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L’Intrigue impromptu, ou Il n’y a plus d’enfans

L’Intrigue impromptu, ou Il n’y a plus d’enfans, vaudeville en un acte, par MM. Gersin et Dieu-la-Foi, 4 novembre 1809.

Théâtre du Vaudeville.

Titre :

L’Intrigue impromptu, ou Il n’y a plus d’enfans

Genre

comédie-vaudeville

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

4 novembre 1809

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Gersin et Dieu-la-Foi

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Fages, 1809 :

L’Intrigue impromptu, ou Il n’y a plus d’enfans, comédie-vaudeville en un acte, par MM. Dieulafoy et Gersin, Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Vaudeville, le 4 novembre, 1809

Edouard Lemaître a fait représenter, le 30 décembre 1843, au Théâtre du Gymnase Dramatique, une pièce intitulée le Cadet de famille, ou l’Intrigue impromptu, « d’après l’Intrigue impromptu, de Dieulafoy et Gersin.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 14e année, 1809, tome VI, p. 164-165 :

[Le compte rendu s’ouvre sur une idée intéressante : il y a des sujets qu’il serait conforme à la nature de traiter. Mais «  ce n'est pas la nature que veulent peindre nos auteurs », et le sujet de la pièce nouvelle confirme : un homme de cinquante ans qui veut se marier, et un neveu de quinze ans qui l’en empêche. Et l’oncle pardonne au garnement et récompense son gouverneur pour avoir donné « une si belle éducation ». Des scènes amusantes (mais pas toutes : dans l’ensemble, « le comique est forcé et hors de la nature » (la nature est souvent évoquée dans ce compte rendu !). Les couplets sont jugés « la plupart, libres au dernier degré » (un peu choquants ?). Les auteurs ont déjà mieux fait.]

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

L'Intrigue impromptu, ou il n’y a plus d'Enfants, vaudeville en un acte, joué le 4 novembre.

Un étourdi qui voudroit faire la folie de se marier, sans songer qu'il est trop jeune, que son état n'est point fait, qu'il n'est point aimé de celle qu'il préfère, mériteroit sans doute une verte leçon. Un oncle chargé de surveiller sa conduite, aurait droit de le gourmander et de l'empêcher de faire une pareille folie. Mais on voit des choses semblables tous les jours, et ce n'est pas la nature que veulent peindre nos auteurs. Aussi, dans la pièce nouvelle, est-ce un homme de cinquante ans, vert et bien portant, un général rempli d'honneur, qui est berné par son neveu âgé de quinze ans. Ce petit polisson, à peine échappé du collége, veut empêcher son oncle de se marier, et y parvient en lui faisant croire qu'il est son rival et qu'il a enlevé sa maîtresse. L'oncle voit qu'il est joué, et n'en renonce pas moins à son projet. Il pardonne à son neveu qui mériteroit une bonne correction, et récompense le gouverneur qui a fait une si belle éducation. Les scènes d'un vieux Suisse et d'une Mademoiselle Bertrand, dont il est amoureux depuis vingt ans, ont seules égayé cet ouvrage, dont le comique est forcé et hors de la nature. Les couplets sont, la plupart, libres au dernier degré. MM. Gersin et Dieulafoi, ont fait mieux, très-souvent, et sans doute prendront bientôt leur revanche.

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome XII, décembre 1809, p. 292-297 :

