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Koulikan, ou les Tartares

Koulikan, ou les Tartares, mélodrame, en trois actes, en prose et à grand spectacle, d'Amédée de Saint-Marc [Scribe, Mélesville et Delestre-Poirson], musique de Henry, ballets de Hullin, 13 mai 1813.

Théâtre de la Gaîté.

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Barba, 1813 :

Koulikan, ou les tartares, mélodrame en trois actes, en prose et à grand specatcle, Par M. Amédée de Saint-Marc, Musique de M. Henry ; Ballets de M. Hullin  Représenté, pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la Gaîté, le 13 Mai 1813.

Dans la France littéraire de J.-M. Quérard, tome 10 [Paris, 1839], p. 391, le pseudonyme de l'auteur est en partie dévoilé  (mais en partie seulement : il manque Mélesville et Delestre-Poirson, collaborateur habituels de Scribe) : il s'agit d'Eugène Scribe, qui, en 1839, vient d'être élu à l'Académie Française. Et l'originalité de la pièce est mise à mal puisque « ce mélodrame n'est autre que la tragédie des Scythes, de Voltaire, traduite en prose, et dont l'action a été resserrée par l'arrangeur.

Journal des arts, des sciences, et de littérature, n° 224 (quatrième année, 20 mai 1813, p. 236-237 :

[Avant de faire le compte rendu de la pièce, le critique fait tout un paragraphe sur la façon dont le quartier du Marais attend un mélodrame nouveau : l'attente, les indiscrétions, le mystère. Cette fois, le secret a été bien gardé, on n'a rien su. Vient ensuite le résumé de l'intrigue qui nous transporte dans la Chine des Tartares, et nous conte les aventures de Koulikan, qui règne sur la Chine et sur le cœur de la belle Dalaï. Il l'enlève, est condamné à mort pour ce crime, mais réchappe à l'exécution d'une manière surprenante, mais c'est la règle du mélodrame  fin inattendue, et heureuse. Le succès est là, mais pas très franc. On a nommé un certain M. Amédée, la pièce est « jouée avec ensemble », et les ballets ont été applaudis. Mais ni le chorégraphe, ni le compositeur ne sont nommés.]

THÉATRE DE LA GAIETÉ.

Koulikan, ou les Tartares, mélodrame en trois actes.

La première représentation d'un mélodrame est une affaire importante dans le Marais ; on s'en occupe quinze jours d'avance. Tous les amateurs font des vœux pour que l'ouvrage nouveau soit de M. Caignez ou de M. Guilbert-Pixerécourt, car ces Messieurs sont en grande vénération dans le quartier, et leur génie y est généralement admiré ; aussi leurs œuvres réunies figurent elles, en première ligne, dans les bibliothèques du faubourg du Temple, de la rue de Turenne, et quelquefois même dans les bibliothèques de la place des Vosges. Ordinairement on sait d'avance, par des amis ou par les employés du théâtre, quels sont les auteurs des pièces nouvelles ; mais cette fois il n'en a pas été de même. Personne, excepté le directeur peut-être, n'était dans la confidence, et l'annonce de Koulikan avait fait la plus grande sensation. Pourquoi, disait-on, un pareil mystère ? Est-ce de la part de l'auteur amour-propre ou modestie ? Ce secret même était un aliment à la curiosité, et la salle s'est promptement remplie pour faire connaissance avec les Tartares.

