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L’Enrôlement supposé, ou la Matinée poissarde

L’Enrôlement supposé, ou la Matinée poissarde, comédie en un acte de Guillemain, mise en vaudevilles par Mignan.

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez les marchands de nouveautés, an IV :

L’Enrôlement supposé, ou la Matinée poissarde, comédie en un acte du Cen Guillemain, mise en vaudevilles par le Cen Mignan.

Le texte de la pièce est précédé des éléments suivants :

CARACTERES ET COSTUMES DES ACTEURS.

Thomas, homme-rond et bon ; ses moments de colère ne sont qu'une vivacité brusque, un défaut d'éducation. Son costume est celui d'un Fort de la Halle, en jour de travail.

Fanchon. Caraco blanc, juppe de couleur, fichu blanc, Tablier blanc à poches, bonnet rond, un fichu de couleur roulé autour. Son caractere est celui de toutes nos jolies Filles des Halles, gaie, vive, emportee et sensible.

Madame Simone, femme acariâtre, dont la fortune augmente l'orgueil et l'impertinence, mais aimant son fils à l'excès. Son habillement est blanc complet, avec un tablier blanc à deux poches, fichu blanc garni, un bonnet rond de dentelles sans fichu dessus, beaucoup de bijoux aux doigts : elle aura soin, dans le cours de son rôle, de tirer de ses poches de la monnoie.

Vieux-Canon. Habit d'uniforme complet. L'Artiste chargé de ce rôle doit observer que Vieux-Canon n'est qu'étourdi puisqu'il a vuidé coup sur coup la bouteille pour venir rejoindre Thomas ; qu'autant cette nuance d'ivresse plait au Théâtre, autant l'ivrogne y est dégoûtant : d'ailleurs, il doit être tout-à-fait dégrise à la dernière scène, et les sentiments qu'il montre, dès son arrivée, sont une double raison pour ne point le charger.

Guillaume. Bas blancs, culotte de nanquin, gillet fond blanc, un second gillet à manches et de couleur tranchante, un bonnet de coton. – Guillaume, sachant lire et écrire, se regarde comme un savant : le bien qu'il attend de sa mère, lui donne un ton de suffisance, qui n'est point de l'orgueil ; d'ailleurs, souvent avec Fanchon, qu'il aime sincèrement, il en prend le ton, les manières. Presque tous ceux qui jouent ce rôle, le chargent trop : ils devroient savoir qu'un personnage qui fait de l'esprit n'est point un Niais mais un original. La manière dont le Citoyen Guillemain a écrit cette piquante Production en est une preuve.

OUVERTURE.

PREMIERE. AIR : Charmante Gabrielle, avec le Prélude.

DEUXIEME. AIR : Du Pere Simon.

TROISIEME. AIR : Je l'ai planté, je l'ai vu naître.

QUATRIEME. AIR : Il n'est point de bonne Fête.

PERSONNAGES.

THOMAS, Fort de la Halle.

FANCHON, Mde de Pommes, fille de Thomas, & Maîtresse de Guillaume.

MADAME SIMONE, Fruitiere-Arangere, mere de Guillaume.

GUILLAUME, fils de Madame Simone, & Amant de Fanchon.

VIEUX-CANON, frere de Thomas, Sergent.


 

La Scène est à Paris, dans la chambre de Thomas.

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Je soussigné déclare avoir donné aux citoyens HUGELET et LEFEVRE, Imprimeurs Associés, la Pièce intitulée : l’Enrôlement supposé, ou la Matinée poissarde, Opera-comique en un Acte et en Vaudevilles, de ma composition, laquelle Pièce ils peuvent imprimer, vendre et faire vendre en quel nombre d'exemplaires ils jugeront convenable, me réservant mes droits d'Auteur par chaque représentation qu'on en pourra donner sur tous les Theâtres de la République. Les exemplaires souscrits de mon non sont les seuls veritables : tous les autres seroient tronqués ou contrefaits. Tous contrefacteurs et faussaires seront, en consequence, poursuivis comme tels par moi, qui réclamerai contre eux la justico des loix.

A Paris, le 30 Messidor, an IV de la République Française une et indivisible,

Mignan

Le 30 Messidor an IV correspond au 18 juillet 1796.

La pièce de Mignan, qualifiée de « comédie en un acte et en vaudevilles », est la transformation d’une comédie de Guillemain, jouée en 1781 (une représentation au Théâtre des Variétés-Amusantes). La base César signale ensuite une longue série de représentations au Théâtre du Palais Royal en 1789 (25 représentations), 1790 (14) et 1791 (5). Sa carrière ne s’arrête pas là : 7 représentations en 1792 au Théâtre des Variétés (mais César ne connaît pas les dates précises), 17 représentations au Palais des Variétés (15 en 1793, 2 en 1794)La pièce continue sa carrière dans divers théâtres parisiens (Théâtre de la Cité, Maison Égalité, Variétés Amusantes, Comiques et Lyriques le plus souvent, dans les années 1794 et 1795. En 1796, la pièce de Guillemain connaît un très grand nombre de représentations dans plusieurs théâtres. Le succès ne se dément pas pour les années 1797 à 1799 (date à laquelle s’arrête la base César qui donne ces indications).

Mais... aucune mention de la transformation de la pièce de Guillemain en vaudeville, effective en 1796, et que la base César paraît ignorer, bien qu’elle propose un lien vers la collection Marandet où c’est la brochure du vaudeville de Mignan qui est proposée en ligne, et non celle de la comédie de Guillemain.

Le site Dezede.org connaît pour sa part le vaudeville de Mignan. Il répertorie 9 événements le concernant :

  • mercredi 21 décembre 1796, à l’Opéra-Comique, représentation effectuée par les artistes du Théâtre de la Cité-Variétés ; cette représentation n’est pas connue de la base César ; rien n’oblige à croire qu’il s’agit de la première de cette pièce.

  • une série de représentations à Rouen dans différentes salles, les 12 et 13 février 1815, 23 et 28 janvier 1816, 19 janvier 1817, 27 avril et 6 mai 1819 ;

  • une représentation au Havre le 26 août 1826.

De ces indications, on retient que la pièce a connu une longue carrière dans sa version « vaudeville », puisqu’elle est jouée à plusieurs reprises en Normandie jusqu’en 1826 (mais le site dezede.org paraît particulièrement bien informé sur la vie théâtrale normande).

S’il est possible de lire la pièce il est moins simple de savoir quand elle apparaît sous sa forme de vaudeville (en 1796 ?), et quelle carrière elle a connue. Les ouvrages que Louis-Henry Lecomte a consacré au Théâtre de la Cité et aux Variétés Amusantes ne connaissent que la pièce de Guillemain, jouée (créée ?) au Théâtre des Variétés Amusantes le 25 juin 1781 et jouée au Théâtre de la Cité le 25 novembre 1792 (reprise de la pièce jouée au Théâtre des Variétés Amusantes).

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