Gessner

Gessner, comédie anecdotique en 2 actes mêlée de vaudevilles, de Radet, Barré, Desfontaines et Bourgueil, 11 prairial an 8 [31 mai 1800].

Théâtre du Vaudeville

Titre :

Gessner

Genre

comédie mêlée de vaudevilles

Nombre d'actes :

2

Vers / prose

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

11 Prairial an 8 [31 mai 1800]

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Radet, Barré, Desfontaines et Bourgueil

Almanach des Muses 1801

Gessner est amoureux de Laure, mais il ne peut obtenir la main de celle qu'il aime et dont il est aimé, qu'en renonçant à la littérature. Telle est la condition imposée par le père de Laure ; Gessner y souscrit. Il lui échappe cependant une idylle, et quoiqu'il garde l'anonyme, on le soupçonne d'en être l'auteur. Des libraires de Paris viennent le presser de leur vendre ses ouvrages, madame de Choiseul lui fait offrir une place importante, mais il ne voit que Laure, et lui sacrifie sa gloire et sa fortune. Cependant on veut le forcer à s'avouer l'auteur de son idylle, on la fait donc apprendre à deux enfans qui la récitent et la jouent devant lui. L'amour-propre de Gessner le trahit, on jouit de son embarras ; mais son amour est si vrai, il lui a fait de si nobles sacrifices, que le père de Laure consent à l'accepter pour gendre.

Cadre agréablement rempli. Scène charmante entre les deux enfans ; jolis détails ; couplets aimables et gracieux.

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez Brunet, an VIII, M. DCCC :

Gessner, comédie en deux actes et en prose, mêlée de vaudevilles, Par les Cens. Barré, Radet, Desfontaines, Bourgueil. Représentée sur le Théâtre du Vaudeville, rue de Chartres, le 11 Prairial an VIII, (31 mai 1800.)

Courrier des spectacles, n° 1184 du 12 prairial an 8 [1er juin 1800], p. 2 :

[Vaudeville qui s’inscrit dans la vogue des pièces à sujet anecdotique à propos d’un personnage célèbre, ici le poète suisse Salomon Gessner (1730-1788), auteur d’idylles (on le considère au 18e siècle comme un nouveau Théocrite). L’intrigue est plutôt simple : pour épouser celle qu’il aime, Gessner doit renoncer à la poésie au profit de la peinture pour satisfaire son futur beau-père. Gessner se met donc à peindre, et y réussit fort bien, quand un libraire parisien vient le voir pour éditer ses poèmes. Refus du beau-père de marier sa fille si Gessner continue à écrire, ce qu’il a bien sûr continué à faire. La situation se retourne quand une lettre de Gessner à madame de Choiseul révèle que Gessner a préféré rester en Suisse auprès de sa bien aimée, plutôt que de venir en France où on lui promet la gloire. Le mariage est décidé. Une très belle scène, celle où des enfants sont amenés à interpréter une Idylle de Gessner. Le critique couvre de compliments les deux enfants qui ont joué la scène avec « une intelligence au-dessus de tous les éloges » (on aime beaucoup les enfants prodiges à cette époque). Mêmes compliments pour les acteurs adultes, qui ont joué la pièce « avec tout l’ensemble désirable ». La pièce a quatre auteurs, dont le trio roi du vaudeville. Et le critique cite pour finir un couplet très applaudi.]

Théâtre du Vaudeville.

Des détails agréables, des couplets charmans, un premier acte joli, quoique offrant quelques longueurs, mais un second plein de beautés, voilà ce qui a mérité un grand succès à la comédie anecdotique donnée hier sur ce théâtre, sous le titre de Gessner.

Gessner est jeune, il aime éperdument Laure, fille de Heidueguer. Celui-ci a exigé que son gendre renonçât à la poésie et qu’il se livrât à la peinture : en quelques jours Gessner a fait tant de progrès dans ce dernier art, que guidé par son génie, seul, il a fait trois tableaux qui méritent et obtiennent le suffrage de Heidueguer : celui-ci promet donc au peintre un hymen qu’il avoit refusé au poëte.

Mais un libraire de Paris, M, Format arrive ; il annonce le grand succès des ouvrages de Gessner en France, et vient lui demander ses idylles à imprimer. Le poëte a beau vouloir se défendre de travailler encore à la poésie, le père qui se doute que Gessner s’y livre toujours, cherche un moyen pour s’en assurer ; Laure elle-même le lui fournit. Charmée de la beauté de l’idylle de Myrtil et Chloé, elle la fait apprendre à des enfans.

