Le Mariage de Clovis, ou le Berceau de la monarchie française

Le Mariage de Clovis, ou le Berceau de la monarchie française, mélodrame en trois actes, de Léopold [Chandezon], Boirie et Jean-Baptiste Dubois, musique d'Alexandre [Piccini], ballets de Hullin, 16 février 1815.

Théâtre de la Gaîté.

Titre :

Mariage de Clovis (le), ou le Berceau de la monarchie française

Genre

mélodrame

Nombre d'actes :

3

Vers / prose ?

en prose

Musique :

oui

Date de création :

16 février 1815

Théâtre :

Théâtre de la Gaîté

Auteur(s) des paroles :

Léopold Chandezon, Boirie et Jean-Baptiste Dubois

Compositeur(s) :

Alexandre Piccini

Chorégraphe(s) :

Hullin

Décorateur(s) :

Allaux

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Barba, 1815 :

Le mariage de Clovis, ou le Berceau de la monarchie française, Mélodrame en trois actes, à grand spectacle ; Par M. Léopold ; Musique de M. Alexandre, Ballet de M. Hullin ; Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la Gaîté, le     Février 1815.

La Quotidienne, n° 48 du 17 février 1815, p. 3 :

[La pièce est à sujet historique, et il n’est pas si facile de déterminer ce qui dans le début de l’article porte sur l’histoire, ou sur la pièce. Le compte rendu prend d’ailleurs bien soin de ne pas dire nettement comment la pièce finit (« c'est un proscrit qui sauve son roi, son pays, et qui assure le bonheur de deux peuples »). Le critique considère que le choix d’un sujet historique est légitime, mais celui dont traite cette pièce n’est pas heureux : il « n'offre point assez de ces situations attachantes qui commandent l'attention ou qui enlèvent les suffrages », et on ne sait s’il faut rire ou pleurer. Surtout, la pièce ne convient guère au théâtre de la Gaîté, parce qu’elle est trop sage et d’un intérêt trop élevé : « des hommes accoutumés aux liqueurs fortes, ne peuvent pas aimer les vins doux ». La représentation est belle : décors et costumes sont remarqués, mais la pièce n’est pas très bien jouée (défauts de mémoire). Les auteurs ont été nommés.]

THÉATRE DE LA GAITÉ.

Le Mariage de Clovis, ou le Berceau de la Monarchie française, mélodrame en 3 actes, à grand spectacle.

Le mariage de Clovis et de Clotilde intéresse deux états, dont il doit assurer la paix (la France et la Bourgogne). La mère de Clovis et l'oncle de Clotilde sont d'accord, mais leurs ministres ne le sont pas : celui de Clovis veut voir monter sur le trône une nièce qui fut élevée près du jeune roi, et le ministre de Gondebaud espère une forte récompense s'il fait réussir le projet de son ambitieux collégue.

Les choses en sont à ce point, quand un troisième ministre se présente. Il est envoyé par Alaric, roi des Visigoths, qui réclame pour son maître la main de Clotilde, qui lui est promise depuis long-temps. Ce nouvel ambassadeur est pour les ministres d'un bien puissant secours ; il favorise tout naturellement leurs projets, mais ils ne se doutent pas du piége qui leur est tendu : l'envoyé n'est autre qu'un prince français, injustement proscrit par les intrigues d'un des ministres. Ce prince a appris toutes les menées de ces mandataires infidèles ; en supposant le titre d'ambassadeur, en déguisant ses traits et son âge, il vient prendre part à tous les complots et les déjouer.

En effet, Clovis profitant de ses conseils, assiste, sans être vu, à la dernière conférence où, d'un accord unanime, le mariage doit être cassé, et, en se montrant tout à coup, il jette dans la consternation ces indignes conspirateurs : un projet d'enlèvement est ensuite conçu par eux ; c'est au prince Théodebert qu'ils remettent Clotilde. En un mot, ceux que leurs souverains, Clovis et Gondebaud, comblent de bienfaits, les trahissent sans cesse, et c'est un proscrit qui sauve son roi, son pays, et qui assure le bonheur de deux peuples.

