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L’Eléphant, ou Jocrisse apprenti cornac

L’Eléphant, ou Jocrisse apprenti cornac, folie-anecdote, de M. de la Trompe, 5 juin 1813.

Théâtre des Variétés.

La pièce a été créée le 5 juin, est tombée, et a reparu, « contre l'usage », le 6 et le 7. Je n'ai pas trouvé de représentation ultérieure.

Elle imitait sur la scène une attraction populaire en France, d'abord en province, puis à Paris;

Journal de Paris, n° 107 du 17 avril 1813, p. 2 :

On annonce l'arrivée à Paris du fameux éléphant qui a fait l'étonnement et l'admiration des divers départemens qu'il a parcourus, par les exercices extraordinaires qu'il fait en tous genre. On assure qu'il est aussi docile et aussi soumis que le cheval le mieux dressé de MM. Franconi. Il doit, dit-on,paraître au Cirque Olympique.

Journal de Paris, n° 119 du 29 avril 1813, p. 2 :

L'éléphant, si vanté pour sa docilité et son adresse, est arrivé hier à Paris, au milieu d'une brillante cavalcade. Lundi prochain, 5 mai, il commencera ses exercices au Cirque-Olympique de MM. Franconi.

Le Journal de Paris n° 124 du 5 mai 1813 rend compte en page 4 de la « première représentation des exercices de l'Eléphant » au Cirque Olympique.

Titre :

Eléphant (l’), ou Jocrisse apprenti cornac,

Genre

folie-anecdote

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

5 juin 1813

Théâtre :

Théâtre des Variétés

Auteur(s) des paroles :

M. de la Trompe

Journal de Paris, n° 157 du 6 juin 1813, p. 3-4 :

[Avant d'en venir à la pièce, le critique rappelle un certain nombre d'anecdotes concernant les éléphants, dont l'un ressemble beaucoup à ce que la pièce montre, un éléphant se mettant au service des amours de son cornac. Dans la pièce, c'est Jocrisse qui sert de cornac. Il est joué par Brunet, le comique vedette du théâtre, mais la pièce n'a pas répondu aux attentes des spectateurs : ils n'ont pas eu droit au gros comique attendu, juste du burlesque et du trivial. Et le trio des acteurs comiques n'a pas pu empêcher les sifflets : la pièce n'est pas allée à son terme. La musique est également très critiquée pour l'emploi d'« instruments aigus ». Par contre le réalisme des mouvements de la machine qui représente l'éléphant est jugé excellent.]

THÉATRE DES VARIÉTÉS.

Première représentation de l'Eléphant.

A propos des talens et des succès de Baba on a rassemblé et cité tous les traits d'intelligence et de sensibilité qui ont fait honneur aux individus de son espèce. Le conte le plus plaisant de tous est sans doute celui de l'éléphant qui répétait pendant la nuit un pas qu'il devait exécuter le lendemain dans un ballet. On ne peut s'empêcher de rire quand on se figure ce leste danseur faisant des battemens au clair de la lune.

Comment n'a-t-on pas parlé du trait suivant raconté, je crois, par M. de Cardonne dans les Mélanges de littérature orientale Il prouve qu'un éléphant peut servir les amours et menager de douces entrevues à deuz amans mieux que le Mercure le plus adroit.

Le kislar-aga (chef des eunuques noirs) d'un sultan des Indes remplissait ses fonctions avec la plus grande sévérité ; tout tremblait devant lui, et il aurait bien juré que rien ne se passait dans le harem dont il n'eut connaissance. Une nuit qu'il faisait sa ronde ordinaire, il aperçoit l'éléphant du prince monté par son conducteur. Cette bête privilégiée s'avance sous le balcon de la favorite, frappe doucement à la fenêtre ; elle s'ouvre : l'éléphant saisit la sultane avec sa trompe, et la dépose délicatement sur son dos entre les bras de son conducteur ; et quand vint le moment de la séparation, il la reporta de la même manière sur le balcon.

Le kislar-aga, malgré son humeur farouche, ne put s'empêcher d'admirer la complaisante bonté de cet animal, le bonheur du cornac et la confiance de la belle. Il rit aux dépens du sultan et garda le secret.

Je ne sais si les auteurs de la pièce nouvelle connaissaient ce trait, mais leur éléphant sert aussi à enlever par la fenêtre la nièce de M. Bobinard grand amateur d'histoire naturelle, qui, pour avoir l'honneur de loger l'éléphant et sa suite, envoie à l'auberge son futur neveu, M. Lourdaut, matériel personnage que l'on confond quelquefois avec l'animal.

Jocrisse, valet de M. Bobinard, est chargé de faire les honneurs de la maison à l'éléphant ; on s'attendait que dans ses fonctions auprès d'une grosse bête, il dirait et ferait de grosses bêtises ; on se préparait au gros rire, mais cet espoir a été trompé. La pièce a paru burlesque et triviale, sans être ni gaie ni amusante. La naïve balourdise de Brunet qui est tourmenté du desir de devenir cornac, la caricature de Dubois, la niaiserie plaisante d'Oudry, n'ont pu retarder que de quelques instans l'explosion de sifflets, qui a forcé les acteurs et l'éléphant à faire au public le salut d'adieu beaucoup plutôt qu'ils ne le desiraient.