La scène est en Chine. Le trône est occupé depuis peu de temps par Koulikan, qui a reconquis sur les Tartares plusieurs provinces que son père avait cédées ; Koulikan a cependant signé une trève avec eux, et vient incognito dans leur camp, pour y enlever la fille d'un ancien général chinois, la belle Dalaï qu'il adore. L'amour seul pouvait faire commettre une pareille imprudence. Koulikan arrive au moment où Dalaï va épouser un chef des Tartares nommé Baskir. Les deux rivaux se battent, Baskir est tué, et Koulikan enlève Dalaï ; mais on n'est pas toujours impunément aussi audacieux. Koulikan est bientôt arrêté, condamné à périr.... de la main même de Dalaï. C'en est fait, sa dernière heure a sonné..... on sanglotte au parterre ainsi qu'au paradis..... quand tout à coup un événement des plus étranges vient changer la scène. Baskir n'est pas encore mort, il doit même la vie à Koulikan, et il vient prendre sa défense. Il pousse la générosité jusqu'à unir son rival à Dalaï, puis il expire. Tout le monde a été enchanté d'un trait aussi délicat et aussi original de la part d'un Tartare.

Cet ouvrage a obtenu ce qu'on appelle maintenant du succès ; le troisième acte, qu'on a le moins accueilli, est celui qui m'a paru le meilleur, parce qu'il est fort court. L'acteur Marty, qui venait de mourir, a reparu pour nommer comme auteur M. Amédée. La pièce a été jouée avec ensemble, et les ballets ont été vivement applaudis.

S.          

Mémorial dramatique ou Almanach théâtral pour l'an 1814, p. 213-214 :

[Après un résumé de l'intrigue, bien mélodramatique, ouvert par une indispensable rectification historique (non, il n'y a pas eu d'empereur appelé Koulikan en Chine) et clos par l'explication d'un dénouement tout de même compliqué (il faut un dénouement heureux, et ce n'est pas si simple d'en trouver un), le critique ironise sur la prudence de l'auteur qui a choisi de se cacher derrière un pseudonyme, qu'il a déjà utilisé à plusieurs reprise, à chaque fois que son ouvrage a été sifflé... (lors de la première, le nom de l'auteur ou des auteurs est censé ne pas être connu, et il n'est pas impossible de choisir de ne pas donner le vrai nom en cas d'insuccès).]

Koulikan, ou les Tartares, mélodrame en 3 actes, par M. Amédée.

(13 mai.)

Koulikan, empereur de la Chine (par la grâce spéciale de M. Amédée), car jamais la Chine n'a eu d'empereur de ce nom, s'est introduit à-peu près seul dans le camp des Tartares qui lui ont voué une haine implacable ; il compromet sa vie, le salut de son armée, peut-être celui de son empire, pour voir, pour enlever la belle Dalaï, qui est sur le point d'épouser le fils du chef des Tartares. Dalaï et Koulikan s'aiment depuis long-temps ; mais à l'époque où cet amour prit naissance, Koulikan ne régnait pas encore, et il était lié par l'hymen à une autre femme. Le père de Dalaï, pour la soustraire aux entreprises d'un prince impétueux, est venu avec elle chercher un asyle sous les tentes des Tartares. Koulikan, à qui la mort de son père et de son épouse a donné un trône et rendu la liberté, veut en faire hommage à son amante. Les dangers qu'il court dans le camp des Tartares, les combats que Dalaï se livre à elle-même, la jalouse fureur du tartare qui doit être son époux, son duel avec Koulikan qui est condamné à expier sa victoire, en recevant la mort de la main même de Dalaï.

Il faut un miracle pour amener un dénouement heureux. Le fils du chef des Tartares ressuscite à propos pour rendre hommage à la générosité de son vainqueur ; il reconnaît la priorité de ses droits sur Dalaï, qui a trop bon goût pour ne pas préférer un trône à la tente d'un vagabond. Koulikan accorde la paix aux Tartares, et le public ratifie le mariage et le traité, malgré quelques instrumens de guerre qui s'obstinaient à troubler cette double fête.

Malgré quelques improbations, hélas ! trop méritées, l'auteur demandé a cru prudent pour sa gloire de cacher son nom sous celui d'Amédée. Nous remarquons qu'il agit ainsi chaque fois que ses ouvrages sont sifflés à ce théâtre ; et s'il continue, nous craignons qu'il n'ait plus de noms à lui tout seul, que tous les auteurs de la Gaité.

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