C'est sans doute une idée heureuse que celle de retracer dans un cadre dramatique les faits qui ont le plus illustré notre monarchie ; c'est mettre, pour ainsi dire, l'histoire de France à la portée du peuple ; mais il faut choisir de préférence les actions mémorables, les traits de valeur ou les grandes conspirations.

Le Mariage de Clovis n'offre point assez de ces situations attachantes qui commandent l'attention ou qui enlèvent les suffrages ; il est facile de deviner que c'est l'ouvrage d'un homme qui connait très bien la scène ; mais il n'y a ni assez de quoi rire, ni assez de quoi pleurer.

La pièce est sage, purement écrite, et d'un intérêt moins commun que celui de tous les mélodrames ; mais j'y aurais peut-être préféré plus de défauts et plus d'effets : c'est là ce qu'il faut aux spectateurs des boulevards, et pour me servir d'une comparaison à leur portée, je dirai que des hommes accoutumés aux liqueurs fortes, ne peuvent pas aimer les vins doux : quoiqu'il en soit, le Mariage de Clovis attirera du monde au théâtre de la Gaîté. Les décorations sont superbes, et les costumes de la plus grande beauté : il y a au second acte une danse guerrière qui a produit un très grand effet. La pièce n'a pas été très bien jouée, et plusieurs malveillants ont profité de quelques defauts de mémoire pour nuire au succès. Leur opposition n'a pas empêché de nommer les auteurs. Les paroles sont de M. Léopold, la musique de M. Alexandre, les ballets de M. Hullin , et les décors de M. Allaux.

Journal des débats politiques et littéraires, 20 février 1815, p. 1-3 :

[Peut-on apprendre l’histoire en allant voir un mélodrame ? Le critique répond par la négative au vu de ce Mariage de Clovis qu’il considère comme très loin de la réalité connue par les chroniques. Pourtant l’histoire fournissait des matériaux qui pouvaient fournir tout ce qu’il faut pour un mélodrame. On ne retrouve pas ici les caractères des personnages, tandis que les invraisemblances sont légion dans la pièce, tout comme on retrouve les ressorts habituels du genre. L’administration du théâtre n’a pas lésiné pour monter la pièce, et « les yeux n’ont rien à désirer ». Pas d’éloges pour « l’auteur des paroles », mais le critique en accorde beaucoup au créateur des ballets, et en particulier à une simulation de combat, pour laquelle il est prêt à s’imposer de revoir la pièce !]

THEATRE DE LA GAIETÉ.

Le Mariage de Clovis, ou le Berceau de la Monarchie française, mélodrame en trois actes à grand spectacle ; paroles de M. Léopold, musique de M. Alexandre, Ballets de M. Hullin.

Si ce n’est point dans les romans, même historiques, qu’il faut aller étudier l’histoire, c'est encore bien moins dans les mélodrames. Celui qui n'auroit d'autre idée de la cour de Clovis, que celle qu’il auroit puisée dans la représentation de la pièce nouvelle, sauroit à la yérité qu'on y portoit les cheveux plats, un manteau court et des brodequins ; mais il seroit dans une étrange erreur sur ce qui regarde les coutumes et les mœurs de ces temps que l'on peut appeler barbares.

Les chroniques qui nous présentent l’histoire de ces premiers siècles de la monarchie française, sont tellement informes, les ténèbres qui environnent les faits tellement epaisses, qu'on peut, sans trop de scrupule, s'abandonner à son imagination, lorsqu’on en retrace les époques. Toutefois, de quelque liberté que l’on use, il est deux points dont il n'est point permis; je crois, de s’écarter : je veux parler des caractères et de la couleur locale : mais c’est de quoi se soucient fort peu les petits auteurs, et même les grands, qui font de l’histoire avec des romans, et des romans avec l’histoire

Je ne sais où l’auteur du Mariage de Clovis a puisé les matériaux de son mélodrame ; mais roman pour roman, j’aurois mieux aimé celui que fournit l’histoire. Nos anciens historiens, qui aiment singulièrement le merveilleux, rapportent au sujet du mariage de Clovis des circonstances dont on auroit pu tirer un grand parti, et qui semblent faites tout exprès pour un mélodrame. Voici ce mélodrame tel qu’ile st taillé dans l’histoire.

