8 Ventôse an X, arrangé pour la scène française par les Citoyens Dé*** et A.-J. Dumaniant, Chez Barba, Libraire, palais du Tribunat, Paris, An X, 1802, 63 pp.

Courrier des spectacles, n° 1825 du 9 ventôse an 10 [28 février 1802], p. 2 :

[C’est d’un drame adapté de l’allemand que le critique entreprend de parler, pièce à succès dont les auteurs français ont été nommés. L’essentiel de l’article tente de résumée l’intrigue de la pièce, évidemment compliquée comme tous les drames du temps : un Corse obligé de s’exiler en Hongrie (ce qui explique les variations du titre), devenu régisseur, la fille du comte amoureuse du fils du régisseur avec lequel elle s’est mariée en secret, la fille du régisseur qui reparaît et s’est mariée sans l’accord de son père. On a droit à une scène de jardin, au cours de laquelle tout le monde s’explique, si bien que les père reconnaissent le mariage de leurs enfants, et que le régisseur retrouve sa véritable et noble situation. Intrigue profondément conformiste, puisque les enfants désobéissants finissent par rentrer au bercail, et que le mariage entre le fils du régisseur et la fille de son maître cesse d’être disproportionné quand Walter redevient Pompiliani. Jugement sur la pièce : bon troisième acte (mais il y a les deux premiers, bien sûr, dont on ne nous dit rien). Les défauts habituels des drames allemands : «choses oiseuses », « détails mesquins », compensés par l force des idées et le style. Hélas, il n’y a pas d’unité d’action, mais le critique nous dispense d’une référence à Aristote, ou à Horace, ou à Boileau. Et on finit par des nouvelles sur l'avenir compromis du Théâtre de Molière, dont « la société » va se dissoudre, dit-on.]

Théâtre de Molière.

On a donne hier à ce théâtre la première représentation de Elina et Natalie, ou les Corses, drame en trois actes de K.otzbue, arrangé pour la scene française par les citoyens Descortils et Dumaniant. Cet ouvrage a obtenu un grand succès, et les auteurs ont été nommés au milieu des applaudissements.

Pompiliani, Corse distingué, ayant perdu ses biens et ses dignités, a cherché un asyle en Hongrie, où il est entré chez le comte de ***, en qualité de régisseur de ses domaines, sous le nom de Walter. Son fils Frédéric, sa seule consolation depuis que sa fille, qu’il avoit envoyée en France dès son enfance, s’est mariée sans son consentement, a eu le bonheur de sauver les jours de Natalie, fille du Comte, aux dépens de sa propre vie, et les blessures qu’il a reçues dans cette occasion l’ont réduit à un état qui a excité le plus vif intérêt dans le cœur de cette jeune personne. Elle aime Frédéric et est payée du plus sincère retour ; mais la distance que la naissance et les préjugés semblent mettre entre elle et le fils de Walter, est un obstacle qui l’arrête, elle et son amant aussi respectueux que tendre. Natalie confie ses secrets à sa belle-sœur, la jeune comtesse Elina, qui mariée à Félix, fils du Comte, à son insçu, a ensuite obtenu son pardon et vit heureuse près de lui , après lui avoir déclaré que son père étoit mort lorsqu’elle étoit encore au berceau. Cependant elle a trompé le Comte ; son père vit encore et elle a négligé de le consulter en s’unissant à Félix. Cette idée trouble sou bon heur. Ce père qu’elle a offensé est ce même Walter, qu’elle n'avoit jamais vu et qui est en proie à la douleur depuis que sa fille a méconnu ainsi son autorité. C’est à cette sœur que Natalie avoue son penchant pour Frédéric, c’est à elle qu’elle découvre que dans une entrevue, elle lui a donné un cordon baigné de ses larmes comme un souvenir, et qu'elle l’attend pour le soir à un rendez-vous dans le jardin. Elina cherche à détourner sa jeune sœur de cette passion, qui peut avoir des suites funestes, et enfin se décide à l’accompagner au rendez-vous. Frédéric y vient et y trouve son père à qui il fait l’aveu de son amour. Celui-ci, sûr des sentimens de son fils le quitte, et bientôt Elina arrive seule au rendez-vous. la voix de son frère, qu’elle a vu il y a peu d’années, frappe son oreille, émeut son ame ; elle le reconnoît, alors elle ne songe plus qu’à obtenir sa grâce d’un père irrité. Elle reste dans le jardin, elle attend Walter, se nomme, et se jetant à ses pieds parvient à désarmer sa colère. Walter alors est reconnu pour le seigneur Pompiliani, l’intervalle qui séparoit Frédéric de Natalie disparoît, et les amans sont unis.

Tel est le fonds de ce drame , dont le troisième acte est fort intéressant et sur-tout bien rendu. On y remarque comme dans presque tous les drames allemands, des choses encore oiseuses et quelques détails mesquins, mais en général c’est fort d'idées et de style. Nous n’aimons point cependant la double action, qui sur-tout dans les deux premiers actes ne tend qu’à affoiblir l’attention pour la partie la plus intéressante de la pièce.

On nous assure que la société de ce théâtre va se dissoudre, que Martelli va à Lyon, etc. Nous ne pouvons qu’unir nos regrets à ceux des amateurs de ce théâtre, qui jamais peut-être n’y avoient vu jouer aussi bien la comédie, le drame, et même la tragédie.

F. J. B. P. G***.

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