On assure que les éléphans aiment beaucoup la musique, mais je ne crois pas qu'ils puissent jamais trouver des charmes aux instrumens aigus qui ont donné un concert à leur camarade des Variétés.

La machine qui imitait le gigantesque animal était parfaitement exécutée ; les mouvemens même de sa trompe étaient d'une vérité à faire illusion, et l'on doit des éloges à la manière dont pattes de devant et pattes de derrière ont rempli leur rôle.

A.          

Journal des arts, des sciences, et de littérature, Volume 13, n° 228 (10 juin 1813), p. 339-334 :

[Si le compte rendu commence sur un ton amusant, la suite n’en pas moins sévère : la pièce a été sifflée, et c’est mérité. Son principal attrait est justement l’éléphant construit par le machiniste, et le reste ne vaut pas grand chose. Pour tout dire, « l’action est entièrement nulle, le dialogue est fastidieux, et les couplets ressemblent en général au dialogue ». La pièce n’a pas été achevée, et pourtant elle a reparu, contre l’usage, et son sort s’est amélioré, ce qui ne rend pas la pièce meilleure.]

Après avoir été applaudi et fêté au Cirque Olympique, l'Eléphant est venu se faire siffler aux Variétés ; on ne pouvait lui faire un plus vif outrage, car il aime, dit-on, la bonne musique, et le bruit discordant des sifflets n'a rien de flatteur pour lui. Cet Eléphant, d'ailleurs, ne mérite que des éloges : il attire à lui, avec sa trompe, un panier de vin d'Espagne, et il boit dix bouteilles tout d'un trait. Ensuite, échappé de sa niche, et voulant protéger l'entrevue nocturne de deux amans, il remet une lettre à une jeune fille qui est à sa fenêtre, et comme elle ne peut lire, parce qu'il fait nuit,il l'éclaire avec une lanterne; puis il enlève la demoiselle afin de la soustraire aux poursuites de M. Lourdaud, son prétendu. Certes tout cela est vraiment admirable. Ajoutez que cet animal marche et agit comme s'il était vivant. On est redevable d'une pareille merveille au machiniste du théâtre, M. Peget, que plusieurs pièces à spectacle ont fait connaître avantageusement. C'est lui, et non M. De la Trompe (comme l'indique l'affiche), qui est le véritable auteur de l'Eléphant. Maintenant, si on me demande pourquoi on l'a si mal accueilli, je répondrai qu'il faut s'en prendre aux personnages parlans et chantans. Le tuteur, comme tous les tuteurs, est un imbécille obligé, Jocrisse est bête sans être gai, Lourdaut a tout l'esprit qui convient à son nom. L'action est entièrement nulle, le dialogue est fastidieux, et les couplets ressemblent en général au dialogue. En voici cependant un qui a déridé les spectateurs. Le tuteur fait l'éloge de l'Histoire Naturelle :

AIR du Vaudeville de Claudine.

Cette science superbe
Fait distinguer tout à tour
Le grand cèdre, du brin d’herbe,
La colombe, du vautour,
L’huitre, d’avec la syrene,
Le loup d’avec la brebis,
Le goujon, de la baleine,
Le bœuf, d’avec la souris.

La pièce n'ayant pas été achevée, les bonnes gens pensaient qu'on ne la donnerait plus, et tel était en effet l'usage autrefois établi, mais heureusement cet usage a été réformé: l'Eléphant a donc reparu. On dit même que les spectateurs, plus indulgens pour une bluette de circonstance, lui ont fait par la suite un assez bon accueil. Le ciel en soit loué : il est impossible de mieux encourager les talents médiocres.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 18e année, 1813, tome III, p. 448 :

[Le compte rendu rapporte de façon humoristique de la chute de l’Eléphant, un vaudeville sans surprise, avec un tuteur voulant épouser sa pupille. La fin du compte rendu laisse planer sur cet échec l’ombre maléfique de la cabale : cette chute résulterait d’un règlement de compte...]

L'Eléphant, ou Jocrisse apprentif cornac, folie-anecdote en un acte, jouée le 5 juin.

Les amateurs de Bêtes, ceux qui ont applaudi l'Esturgeon, ont sifflé l'Eléphant ! Dieu fasse paix à ce colosse. Il ne pouvoit pas faire une chute médiocre. En vain le mannequin a-t-il imité au naturel la forme et tous les talens de son modèle ; en vain, protégeant l'innocence comme un héros de mélodrame, a-t-il enlevé une jeune pupille à un méchant et ridicule tuteur ; en vain Jocrisse lui a-t-il adressé les discours les plus naïfs, rien n'a pu conjurer l'orage. Il est mort après trois jours d'agonie, et n'est pas ressuscité le troisième jour.

Quelques furets, qui sont au fait des intrigues de coulisse, ont prétendu que le véritable éléphant avoit envoyé sa cabale pour siffler son Sosie : comme on voit des auteurs ou acteurs, justement piqués d'être persifflés, se venger par la même voie de leurs malins parodistes.

L'auteur ou les auteurs ont fait nommer M. de la Trompe.

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