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L’Homme à sentimens

L’Homme à sentimens, comédie en cinq actes, en vers, par Louis Claude Chéron, 10 mars 1789.

Théâtre Italien.

Titre :

Homme à sentiments (l’)

Genre

comédie

Nombre d'actes :

5

Vers / prose ?

en vers

Musique :

non

Date de création :

10 mars 1789

Théâtre :

Théâtre Italien

Auteur(s) des paroles :

Louis-Claude Chéron

C’est la première version de la pièce de Chéron autour de l’image de l’hypocrite social, le « Tartuffe de mœurs », comme le nommera une version ultérieure.

Dans la France littéraire, ou Dictionnaire bibliographique de J.-M. Quérard , tome second (Paris, 1828), dans l’article consacré à L. CL. Chéron, p. 179, la carrière de l'œuvre est ainsi résumée :

Tartuffe (le) de mœurs, com. en 5 actes et en vers (imitée de School for Scandal, de Shéridan). Nouv. édit., conforme à la représentation. Paris, Barba, 1817, in-8, 2 fr.

Cette pièce fut jouée pour la première fois en 1789, et fut même imprimée depuis sous le titre de l'Homme à sentiments, ou le Tartuffe de Mœurs, comédie en 5 actes et en vers, imitée en partie de the School for Scandal de Shéridan (Paris, Huet et Charon, an IX, in-8). L'auteur la réduisit en 3 actes, en 1801, et la reproduisit sous le titre du Tartuffe de Mœurs, ou le Moraliseur, et la même année sous celui de Valsain et Florville ; enfin, en 1805, il la remit en 5 actes et la fit jouer et imprimer sous le titre de Tartuffe de Mœurs, qui lui est définitivement resté. Voy. le Journal de la libr., ann. 1817 , pag. 708.

En résumé :

  • le 10 mars 1789, l’Homme à sentimens (parfois avec sous-titre ou le Moraliseur, comédie en cinq actes, au Théâtre Italien ;

  • le 5 brumaire an VIII (27 octobre 1800), l’Homme à sentimens, ou le Moraliseur, comédie en 5 actes, jouée au Théâtre Feydeau ; simple reprise ou nouvelle version ? La pièce est parfois appelée l’Homme à grands sentimens.

  • en 1801, nouvelle version, cette fois en trois actes, sous le titre de le Tartuffe de Mœurs, ou le Moraliseur, puis sous le nom des deux personnages Valsain et Florville (1803) ;

  • enfin, en germinal an XIII (1805), l’Homme à sentimens, ou le Tartuffe de mœurs, comédie en cinq actes et en vers

Mercure de France, n° 13 du samedi 28 mars 1789, p. 187-190 :

[Premier soin de l’auteur du compte rendu : citer la source de la nouvelle pièce. Il peut ensuite en résumer l’intrigue, en centrant son propos sur l’opposition des deux frères et sur la sagacité rusée de leur oncle. La pièce est jugée à la fois estimable et trop longue : le critique lui conseille de la réduire à quatre actes : elle y gagnerait beaucoup en intérêt. Sinon, les caractères des deux frères sont « bien opposés, bien rendus, & conservés avec beaucoup d'art jusqu'au dénouement ». Le jugement porté sur le style est mitigé : à des qualités (« des expressions piquantes & neuves, de l'élégance, & même de la fermeté ») se mêlent des défauts (« de la négligence »). Ces qualités vont jusqu’à « de la recherche », mais rarement. La fin de l’article, d’une manière un peu ambiguë sur l’adhésion du public, parfois trop rapide, et qu’il ne faut pas tromper. On peut craindre que l’auteur de la pièce soit visé, et qu’il ait encore à progresser pour devenir un « bon Ecrivain ».]

COMÉDIE ITALIENNE.

Lorsque nous avons rendu compte du nouveau Théatre Anglois, traduit en François par Madame la Baronne de Vasse , nous avons indiqué l'Ecole de la Médisance, Comédie de M. Shéridan , comme un sujet propre à être heureusement porté sur la scène Françoise. C'est en effet à cet Ouvrage que nous devons l'Homme à Sentimens, Comédie nouvelle en cinq Actes & en vers, dont on a donné la première représentation le 10 de ce mois.

