Madame Favart

Madame Favart, comédie en un acte en prose, mêlée de vaudevilles, de Moreau et Dumolard, 22 décembre 1806.

Théâtre du Vaudeville.

Titre :

Madame Favart

Genre

comédie mêlée de vaudevilles

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

vaudevilles

Date de création :

22 décembre 1806

Théâtre :

Théâtre du Vaudeville

Auteur(s) des paroles :

Moreau et Dumolard

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Giguet et Michaud, 1807 :

Madame Favart, comédie en un acte en prose, mêlée de vaudevilles, par MM. Moreau et Dumolard, Représentée pour la première fois sur le théâtre du Vaudeville, le 22 décembre 1806.

« Nature un jour épousa l’art ;
» De leur amour naquit Favart,
» Qui semble tenir de son père
» Tout ce qu’elle doit à sa mère. »

Bauran, auteur de la Servante maîtresse.

Courrier des spectacles, n° 3603 du 23 décembre 1806, p. 2 :

[Après Favart, c’est sa femme qu’on met en scène à partir d’une anecdote que le critique raconte par le menu, en insistant sur la belle société qu’elle attirait à elle. Un financier tente de se venger de madame Favart qui n’a pas cédé à ses sollicitations, elle décide de contrattaquer en faisant jouer son rôle par sa femme de chambre et en se déguisant elle-même, si bien qu’elle montre des talents d’actrice qui la font accepter à l’Opéra-Comique. Et l’argent soutiré au financier sert à doter une jeune fille. Succès pour la pièce, malgré une double action (c’est toujours une mauvaise chose), des longueurs, des « traits un peu lestes », mais grâce à des « couplets bien tournés, des mots très heureux, un dialogue souvent piquant, toujours spirituel ». Les auteurs ont été vivement demandés, et nommés.]

Théâtre du Vaudeville.

Madame Favart.

Nous avons déjà une pièce consacrée à la mémoire de Favart, sous le titre de Favart aux Champs-Elysées. Sa femme a laissé des souvenirs assez brillans pour mériter aussi d’être chantée. Elle se distingua également par son esprit, son talent et sa bonté. Il falloit trouver dans sa vie un trait propre à faire ressortir ces heureuses qualités.

Les auteurs ont choisi l’époque où elle fut obligée de quitter le Théâtre pour se dérober aux tracasseries dont elle étoit l’objet. Elle se retira alors à Fontenay-aux-Roses, où elle avoit établi une fête de la Rosière. Mad. Favart réunissoit dans sa maison une société choisie, et l’on sait que l’abbé de Voisenon n’étoit pas celui des amis de son mari qu’elle voyoit avec le moins de plaisir.

L’abbé de Voisenon est donc un des principaux personnages de la pièce ; mais il y parle plus qu’il n’agit. Les autres personnages sont un M, Dorimont, riche et épais financier, qui se persuade que l’or est tout dans le monde, et, qu'avec sa fortune, il ne peut trouver de rebelles. Il a la prétention de se faire aimer de Mad. Favart. Contrarié par l’Abbé de Voisenon, qui ne lui épargne pas les épigrammes, il médite une vengeance exemplaire.

Il sait que Mad. Favart a reçu de Bruxelles de superbes dentelles ; c’étoit alors une marchandise prohibée. Il donne ordre à un commis de la douane de faire une saisie chez Mad. Favart. Dans cet intervalle, le Maréchal de Richelieu arrive au château de Fontenai ; et comme il cherche avant tout les sociétés aimables, il vient rendre une visite à celle que Favart réunit chez lui. Le Maréchal de Richelieu venoit d'être nommé sur-intendant des théâtres ; Voisenon sollicite sa bienveillance pour Mad. Favart. Le commis de la douane se présente ; Mad. Favart charge à l’instant sa femme-de-chambre de prendre sa place, et de se présenter au commis comme la maîtresse de la maison. Elle prend elle même le costume et l’accent d’une dame allemande, et déclare au commis que les dentelles sont des objets de parure qui voyagent avec elle. Le Maréchal s’amuse beaucoup de cette plaisanterie, et sur-tout du jeu de Mad. Favart. Elle profite de l’occasion pour jouer un autre rôle. Elle se déguise en jeune paysanne, et vient gémir devant Monseigneur d’avoir perdu la rose. Le Maréchal d’abord dupe de la métamorphose, en rit beaucoup, et promet à Mad. Favart de la faire rentrer à l’Opéra-Comique. En ce moment, le Financier qui n’a point abandonné ses prétentions, offre une bourse à la femme-de-chambre de Mad. Favart. Elle l’accepte, la rend à sa maîtresse, en présence du Maréchal de Richelieu, et toute la société décide qu’elle servira à doter la Rosière.

Cette pièce a eu du succès Une double action en affoiblit un peu l’intérêt ; quelques scènes auroient besoin d’être abrégées ; quelques traits un peu lestes, d’être adoucis ; mais beaucoup de couplets bien tournés, des mots très heureux. un dialogue souvent piquant, toujours spirituel, tel est le mérite de cette pièce.

Les auteurs vivement demandés, sont MM. Moreau et Duuiolard.

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 12e année, 1807, tome I, p. 178 :

[Le résumé de l’intrigue nous plonge dans les coulisses des théâtres à l’époque de Favart. On y voit la mesquinerie d’un financier qui veut se venger d’avoir été éconduit, mais dont la vengeance tombe à plat. On y voit aussi la figure du Maréchal de Richelieu. La pièce s’achève, curieusement, sur la nomination de Voisenon, illustre écrivain du temps, à l’Académie Française (nomination, pas élection). C’est l’occasion d’une rectification historique un peu pédante. Mais cette entorse à l’histoire, tout comme les habituelles « quelques longueurs » n’ont pas nui au succès.]