Gondebaut, après avoir vaincu Chilpéric, s’étoit emparé lui, de sa femme et de ses enfans. Dans nos temps modernes, cette famine royale eût été amenée .en grande pompe dans ta capitale ; on lui auroit décerné tous les honneurs dus au rang suprême : nos bons aïeux en usoient autrement. Gondebaut fit amener devant lui Chilpéric et ses deux fils, et ordonna qu'ils fussent massacrer : il fit attacher une pierre au cou de la reine, et on la jeta dans le Rhône. Clotilde fut sur le point de subir le même sort : cependant Gondebaut voulut bien lui faire grâce en faveur de son sexe et de son extrême jeunesse ; il ordonna même qu’elle fût élevée à sa cour.

Le bruit de sa beauté et de son esprit parvint bientôt jusqu'à Clovis, qui entrevit tout d'un coup les avantages qu'il pourroit tirer de son union avec une princesse qui avoit des droits au royaume de Bourgogne ; mais craignant le refus de Gondebaut, il crut devoir s'assurer d’abord de la princesse. Il députa vers elle un de ses favoris nommé Aurélien : Celui-ci, afin qu'on ne pénétrât pas le secret de sa mission, se déguise en mendiant. Arrivé à la cour de Bourgogne, couvert de haillons, avec une besace sur le dos et un bâton à la main, il se mêle parmi les pauvres auxquels Clotilde faisoit ses aumône, et en recevant la sienne à son tour, il baise la main de la princesse. Ce galant remerciment parut extraordinaire. Clotilde fut tentée de se fâcher, mais les femmes ont toujours un grand fond d’indulgence pour ces sortes de hardiesses. Elle examina le mendiant, son air noble et distingué dëmentoit son habit : elle lui assigne un rendez-vous, l'interroge et apprend la commission dont l'avoit chargé le roi des Français. Clotilde, quoique fort jeune et surveillée par l’inquiète défiance de Gondebaut, conduisit cette importante négociation avec une prudence au-dessus de son âge ; le jésuite Caussin, qui rapporte cette anecdote, ajoute : et avec un secret qu’on étoit loin d’attendre de son sexe. Le jour est pris, Aurélien se rend au milieu de la nuit sous les fenêtres de l'appartement de Clotilde. Elle descend à l'aide d'une échelle, et ils se mettent en route peur la cour de Clovis. Clovis se chargea de réparer ce que cet entêtement avoit d'irrégulier, en faisant demander Clotilde par une ambassade solennelle ; Clovis étoit un voisin dangereux, il s’annonçait comme un conquérant, on n'osa lui refuser sa demande.

Voilà avec quelques circonstances qui naissent du fond même du sujet, et qu'il eût été facile d'ajouter, une pièce toute faite. Un roi farouche et cruel, une princesse belle et vertueuse ; un amant roi, bien fait et brave ; un confident mystérieux ; des travestissemens, des surprises ne sont-ce pas là les élémens essentiels et constitutifs du mélodrame ? L'auteur a négligé toutes ces richesses, et il s'est jeté, la tête la première, dans l'absurde.

Qui pourroit reconnoître Gondebaut dans le personnage qu'il a mis en scène ? Ce n'est plus ce féroce vainqueur qui ne connoît que le droit du glaive, et qui fait massacrer sans pitié ses prisonniers ; c'est le prince le plus doux, le plus débonnaire, le plus bénin, qu’on ait jamais vu : il appelle Clovis son fils, son cher fils ; il lui amène lui-même Clotilde.

Cependant Barmeric, premier ministre de Clovis, a résolu de s'opposer à cette union : il avoit espéré faire épouser sa nièce au roi des Français, et l’arrivée de Clotilde dérange tous ses projets. Que faire ? Il n’y a d'autre moyen que d'enlever la princesse et de la livrer à Alaric, à qui elle avoit été autrefois promise. Il associe à ses desseins Hermenfred, ministre de Gondebaut, et Leutharis, ambassadeur d'Alaric.

Les conspirations sont fréquentes dans les mélodrames, mais on est toujours sûr qu’il s'y trouve mêlé quelque honnête homme, qui, en ayant l'air d'y prendre part, se charge de les faire échouer. Leutharis est cet honnête homme et sa conduite est d'autant plus généreuse que Clovis, d'après les insinuations perfides de Barmeric, a banni, et a même signé son arrêt de mort. Il a été obligé de fuir, et il revient à la cour de France avec un nom et un caractère supposés. C'est lui qui est en quoique sorte !e personnage principal ; c’est le pivot sur lequel tourne le mélodrame.

