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L'Irato, ou l'Emporté

L'Irato, ou l'Emporté, opéra, de Marsollier, musique de Méhul. 28 pluviôse an 9 [17 février 1801].

Théâtre de l'Opéra Comique National

Titre

Irato (l’), ou l’Emporté

Genre

comédie-parade mêlée d’ariettes

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

en prose, avec des vers

Musique :

ariettes

Date de création :

28 pluviôse an 9 [17 février 1801]

Théâtre :

Théâtre de l’Opéra Comique National

Auteur(s) des paroles :

Marsollier

Compositeur(s) :

Méhul

Almanach des Muses 1802

Parade de carnaval, fort gaie, que les auteurs ont annoncée d'abord comme un ouvrage parodié de l'italien. Peu de raison et de vraisemblance dans le poème, mais des bouffonneries qui ont fait rire ; musique enchanteresse. Succès.

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez les Libraires associés, an neuf :

L'Irato, ou l'emporté, comédie-parade en un acte, mêlée d'ariettes. Représentée, pour la première fois, sur le Théâtre de l'Opéra-Comique National, rue Favart, le 29 pluviôse an 9 de la République. Paroles de B. J. Marsollier. Musique de Méhul.

La date donnée par la brochure est inexacte : leCourrier des spectacles annonce la première pour le 28 ventôse.

Courrier des spectacles, n° 1453 du 1er ventôse an 9 [20 février 1801], p. 2-3 :

[Le compte rendu de cet Irato, en français l’Emporté, commence par la présentation d’« une attrape » : la pièce, tout ce qu’il y a de française, a été donné comme italienne. C’est une ruse que les amateurs ne critiqueront pas, tant ils ont vu une pièce gaie et musicalement excellente. L’intrigue ne brille pas par son originalité : on a déjà beaucoup vu des « emportés » au théâtre, c’est un rôle difficile, et le citoyen Solier l’a fort bien joué. La pièce raconte l’éternelle histoire d’un oncle qui veut punir son neveu en donnant sa fille à son rival, mais la jeune fille fait la naïve au point de décourager celui qu’on lui destine comme mari : ce dernier, trompé aussi par le valet du neveu, se ridiculise aux yeux de l’oncle, et il n’est plus question de mariage avec lui. Le comique de cette situation rappelle pour le critique le théâtre de la Foire, mais il est très réussi, et l’auteur n’a pas à craindre d’assumer une œuvre aussi réussie. La remarque vaut aussi pour le musicien, dont la composition montre qu’elle n’a rien à envier à l’Italie, au contraire. Le critique énumère toute une série de morceaux particulièrement réussis (seuls deux se voient reprocher très classiquement une longueur un peu excessive), et qu’il analyse avec précision. Tous ces morceaux dans leur diversité montrent le talent tant du compositeur que des interprètes, cités de façon élogieuse. Les auteurs ont été demandés, mais seul Méhul a paru et a applaudi par tous.]

Théâtre Favart.

Deux auteurs qui apparemment n’osoient espérer que le genre de leur production convînt tout-à-fait à la scène du théâtre Favart, ont usé du bénéfice de la circonstance pour donner aux curieux ce qu’on appelle une attrape ; mais que les amateurs d’une aimable gaîté et d'une excellente musique soient toujours attrapés de même, et ils pardonneront de grand cœur une ruse semblable.

Cet Irato n'est donc qu'un ouvrage français sons le masque Italien. Sans doute ce n’est point un caractère dont ou pût tirer grand parti. Un oncle continuellement en colère, sur les moindres contrariétés, inabbordable à ses valets, intraitable pour son pacifique neveu, et que le sang-froid piquant de ce dernier porte jusqu’à des menaces d’exhérédation, jusqu’à vouloir aussi marier une pupille adulée de ce neveu à son glacial précepteur, n’étoit un personnage ni absolument nouveau, ni qui dût se soutenir toujours au même degré ; nous avons tous les Bourrus possibles, nous avons sur-tout le Grondeur ; et ce sont bien aussi des Emportés, à quelques nuances près. Mais enfin en voici un plus caractérisé que les autres, et qu’il étoit fort difficile, disons même fort pénible de bien jouer. Sous ce rapport, le citoyen Solier mérite les plus grands éloges ; on ne peut jouer avec plus de vérité, ni plus d’attention.