Durant l’absence de Gessner on va les chercher, on les habille, on les place de manière qu’ils puissent présenter au poëte à son retour les bergers qu’il fait parler. La scène est parfaitement exécutée ; il revient, voit, écoute, admire, et se trahit en se nommant l’auteur de l’idylle.

Heidueguer est irrité ; il ne veut plus consentir à marier sa fille à un poëte, mais il est bientôt désarmé par une lettre écrite de la main de Gessner, dans laquelle il remercie madame de Choiseul qui l’appelle en France, et lui déclare qu’il renonce à la poésie pour ne plus vivre qu’auprès de Laure et de son père.

On ne peut rien voir de plus intéressant que la scène de l’Idylle exécutée par le petit P. Blosseville et la jeune Minette. Ces deux enfans y ont mis.

Nommer les citoyens Vertpré, Henry, Carpentier et Lenoble, et mesdames Henry et Blosseville, c’est dire que la pièce a été jouée avec tout l’ensemble désirable.

Les auteurs sont les citoyens Barré, Radet, Desfontaines et Bourgueil.

Voici un des couplets qui ont été le plus applaudis :

Heidueguer.

Air : Trouverez-vous un Parlement.

Si jamais devenant auteur,
D’être imprimé j’avois la rage,
Si de plus j’avois le malheur
De composer un bon ouvrage,
Et si cet ouvrage vanté
Devoit, par un honneur suprême,
Aller à la postérité,
Je voudrois l’y porter moi-même.

F. J. B. P G***

L'Esprit des journaux français et étrangers, vingt-neuvième année, tome X (messidor an 8), p. 204-207 :

[Affirmation initiale du « grand succès » de la première représentation. L’intrigue est ensuite résumée, avant un jugement équilibré : premier acte « un peu languissant, deuxième acte « modèle de simplicité, de grâces, de fraîcheur & de délicatesse ». Succès pour les quatre auteurs vedettes du théâtre du Vaudeville. Nombreux couplets cités. Bonne interprétation des rôles principaux, mention spéciale pour les enfants jouant la scène de l’idylle, et qui ont montré « une intelligence supérieure à leur âge ».]

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

Gesner, comédie-vaudeville en deux actes.

La première représentation de Gesner a obtenu récemment un grand succès. En voici le sujet :

Gesner, retiré du monde à l'âge de 30 ans, est amoureux de Laure, fille de M. Heidguer, habitant de Zurich ; mais le père de son amante n'aime pas la poésie & ne veut accorder la main de Laure qu'à un peintre. Gesner se détermine à cesser d'écrire, & fait en peu de temps de si grands progrès dans l'art de la peinture, que M. Heidguer, enchanté, le nomme son gendre. Un libraire de Paris (M. Format) vient alors lui demander la permission d'acheter ses dernières idylles ouvrages dont le jeune poète avoit fait mystère à son futur beau père. Gesner, embarrassé, répond négativement ; mais Heidguer qui, pour lors, le soupçonne de continuer ses travaux poétiques, emploie un stratagême pour s'assurer de la vérité. Deux enfans, habillés en bergers, doivent se trouver sur le passage de Gesner & réciter devant lui, sans affectation, une idylle dialoguée qu'on lui attribue (Myrtil & Chloé) ; le projet s'exécute ; Gesner paroît, écoute avec surprise, &, croyant être seul, s'écrie avec transport : c'est mon ouvrage !.... Heidguer, caché, se montre aussitôt, fait des complimens au jeune auteur sur le mérite de son églogue, & lui déclare ironiquement qu'il doit renoncer à la main de Laure, pour épouser les neuf Muses ; désespoir des deux amans. Un honnête habitant de Zurich arrive alors & montre à Heidguer une lettre portant que Gesner refuse les plus brillantes propositions & sacrifie tout au bonheur de rester près de sa Laure ; ce trait généreux, attendrit enfin le cœur d'Heidguer, & les deux amans sont unis.

Le premier acte de cet ouvrage a paru un peu languissant, mais le second est un modèle de simplicité, de grâces, de fraîcheur & de délicatesse. Il feroit honneur à Gesner lui même.

Les auteurs ont été demandés & nommés ; ce sont les CC Barré, Radet, Desfontaines & Bourgueil.

Parmi les couplets que le public a fait répéter, nous avons retenu les suivans :

COUPLETS D'ANNONCE.

Air : d'Arlequin afficheur.

Les bergers mêlent a leurs voix
Les chalumeaux et leurs musettes ;
Ils dansent au son du hautbois,
Des tambourins, des castagnettes ;
Ils ont flûtes et flageolets ;
Mais dans leurs paisibles retraites,
Jamais on n'entend les siflets
Troubler leurs chansonnettes.

