Le Mannequin

Le Mannequin, comédie en un acte et en vers, mêlée d'ariettes, de Rauquil-Lieutaud, musique de Chapelle, 5 juillet 1793.

Théâtre de Louvois (Théâtre des Amis de la Patrie).

Titre :

Mannequin (le)

Genre

comédie mêlée d’ariettes

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

en vers

Musique :

ariettes

Date de création :

5 juillet 1793

Théâtre :

Théâtre de Louvois (Théâtre des Amis de la Patrie)

Auteur(s) des paroles :

Rauquil-Lieutaud

Compositeur(s) :

Chapelle

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1793, volume 9 (septembre 1793), p. 322-325 :

[Le compte rendu, qui s’ouvre sur le résumé de l’intrigue (et révèle sans crainte le dénouement, modestement qualifié d’« imprévu » : on pourrait le dire arbitraire), note que la pièce a rencontré un vif succès, malgré un bon nombre de négligences et d’incorrections qu’il était facile de supprimer. Elle ressemble de plus à toute une série de pièces françaises avec « mannequins ou statues », qui elles-mêmes ont « des modeles sur les théatres d'Italie ». Un reproche excusable, puisqu’il n’y a rien « de nouveau sous le soleil ». Autre reproche, jugé plus sérieux : « n'avoir pas tiré tout le parti possible des différentes situations vraiment comiques de Linval & d'Arthur, & de n'avoir pas assez donné de développement à certains motifs ». Mais la pièce n’en est pas moins « une piece à répertoire ». La musique de Chapelle a contribué fortement au succès : elle est « agréable et fraîche », et « plusieurs autres airs sont d'un bon style ».]

THÉATRE DE LOUVOIS.

Le mannequin, comédie en un acte & en vers, mêlée d'ariettes, paroles de M. Lieutaud, musique de M. Chapelle.

Dorimon, peintre, oncle de Rose, a résolu de la faire épouser par Arthur, vieux financier & oncle de Linval. Ce ne sera pas aisé, car la niece & le neveu s'aiment à la folie. C'est pour leur ôter toute occasion de se rencontrer, que Rose ne sort jamais, & que Dorimon ne reçoit personne chez lui. Le seul Arthur a le privilege d'y entrer.

L'amour rend Linval inventif. Ayant appris que Dorimon s'occupe dans le moment d'un grand tableau d'histoire, & que c'est dans l'intention de ne laisser pénétrer aucun homme chez lui, qu'il a commandé un mannequin pour lui servir de modele, il court chez l'artiste italien Stuffa, & obtient de lui qu'il le sera porter chez Dorimon, en place du mannequin. Celui-ci enchanté de son acquisition, le fait placer dans son sallon : Rose & Lisette y restent seules. Quelle surprise ! Le mannequin descend de son piédestal, & sous le costume romain, elles retrouvent l'amoureux Linval. Quelle joie ! Par malheur, elle n'est pas de longue durée, du moins poux l'amant, puisque son oncle, qui a tout découvert, vient, lorsque Rose & Lisette sont sorties, le contraindre à lui céder son costume & sa place. Il veut, caché sous cet habit & le masque, avoir le plaisir de s'entendre dire en face, tout ce qu'on croira dire à son neveu, auquel il ordonne, sous peine d'être déshérité, de se cacher dans un cabinet voisin.

Dorìmon, qui est d'intelligence avec le vieux financier, rentre avec sa niece & Lisette. II est tems, dit-il, que je commence mon ouvrage ; & en montrant le mannequin : voilà Titus, approchez-vous Bérénice, il va vous faire les plus tendres adieux. Ah ! que ne puis-je, nouveau Pigmalion, animer ce mannequin ! je me débarrasserois du soin de vous pourvoir, en vous le donnant pour époux. — Quoi ! s'il étoit animé, vous voudriez que je devinsse sa femme ! Oui, je le jure ; mais, à votre tour, jurez-moi que vous le prendriez pour mari.

Rose ne croyant pas qu'un autre homme que Linval puisse être caché sous le masque de Titus, prononce le fatal serment. Arthur, transporté, se découvre, & tombe aux pieds de Rose éplorée. Vainement, lui dit-il, vous voudriez vous en défendre ; Lisette, votre oncle & Linval, qui sortent de ce cabinet, me serviront de témoins. Rose interdite, désespérée, pousse de longs gémissemens ; son chagrin est à son comble. Arthur attendri, lui prend la main, & s'écrie, en montrant Linval :

Je la prends pour la lui donner ;
Car de Titus, jouant le rôle,
Il faut que j'aime à pardonner,
Et votre bonheur me console.

Ce dénouement imprévu a été fort applaudi. Il en a été de même de presque toute la piece, quoique le style offre bien des négligences & des incorrections. Il eût été si facile de les faire disparoître, qu'on ne conçoit pas pourquoi l'auteur ne l'a pas fait. On voit d'ailleurs que cette piece a plusieurs traits de ressemblance avec le mannequin de l'Intrigue épistolaire, le Tableau parlant, l'Amant statue, le Sculpteur, &c. ; mannequins ou statues qui avoient auparavant trouvé . Mais qu'y a-t-il de nouveau sous le soleil ? Un reproche mieux fondé, qu'on peut faire à l'auteur, c'est de n'avoir pas tiré tout le parti possible des différentes situations vraiment comiques de Linval & d'Arthur, & de n'avoir pas assez donné de développement à certains motifs. Telle qu'elle est toutefois, cette petite comédie doit réussir par-tout, & c'est ce qu'on appelle, une piece à répertoire.

La musique de M. Chapelle. est bien faite pour contribuer à ce succès. Elle est agréable & fraîche, & l'on y reconnoît l'auteur de l'Heureux dépit, & de la Vieillesse d'Annette & Lubin. La romance : Jeune Rose, ô vous que les dieux. L'ariette : En masques l'univers abonde, & plusieurs autres airs sont d'un bon style, & ont été couverts d'applaudissemens. On a demandé même à diverses reprises, qu'on répétât ce dernier morceau, lorsqu'on a entendu les vers suivans :

Pour mieux jouer la comédie,
Chacun prend un masque ici-bas :
Les graces seules n'en ont pas.

[L' Heureux dépit ou les Enfantillages de l'amour est un opéra-comique de Rauquil-Lieutaud, musique de Chapelle, créé le 16 novembre 1785 sur le Théâtre des Beaujolais.]

César : comédie en un acte. Œuvre d'un inconnu et de Raquil-Lieutaud ; musique de Pierre-David-Augustin Chapelle. Création le 5 juillet 1793 au Théâtre des Amis de la Patrie, rue de Louvois. Elle a été jouée 24 fois en 1793, 12 fois en 1794 (jusqu'au 11 octobre). 1 représentation en 1796, 1 en 1798 (cette dernière représentation au Théâtre de Molière).

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