[Le critique a aimé ce vaudeville, qui n’est pas pour lui une comédie (sans doute parce qu’elle n’est pas comique, mais gaie). Après le rappel d’une pièce ancienne, sans rapport avec la nouveauté, après avoir dit ce qu’était la pièce (« une leçon de philosophie donnée par la gaieté »), après avoir écarté une interprétation malveillante (non, la pièce ne contient pas d’enfant, et n’est pas contraire aux convenances, puisqu’elle montre un jeune homme montrant toute sa reconnaissance à son gouverneur), il donne une « courte analyse de la pièce » pour le montrer. Elle met en valeur l’action du héros qui fait tout pour permettre à son gouverneur de marier sa fille à celui qu’elle aime, et non à son oncle qui « devient subitement amoureux » de la jeune personne. Il y parvient en faisant semblant d’être amoureux d’elle : l’oncle renonce à son mariage, et dote la fille du gouverneur pour qu’elle puisse épouser celui qu’elle aime. On voit combien les personnages sont remplis des meilleurs sentiments, et le dénouement montre le triomphe de l’amour des jeunes gens et du dévouement du jeune homme qui s’est compromis pour eux. Pour montrer la qualité du style de l’ouvrage, et des couplets en particulier, le critique en cite « de mémoire » toute une série, censés donner une idée de l’esprit de l’auteur. L’auteur a été nommé.]

Il n'y a plus d'Enfant, comédie-vaudeville en un acte.

En 1772, les charmans enfans qui composaient la petite troupe d'Audinot, et qui faisaient alors courir tout Paris, représentèrent à Choisy, devant la cour, une petite comédie de M. Nougaret , intitulée Il n'y a plus d'Enfant.

La pièce jouée le 4 Novembre sur le théâtre du Vaudeville, n'a que le titre de commun avec cette bleuette.

C'est une leçon de philosophie donnée par la gaieté ; c'est l'enfance qui rappelle la vieillesse à la raison. C'est, enfin, un exemple de reconnaissance, bien rare de nos jours, présenté dans un cadre charmant.

Le titre ne convient nullement à la pièce ; car on n'est pas un enfant à quinze ans, et Jules les a. Voilà le seul reproche fondé qu'on puisse faire à ce. joli ouvrage (puisque ce n'est pas une comédie); car je suis loin de partager l'avis d'un journaliste, qui juge souvent trop vîte, pour pouvoir toujours juger juste, et qui reproche à l'auteur d'avoir manqué aux convenances en mettant en scène un jeune homme qui brave l'autorité de son oncle et le livre au ridicule. C'est, au contraire, le triomphe de la reconnaissance d'un jeune élève envers son gouverneur.

Une très-courte analyse de la pièce en sera la preuve.

Un ancien militaire, peu fortuné ; mais décoré de la croix de la valeur, est devenu l'ami de M. d'Hermilly, vieux général, chez lequel il demeure, et s'est chargé par amitié d'élever son neveu, l'espoir d'une famille illustre, et son unique héritier.

M. Dorville a une fille jeune et belle, nommée Isaure, dont il a promis la main à Melval, officier qu'elle aime et dont elle est adorée, mais dont l'auteur n’a fait connaître que le nom. Le mariage est prêt à se faire, lorsque le général devient subitement amoureux d’lsaure ; et certain que ses lauriers doivent faire oublier les rides de son front, il la demande en mariage à son ami.

Dorville le refuse ; il s'apprête à quitter l'hôtel du général et à renoncer à ses bienfaits.

Dans ce moment, le jeune Jules, son élève revient triomphant d'une course de chevaux, présage heureux des lauriers qu'il doit cueillir un jour dans une carrière plus brillante. Il apprend avec regret que son gouverneur, que son ami s'apprête à quitter l'hôtel de son oncle ; il s'informe de la cause de ce départ. Aussitôt, certain du faible que son oncle a pour lui, et de la bonté de son cœur, il forme le généreux projet de le rappeller à des sentimens dignes de lui et conformes à son âge. Seul il s'expose à toute sa colère en se déclarant son rival, en se disant aimé d'Isaure, en le prouvant par une lettre qu'il fait adroitement écrire à sa jeune amie, enfin en avouant que des nœuds secrets les unissent.

Rien de plus gai et de plus neuf que la scène où Jules, qui ignore encore ce que c'est que l'amour (chose peu vraisemblable cependant dans un jeune homme de quinze ans aussi éveillé que Jules), s'en fait instruire par une gouvernante surannée et un vieux Suisse du général, qui en est timidement amoureux, et qui depuis dix-huit ans attendait le moment de faire sa déclaration. Rien de plus spirituel et de plus aimable que la rivalité de l'oncle et du neveu.