Damis est un Egoïste qui, sous le masque de la vertu, outrage tous les sentimens les plus respectables. Dorante son frère est un étourdi, un dissipateur, un libertin, qui, avec le cœur le plus sensible & le plus généreux , multiplie les extravagances, & se donne publiquement les torts les plus graves. Damis se flatte de subjuguer l'esprit de son oncle Sudmer, riche Négociant, qui revient du Bengale avec une fortune immense. Il se propose encore de séduire la jeune femme d'un de ses vieux amis, & tout paroît lui promettre un succès heureux. Sudmer arrive ; mais avant de disposer de sa fortune, il veut, malgré les apparences, éprouver ses neveux. Sous le titre d'un usurier, il s'introduit chez Dorante, qui lui vend la galerie complète des portraits de ses aïeux, hors un qu'il se réserve. Ce portrait est celui de Sudmer, déjà fait depuis long-temps, & que l'âge de l'original rend discret en lui ôtant de la ressemblance. Sudmer, qui se reconnoît, veut tenter son neveu par l'appât d'une somme considérable, mais ses offres sont inutiles, & il sort très-disposé à croire que son libertin de neveu pourroit bien être un homme sensible & un homme d'honneur.Après cette première épreuve, Sudmer se rend chez Damis sous le nom d'un parent réduit à l'indigence, & il en sollicite des secours. Les premières paroles de Damis sont douces & honnêtes ; mais insensiblement son avarice & sa dureté naturelles échappent malgré lui, & il refuse formellement d'être utile à son malheureux parent. Cette insensibilité, le projet prouvé de séduire la femme d'un ami, d'autres actions non moins honteuses, décident Sudmer, qui déshérite Damis, & donne tous ses biens à Dorante en lui faisant épouser une jeune personne qui l'a toujours aimé malgré ses égaremens.

Cette Pièce, estimable à beaucoup d'égards, abonde en développemens, en détails beaucoup trop longs & à peu près inutiles. Si l'Auteur avoit resserré son sujet en 4 Actes, il est certain que l'Ouvrage auroit plus d'intérêt, parce que la rapidité de l'action lui en feroit gagner beaucoup. Les caractères des deux frères sont bien opposés, bien rendus, & conservés avec beaucoup d'art jusqu'au dénouement. La scène où Dorante vend les portraits de ses aïeux, a fait généralement plaisir, & cela nous surprend d'autant moins, qu'elle est excellente dans la Pièce Angloise. Rien de plus heureux que le jeu continuel de la légèreté libertine & de la franche sensibilité de Dorante ; c'est un comique de situation dont tout le monde n'a pas le secret. Le style a de la facilité & du nombre, parfois de la négligence, on y remarque de temps en temps des expressions piquantes & neuves, de l'élégance, & même de la fermeté. Nous y avons aussi remarqué , quoique bien rarement, de la recherche. Par exemple, on a beaucoup applaudi ce vers, où il est question de Damis :

Pour être vertueux, il a trop de vertus.

On sent bien ce que l'Auteur veut dire, mais son idée n'est pas assez clairement rendue. Ce vers rappelle la fin du sonnet d'Oronte, dans le premier Acte du Misanthrope.

Belle Philis, on désespère
Alors qu'on espère toujours.

Le Public, qu'on prend quelquefois par les mots, se prend aussi par les choses. Son approbation dépend de la promptitude avec laquelle il saisit ou laisse échapper le fond des idées. Voilà pourquoi il paroît quelque fois en contradiction avec lui-même, quand il blâme là ce qu'il avoit approuvé ici. Mais il est rare qu'il ne revienne pas sur ses erreurs, sur-tout en fait de suffrages, & il devient d'autant plus sévère, qu'il s'est laissé plus facilement tromper. C'est une observation à laquelle devroit s'attacher tout Auteur qui veut mériter la réputation de bon Ecrivain.

Mercure de France, n° 24 du 13 juin 1789, p. 90 :

[Après une première tentative à la Comédie Italienne, l’Homme à sentimens revient à ce théâtre, « avec des changemens heureux » (« L'Auteur a fortifié quelques situations, élagué des détails longs, & fait plusieurs scènes nouvelles »). La pièce y a gagné en rapidité et en intérêt, mais la dernière phrase montre une indulgence toute relative envers la pièce, promise, à la lecture, à « un grand succès d’estime ».]