Ce qu'il y a de singulier, c'est que la conspiration échoue dès le premier acte, car Clovis, qui s'est adroitement caché derrière une tapisserie, a entendu tout. Mais, au lieu de faire arrêter les conspirateurs, il s'occupe de fêtes ; is se déguise en écuyer pour surprendre l'amour de Clotilde, qui, de son côté, prend le costume d'une de ses femmes. Tandis qu’ils jouent ainsi une scène des Jeux de l’Amour et du Hasard, tandis qu'ils regardent exécuter des ballets, les conspirateurs, qui ne sont pas d'humeur dansante, enlèvent Clotilde. Clovis se ressouvient alors de la conspiration. Il est furieux : il jure la mort des coupables ; mais Leutharis, qui étoit chargé d'emmener Clotilde, l’a fait reparoître au moment où l’on s'y attendoit le moins, et obtient ainsi sa grâce.

Il y a dans ce mélodrame une foule d’invraisemblances sur lesquelles on ne se montre pas très-rigoureux aux Boulevards quand elles amènent des situations piquantes ; mais ici elles sont purement gratuites, et ne produisent aucun de ces effets qu’on applaudit toujours sans examiner les moyens.

Un des ressorts les plus fréquemment employés dans ces mélodrames, ce sont ces confidences faites par des personnages qui ont un grand intérêt à cacher leurs projets, et qui cependant viennent sans façon s’expliquer à haute et intelligible voir dans les lieux publics où tout le monde peut parvenir, et où il y a toujours quelqu’un aposté à point pour surprendre leurs secrets et faire avorter leurs desseins ; c’est là un des articles fondamentaux de la poétique du genre, et on voit que l’auteur l’a bien étudié.

Si cette pièce n'a point un grand succès, ce ne sera pas la faute de l’'administration qui n'a rien négligé pour la faire valoir. Les décorations sont riches et d'un effet pittoresque, les costumes brillans ; en un mot, les yeux n'ont rien à désirer.

Si l’auteur des paroles mérite peu d’éloges, il faut en faire une bonne part à l’auteur des ballets : celui du second acte mérite d’être vu ; c’est une danse mêlée de combats, et exécutée avec une rare précision. Moi qui, ainsi que Mme de Sévigné aime les grands coups d’épée, je me résignerois volontiers à voir la pièce une seconde fois en faveur des ballets.                  G,

Mercure de France, volume 62, n° DCLXXII (25 février 1815), p. 364 :

[Compte rendu assez sévère : le directeur du théâtre a voulu tirer parti de la mode des pièces historiques, mais il n’a pas choisi un sujet qui captive le public, et la pièce présentée est compliquée et « sans résultat heureux pour les plaisirs » des spectateurs. Belles décorations, et surtout belles danses : « si le mélodrame est digne des boulevarts, le ballet est digne de l'Opéra ».]

Théâtre de la Gaîté. — Le mariage de Clovis, mélodrame en trois actes joué pour la première fois jeudi 17 du courant, n'a obtenu qu'un demi-succès : le directeur de ce théâtre, trompé par la réussite du Maréchal de Luxembourg et de Charles-le-Téméraire, a cru qu'un sujet tiré de l'histoire de France était sûr d'avance de la faveur publique : il n'a pas réfléchi que les deux pièces que je viens de citer ont pour elles cet intérêt chevaleresque, qui captivera toujours des spectateurs français ; mais le tort de l'auteur du Mariage de Clovis est d'avoir embrouillé les fils de son intrigue, sans aucun résultat heureux pour le plaisir de ceux qui la suivent ; les décorations annoncent que l'on comptait beaucoup sur cet ouvrage, et sont assez belles pour attirer la foule : elles sont de M. Allaux. Les paroles sont de M. Léopold, la musique de M. Alexandre, et les danses de M. Hullin : c'est ce qu'il y a de mieux dans la pièce ; et il est juste de dire que si le mélodrame est digne des boulevarts, le ballet est digne de l'Opéra.

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