Heidguer, cherchant à découvrir si Gesner est réellement auteur de l'idylle qu'on lui attribue, chante le couplet suivant, sur l'air de Noël suisse.

    II prétend se taire,
    
Mais le grand mystère
    Va se dévoiler ;
Oui, Gesner va parler ;
    Souvent les auteurs,
Fort aimables d'ailleurs,
Font, (nous les connoissons)
De petites façons ;
    Mais qu'on les caresse
    Qu'on use d'adresse ;
Qu'avec délicatesse,
On flatte leur foiblesse,
    Le moins indiscret
Trahira son secret.

Les deux suivant ont été vivement applaudis ; le libraire Format veut prouver à Heidguer que les poètes peuvent être de très-bons maris ; Heidguer veut prouver le contraire.

Format.

Air . . . . .. . . . . . . . .

Grâce, esprit, sentiment, bonté,
D'un poète sont le langage ;
Partout il chante la beauté,
Partout elle obtient son hommage ;
Sur le ton charmant des amours.
Le poète montant sa lyre,
A sa tendre épouse, a toujours
Quelque chose d'aimable à dire.

Heidguer.

Tour à tour, il chante Doris,
Eglé, Chloé, Daphné, Climène,
Cloris, Naïs, Philis, Iris,
Aurore, Flore, Hélène, Ismène,
Si bien qu'à fêter tant d'appas,
L'auteur fatigue tant sa lyre,
Que pour sa tendre épouse, hélas !
Sa muse n'a plus rien à dire.

Les principaux rôles ont été fort bien joués par les CC. Henry, Desprez, Carpentier, Lenoble & -Chapelle ; & par Mmes. Blosville. & Henry. Les deux enfans qui ont joué la scène de l'Idylle, y ont fait preuve d'une intelligence supérieure à leur âge.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 6e année, 1800, tome I, p. 559 :

[Début un peu désabusé : « Encore un vaudeville anecdotique ». Peu de succès à la première, mais des coupures ont permis que la seconde représentation soit mieux accueillie. Le résumé de l’intrigue est fait de façon neutre et précise, avant de féliciter les interprètes, et en particulier deux jeunes acteurs, qui ont joué « avec une intelligence au dessus de leur âge ». Le compte rendu s’achève par deux couplets « vivement applaudis ».]

THÉÂTRE DU VAUDEVILLE.

Gessner.

Encore un vaudeville anecdotique. Il a été représenté le 11 prairial avec assez de succès ; quelques longueurs ont été supprimées, et la pièce a été beaucoup mieux reçue à la seconde représentation.

Gessner est jeune; il aime éperduement Laure, fille de M. Heidegger. Mais celui-ci ne veut pas donner sa fille à un poète, et il exige que Gessner se livre à la peinture s'il veut obtenir Laure. Gessner a déjà fait plusieurs tableaux qui lui méritent le suffrage d'Heidegger, qui est prêt à conclure son hymen : mais un libraire de Paris, M. Format, arrive, annonce le succès des ouvrages de Gessner, qui se défend envain de travailler encore à la poésie. Le père trouve un moyen pour s'en assurer. Deux jeunes enfans habillés en bergers, récitent l'idylle de Myrtil et Chloé qu'on lui attribue ; le poète vient, l'entend, se trahit. Heidegger, irrité, ne veut plus lui donner sa fille ; mais une lettre de Gessner qui tombe entre ses mains, dans laquelle il écrit à M.me de Choiseuil qu'il la remercie de ses offres brillantes, et qu'il sacrifie tout pour Laure, désarme Heidegger qui 1ui donne Laure pour épouse.

La scène de l'idylle est exécutée par le petit Blosseville et la jeune Minette avec une intelligence au dessus de leur âge. En général, la pièce a été jouée avec le plus grand ensemble. Les auteurs sont les CC. Barré, Radet, Bourgueil et Desfontaines.

Les deux couplets suivans ont été vivement applaudis. Le libraire Format veut prouver à Heidegger que les poètes peuvent être de très-bons maris. Heidegger veut démontrer le contraire.

Format.

Grâce, esprit, sentiment, bonté,
D'un poète sont le langage ;
Partout il chante la beauté,
Partout elle obtient son hommage ;
Sur le ton charmant des amours.
Le poète montant sa lyre,
A sa tendre épouse, a toujours
Quelque chose d'aimable à dire.

Heidegger.

Tour à tour, il chante Doris,
Eglé, Chloé, Daphné, Climène,
Cloris, Naïs, Philis, Iris,
Aurore, Flore, Hélène, Ismène,
Si bien qu'à fêter tant d'appas,
L'auteur fatigue tant sa lyre,
Que pour sa tendre épouse, hélas !
Sa muse n'a plus rien à dire.

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