Nous avons presque tracé le plan de la pièce, qui sans doute ne présente pas un grand fond, mais qui sans trop grosses bouffonneries, et au moyen de scènes réellement très-plaisantes, réellement bien conduites et bien dialoguées, ne cesse de provoquer le rire.

Nous devons néanmoins ajouter quelques détails. Lorsque le docteur Pandolphe (cet oncle) veut mettre à exécution son projet de vengeance contre son neveu, en donnant Emilie en mariage au précepteur Valoir, il procure à ce dernier un entretien avec sa prétendue future ; Emilie affecte le ton niais, et dévoile ainsi ingénuement des dispositions bien claires à la plus vive coquetterie. M. Valoir en est effrayé au point de ne vouloir plus de ce mariage. Mais une autre épreuve l’attend. Lorsqu’il se rend à jeun chez Pandolphe , il est entrepris par le neveu, qui d’intelligence avec un Scapin, son valet, l’attable, l’énivre, lui prêche une morale fort commode et l’amène au point de se faire militaire pour aller en garnison fêter librement Bacchus et l’Amour.

Effectivement Valoir arrive affublé d’un casque et d’une casaque à l’antique ; il tient en main une longue et grosse halebarde, mais il trébûche à chaque pas, et c’est dans cet état que tout le village l’amène devant Pandolphe et devant Emilie.

On sent que c’est ici le terme de tous les emportemens du docteur, et que les amans n’ont plus dans l’amitié de Pandolphe pour Valoir un obstacle à leur union.

Nous croyons avoir assez fait sentir le fort et le foible de cette folie, dont le genre peut-être un peu forain, s’absout par beaucoup de gaîté, même par plusieurs bons traits d’esprit. L’auteur pouvoit donc encore jetter le domino et se faire reconnoitre, quoique beaucoup d'autres succès le fissent deviner.

Envain l'auteur de la musique a voulu de son côté garder le déguisement en donnant à la composition de son chant tout le caractère de l’école italienne. Notre école française a trop à s’applaudir d’une telle production pour abandonner cette portion de sa gloire nationale ; les Italiens à leur tour pourront nous envier ce style vif, animé, varié jusques au-delà de ce que l’imagination sembleroit concevoir.

Ils peuvent admirer avec envie ce 1er duo, dont les parties présentent à-la-fois pureté d’accords, chûtes heureuses en chromatique, points d’orgues bien amenés, rentrées délicates, tantôt par le chant même, tantôt par l’accompagnement. Ils peuvent sur-tout venir applaudir à certain quatuor dont la finale, après avoir marqué par mesure chacune des quatre parties, les présente ensuite toutes par alternative dans une même mesure, et enfin par ensemble dans une harmonie pleine de pureté. Ils reconnoitront en quelque sorte leur touche dans tout le comique de ce délicieux morceau ; ils accorderont aussi le même tribut d'éloges au joli trio du repas, trio dont la troisième partie, à peine indiquée, n’est par cela même que plus plaisante encore.

Il y a peut-être plus de profondeur dans l’air monologué que chante le citoyen Solier ; c’est un morceau de caractère d’une force remarquable ; et l’acteur le rend avec une véritable habileté. Enfin avec le même plaisir on entendra les couplets tout-à-fait bouffons du rôle confié au cit. Elleviou. On ne peut exprimer le désespoir d’une manière plus comique, et en général le jeu de cet acteur a fait rire aux éclats.

L’air chanté par le citoyen Martin, et celui d’ingénuité mis dans la bouche de mademoiselle Philis, ont aussi leur beauté, quoique peut-être ils soient un peu prolongés. Mais il seroit impossible de mettre plus de goût que n’en ont montré l’un et l’autre, chacun dans leur exécution.