Mais le général, après de grands mouvemens de colère, de fortes menaces, ne tarde pas à s'appercevoir que l'amour et le mariage de Jules ne sont qu'une feinte employée pour le faire renoncer à ses prétentions sur la main d'Isaure et à son ridicule amour. Un peu trop promptement peut-être, il se rend à la raison, mais c'est à la suite d'une scène charmante, dans laquelle la tendresse du jeune Jules pour son gouverneur s'est montrée toute entière.

Son oncle lui dit que sans doute, en se mariant avec Isaure, il a compté sur ses richesses, et lui demande quelle est celle de ses terres titrées, dont il fait l'énumération, qu'il doit habiter, — Je ne vous demande, lui répond Jules, que votre petite terre dans la Brie, que vous nommez la Retraite d'un ami. Or, c'est justement la terre que le général destinait à M. Dorville, et qu'il lui avait promise.

Le général enchanté sent toute la délicatesse de la demande de Jules, et s'écrie dans son moment d'ivresse : Ainsi l’amour paie la dette de la reconnaissance ! Il embrasse Jules et lui fait écrire le don qu'il fait à Dorville de sa petite terre de Brie, son consentement au mariage d'Isaure, à laquelle il donne cent mille francs de dot, avec Melval qu'il fait capitaine de son régiment.

Le style de cet ouvrage est élégant et pur, les couplets sont pleins de gaieté, de traits, et même de philosophie. On peut en juger par ceux que je puis me rappeller de mémoire,,

( Jules à son oncle, qui lui reproche sa jeunesse et celle d'Isaure.)

A l'âge heureux où nous voilà
    Quelle force est la nôtre !
Lorsque l'Amour s'est niché là,
    L'Amour, ce bon apôtre,
Espoir, chagrin , plaisir, tout va,
    Tout va , l'un portant l'autre,
                Tout va,
    Tout va , l'un portant l'autre.

Le Général  — Oui, sans considération, sans honneurs , sans emplois !

L'homme adroit dit : placez-moi là
    Mon gain sera le vôtre ;
On le place, il paie, et déjà
    D'un autre il est l'apôtre:
Entre bons cœurs ainsi tout va,
    Tout va, l'un portant l'autre,
                Tout va.
    Tout va, l'un portant l'autre.

Voulez-vous de la philosophie, chantez celui-ci :

Souvent qui fait une imprudence
En épargne une à son voisin.
Un faux pas est sans conséquence
Pour qui commence un long chemins.
Si faillir est notre partage,
Si nul ne peut s'en préserver,
Tombons du moins, tombons dans l'âge,
Où nous pouvons nous relever.

Chantez encore celui-ci, le mieux fait peut-être de l'ouvrage et le moins senti:

La gaité, c'est l'esprit français,
Suivez-la, votre âge l'exige.
Mais dans ses plus brillans accès
Qu'un peu de bon sens la dirige.
    Retenez cette vérité :
Les plus beaux feux de la jeunesse
Embellissent moins la gaîté
Qu'un seul rayon de la sagesse.

Le Général. —Voilà une fort belle vie !

Jules. — La vie, mon oncle,

La vie en tous les temps sera
    Un banquet comme un autre ;
Chacun y rit, boit et boira,
    Ou mon vin, ou le vôtre :
Et puis le soir chacun s'en va,
    S'en va, l'un portant l'autre,
                S'en va,
    S'en va l'un portant l'autre.

Veut-on de la gaieté, écoutez ce couplet:

Dans son printemps mainte beauté trop fière,
Craint de donner à l'Amour un moment.
    L'été la voit moins ménagère,
    L'hiver survient, quel changement !
Il n'est, hélas ! vieille fille à Cythère,
    Brûlant alors de s'engager,
Qui ne donnât trente ans de la bergère,
            Pour l'heure du berger.

On a demandé unanimement l'auteur, et on a nommé M. Dieulafoy.

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