LE 26 Mai on a redonné, avec des changemens heureux, l'Homme à sentimens, Comédie en cinq Actes, dont nous avons rendu compte. L'Auteur a fortifié quelques situations, élagué des détails longs, & fait plusieurs scènes nouvelles. Il résulte de tout cela une action plus rapide, & un intérét plus vif. Nous ne doutons pas qu'à la lecture cet Ouvrage n'obtienne un grand succès d’estime,

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1789, tome 4 (avril 1789), p. 320-322 :

On a donné, le mardi 10 mars, la premiere représentation de l'Homme à sentimens, comédie en cinq actes, en vers.

Le fonds de cette piece a été fourni par l'Ecole du scandale, comédie de M. Shéridan, qui eut, il y a quelques années, le plus grand succès en Angleterre, & d'où est tirée la petite piece des Deux Neveux, jouée l'année derniere sur un des théatres du palais-royal.

Cet homme à sentimens n'est autre chose qu'un tartuffe de mœurs, un imposteur, enfin un personnage tel à-peu près que celui dont l'Arétin a donné une idée dans sa comédie de l'Hypocrite, imprimée ensuite sous le titre : Il Finto, où l'on trouve cette maxime : « C'est ne savoir pas vivre que de ne savoir pas feindre ; la dissimulation est un bouclier qui repousse toutes les armes, & une arme qui perce tous les boucliers. »

Rien de plus commun, sans doute, que de voir dans la société un pareil caractere. Voici, en peu de mots, les moyens qu'on vient d'employer pour le présenter de nouveau sur la scene.

Dorante & Damis sont freres. Le premier est un étourdi qui vit dans la dissipation & même dans le libertinage, mais qui au fond a le meilleur cœur du monde. L'autre est un hypocrite de société qui cache sous de beaux sentimens, des principes détestables, & qui se fait un jeu de séduire la femme d'un baron, dont il a toute la confiance. Les deux freres dont ce même baron est tuteur, ont un oncle nommé Sadmer, qui a fait une fortune immense au Bengale, & qui revient au moment où on ne l'attendoit pas, pour partager ses biens avec ses deux neveux.

Avant de faire ce partage, Sadmer qu'une absence de 10 ans empêche d'être reconnu de Damis & de Dorante, veut les éprouver l'un & l'autre pour voir s'ils sont en effet dignes de ses bontés. Il confie son projet à un valet fidele qui l'aide dans l'exécution. Il trouve le moyen de se présenter chez Dorante pour traiter d'un prêt d'argent, dont celui-ci a grand besoin, & pour lequel il vend une collection de portraits de famille, à l'exception d'un seul. C'est celui de Sadmer lui-même que Dorante ne veut point céder à quelque prix que ce soit, parce que l'original lui est plus cher que la vie. Sadmer qui ne se fait point encore reconnoître, est enchanté de ce trait, & dès ce moment il pardonne toutes les erreurs où son étourdi de neveu a pu tomber. L'épreuve qu'il fait sur Damis ne le contente pas autant à beaucoup près. Présenté à lui sous le nom d'un ami de son pere ; & feignant d'être tombé dans l'indigence, il n'en éprouve qu'un refus dur & formel. Tout alors se découvre ; Damis est démasqué & déshérité, & Dorante reçoit la récompente due à l'honnêteté de son ame franche & sensible.

Cette piece a reçu du public un accueil favorable. Les caracteres de Dorante & de Damis ont paru heureuſement tracés, & ils donnent lieu à deux situations vraiment théatrales qu'on a vivement applaudies. Mais on auroit désiré plus de vivacité dans l'action & sur-tout plus de correction dans le style où l'on a blâmé quelques traits, qui proviennent sans doute d'une imitation trop exacte de l'ouvrage anglois. Nous voyons que l'ouvrage gagneroit à être resserré en trois actes.

(Journal général de France ; Journal de Paris ; Mercure de France, Affiches, annonces & avis divers.)

D’après la base César, la pièce de Chéron, L’Homme à sentiments, ou le Tartuffe de moeurs a été représenté 5 fois au Théâtre Italien, du 10 mars au 7 juillet 1789.

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