Enfin ce qui ajoute à cette agréable bouffonnerie, c’est le jeu singulier du citoyen Dozainville, qui présente dans cette pièce, un personnage presqu’aussi amusant que celui de Dom Bazile. Les auteurs ont été vivement demandés ; celui de la musique, le citoyen Mehul, est seul venu recevoir dans les applaudissemens universels, la récompense la moins équivoque de ses nouveaux efforts.

B * * *

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 6e année, 1801, tome V, p. 545-546 :

[La pièce a été donnée comme un ouvrage italien, alors qu’elle est bien française, même si la musique est « dans le caractère italien ». « L'ouvrage est une espèce de parade, aussi dans le genre italien, et d'une gaieté soutenue ». Son sujet, « le caractère de l'Emporté », n’est pas neuf, si ce n’est à l’Opéra Comique : ce serait peut-être une bonne idée de transposer ainsi à l’Opéra Comique les caractères « joués aux français ». C’est ici que s’insère l’analyse de l’intrigue, où on sent l’influence de la commedia dell’arte. Verdict : les longueurs devraient disparaître, et cela rendra « la marche de la pièce encore plus vive ». Le parolier est resté curieusement anonyme, tandis que la musique de Méhul « ne peut qu'ajouter à sa réputation ». De l’interprétation, on ne fait ressortir qu’Elleviou, mais quelle interprétation ! « Il est difficile d'être plus comique ». Et tant pis pour les autres !]

L'Emporté ou l'Irato.

Cet opéra bouffon a été joué le 28 ventôse (mardi gras). On l'avoit annoncé comme traduit de l'italien : mais on a appris ensuite que les auteurs étoient français, et que ce n'étoit qu'une attrape de carnaval, pour disposer le public au genre de l'ouvrage.

La musique est en effet dans le caractère italien ; elle est tour-à-tou'r vive, gaie, bouffonne, et toujours savante et harmonieuse. L'ouvrage est une espèce de parade, aussi dans le genre italien, et d'une gaieté soutenue.

Le caractère de l'Emporté n'est pas tout-à-fait neuf : le Bourru bienfaisant, l'Amant bourru, et le Grondeur en sont des nuances ; mais il n'existoit pas à l'opéra comique, et les auteurs feroient peut-être bien de suivre cet exemple, et d'y. transporter les caractères joués aux français, et qui pourraient prêter à la musique.

Pandolfe, c'est l’Emporté, est mis en contraste avec Lysandre, son. neveu, dont le caractère froid et flegmatique le désole. Il refuse de l'unir à Emilie, sa nièce, qu'il veut donner au docteur Balouard. Scapin, valet de Lysandre, aime Nerine, suivante d'Emilie, et tous quatre se concertent sur les moyens de tromper l'Emporté et son. protégé. Une querelle survient précisément entre eux, et Balouard en voulant se défendre contre Pandolfe, le blesse avec une chaise. Il est congédié, et regrette fort un bon dîner qu'il alloit faire. Dabord Emilie, pour le dégoûter d'elle, fait l'innocente (à peu près comme la Fausse Agnès), et laisse percer dans ses manières une coquetterie qui effraye déjà beaucoup le docteur. Scapin et Lysandre pour le consoler du dîner qu'il a perdu, lui en font faire un où ils lui font boire un peu plus que de raison. Dans cet état, ils l'affublent d'un casque, d'une lance et d'une cuirasse, et lui font déclarer à Pandolfe qu’il refuse sa nièce, et qu'il veut prendre le parti des armes.

Quelques longueurs qu'on fera sans doute disparoître, rendront la marche de la pièce encore plus vive. L'auteur a voulu garder l'anonyme, malgré le succès de son ouvrage. Il est connu par d'autres productions plus sérieuses, et dont le succès a toujours été mérité. La musique, du C. Mehul, est charmante et ne peut qu'ajouter à sa réputation.

L'auteur a été nommé à la 3.e représentation ; c'est le C. Marsollier. On doit remarquer, dans cette pièce, le jeu du C. Elleviou. Il est difficile d'être plus comique.

Babault, Annales dramatiques: ou, Dictionnaire général des théâtres, tome troisième (Paris, 1809), p. 368-370 :

EMPORTÉ (L'), ou L'irato, comédie-parade, en un acte, mêlée d'ariettes, par M. Marsollier, musique de M. Méhul, à l'opéra-comique, 1798 [ ? La brochure donne comme date de création 29 pluviôse an 9, qui correspond au 18 février 1801].

Lysandre, neveu de Pandolphe, aime Isabelle qui le paye d'un tendre retour ; mais l'oncle, dont la violence et l'emportement contrastent avec le flegme et le sang-froid du neveu, non seulement veut deshériter Lysandre, pour faire passer sa fortune entre les mains de Balouard, son docteur, véritable Cassandre, qui est le jouet de la fureur de l'oncle, mais il veut encore lui ravir sa maîtresse. De leur côté, les amans cherchent à déconcerter les projets de l'oncle, et ils y réussiront. Isabelle qui n'est pas du tout de l'avis de Pandolphe, et qui ne peut s'accommoder d'un M. Balouard, trouve un moyen qui n'est pas très-décent, mais dans une farce de ce genre on n'y regarde pas de si près ; c'est de faire croire à M. le Docteur, qui vient lui faire la cour, qu'elle n'est pas, à beaucoup près, aussi ingénue qu'il semble se l'imaginer. Parmi la foule de ses adorateurs, il en est un surtout qu'elle aimait à la fureur, et un soir, au clair de la lune.... D'ailleurs, cet amant était militaire, et il casserait bras et jambes à celui qui lui enleverait sa maîtresse. En voilà trop pour faire passer au docteur l'envie d'épouser Isabelle : mais Pandolphe, qui n'entend pas raison, veut absolument qu'il l'épouse, ne souffre pas d'explication, lui jette une chaise par les jambes, et le chasse de chez lui. Cela ne change pas ses dispositions envers son neveu ; il est toujours très-décidé à le déshériter ; et pour preuve, c'est qu'il lui ferme la porte au nez, et va dîner seul avec Isabelle. Heureusement que Scapin, homme de précaution, s'est emparé d'un panier de vin et d'un pâté, qu'il va manger, pour faire passer son chagrin ; mais, comme Lysandre est au moins aussi chagrin que lui, il se console de la même manière. Cependant le docteur, qui n'a pas dîné, déplore son malheur, et revient pour faire sa paix avec Pandolphe. Mais, comme il est de l'intérêt de Lysandre qu'il ne parvienne pas jusqu'à lui, il le retient et le fait boire si bien, que le docteur perd le peu de sens commun qui lui reste. On l'engage et on l'affuble d'un habit militaire, d'un grand sabre, d'un casque, etc., etc. Pendant que Scapin et son maître s'amusent aux dépens du docteur, Pandolphe s'endort après avoir diné ; ce qui est assez naturel. Isabelle profite de son sommeil pour s'échapper de sa prison ; alors les amans s'entretiennent de leurs amours. Mais voilà que, tout-à-coup , l'oncle se réveille, et surprend Lysandre aux genoux de sa nièce ; rien de mieux. Il crie, il tempête, il appelle ses valets qui, tous tremblans, viennent lui ouvrir la porte qu'Isabelle avait fermée par précaution. Inutile ardeur ! Pandolphe ne consentira jamais à unir deux amans, qui se sont aimés sans sa permission. Mais aussitôt, une foule de valets, tous les gens de la maison et autres lieux circonvoisins, arrivent et font un tel charivari, crient si fort que, pour les faire cesser, Pandolphe donne son consentement.

Cette pièce a beaucoup de ressemblance, quant au genre, avec le Tableau Parlant, ancienne pièce de la comédie italienne, qui fut le début du célèbre Grétry ; on y trouve un Pierrot aussi plaisant que le Scapin de l'Emporté, un Léandre aussi roide, aussi guindé, une Isabelle qui n'est pas moins vive, et enfin un Cassandre qui vaut bien le docteur Balouard. Tout le dialogue est également dans ce genre d'exagération comique, et d'emphase burlesque.

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