Madame Favart.

Favart, ruiné par sa direction de Bruxelles, revient à Paris, et ne peut faire entrer sa femme au théâtre de l'Opéra-Comique. Il se retire à Fontenai-aux-Roses, où Madame Favart établit une fête de la Rosière, et où Favart etVoisenon travaillent à des ouvrages de théâtre. Un Financier fort sot vient faire grossièrement sa cour à Madame Favart. Il est éconduit, et pour se venger, il envoie un Commis de la douane saisir des dentelles qu'il a vues dans la maison. Madame Favart contrefait l'allemande , prétend que les dentelles lui appartiennent, et le Commis se retire en lui faisant ses excuses. Le Maréchal de Richelieu, surintendant des théâtres, présent à cette scène, en prend une grande idée des talens de l'actrice ; bientôt elle revient en petite paysanne, il ne la reconnoît pas d'abord, et quand son erreur cesse, il lui promet de la faire entrer aux Italiens, où de nouveaux succès l'attendent. La nomination de Voisenon à l'Académie termine la pièce. Les auteurs l'ont un peu avancée, et je ne sais pourquoi; ils l'attribuent à la recommandation de Favart. Il n'avoit pas tant d'influence que le Maréchal de Richelieu, qui lui-même étoit membre de l'Académie. Cette légère tache et quelques longueurs n'ont pas empêché la .pièce d'avoir du succès. Elle est de MM. Moreau et Dumolard.

T. D.          

L’Esprit des journaux français et étrangers, tome I, janvier 1807p. 284-288 :

[Sur un ton assez hautain, le critique insiste sur la nécessité de dire qui est madame Favart avant de parler de la pièce qui lui est consacrée. Il nous retrace la carrière de Mme Favart, nous parle de ses grâces et de ses talents, de sa contributions aux œuvres de son mari, mais aussi de sa triste fin, avant d’en venir à l’anecdote que raconte la pièce, assez mince, si bien qu’il a fallu lui ajouter une intrigue montrant comment elle obtient du maréchal de Richelieu d’entrer au théâtre italien. Outre le maréchal, la pièce montre un financier jugé sot par le critique, l’abbé de Voisenon, bien oublié aujourd’hui, et Favart lui-même, qui fait ici pâle figure. Bilan : un ouvrage sagement conçu, bien écrit, mais dont l’action est un peu lente : il faut des coupures ! Pièce bien jouée, dont les auteurs ont été nommés.]

THÉATRE DU VAUDEVILLE.

Madame Favart.

N'en déplaise aux esprits supérieurs qui font fi de nos analyses, le moindre article de journal a, comme le poème dramatique, sa protase ou exposition : et avant de suivre Mme. Favart sur le petit théâtre du Vaudeville, où par parenthèse elle vient de réussir, il est nécessaire de dire aux lecteurs ce qu'était cette dame et ce qu'elle faisait. Les caractères sont ici le principe dont l'action n'est que la conséquence, et cela veut dire en style vulgaire : commencez par le commencement.

Mme. Favart, fille d'André-Réné Du Ronceray, ancien musicien de la chapelle de Louis XV, avait été élevée aux frais de Stanislas, roi de Pologne, qui aimait à cultiver en elle des talens rares et précoces. Elle débuta avec beaucoup de succès à l'Opéra-comique de la Foire St-Germain, sous le nom de Mlle. Chantilly, et l'on ne sut ce qu'on devait le plus admirer en elle, de son talent pour le chant et la comédie, ou des graces qu'elle développait comme danseuse. Aussi Vadé, qui était alors le complimenteur par excellence, lui adressa-t-il ce madrigal :

Par les accords de Polymnie
Porter le charme dans les cœurs :
Par les agrémens de Thalie
Plaire aux plus sombres spectateurs ;
A tous les talens joindre encore
Les pas légers de Terpsychore,
C'est mériter un triple encens ;
Aussi vous avez l'avantage
De réunir le triple hommage
Du cœur, de l'esprit et des sens.

Favart, connu par des ouvrages de théâtre qui avaient eu du succès, devint amoureux de Mlle. Chantilly et l'épousa, Il la conduisit à Bruxelles, où il était directeur de spectacles ; mais la beauté et les graces trop séduisantes de sa femme lui causèrent de si vives allarmes qu'il revint en hâte à Paris, où Mme. Favart débuta. Ce fut au théâtre italien ; et tous les journaux du temps s'accordent à dire qu'il n'y avait pas encore eu d'exemple d'un plus grand succès, « Une gaieté franche, naturelle, dit un contemporain, rendait son jeu agréable et piquant ; elle n'eut point de modèle, et elle en servit ; propre à tous les caractères, elle les rendait avec une vérité surprenante ; soubrettes, amoureuses, paysannes, rôles naïfs, rôles de caractère, tout était à sa convenance ; elle se multipliait à l'infini. Mais les talens qu'elle possédait n'étaient rien en comparaison des qualités de son cœur ; ame sensible, probité intacte, générosité peu commune, gaieté inaltérable, philosophie douce, constituaient son caractère. »

Au mois de Juin 1771, la maladie dont elle est morte se déclara, sa fermeté n'en fut point ébranlée, et quoiqu'elle connût que son état était désespéré, elle continua de jouer, pour l'intérêt de ses camarades, jusqu'à la fin de l'année ; elle s'alita le jour des Rois, envoya chercher des notaires pour son testament, qu'elle dicta avec un sang-froid imperturbable ; ensuite elle demanda les secours de l'église qui lui furent administrés ; elle les reçut avec une entière résignation ; mais sans rien perdre de son caractère ; elle fit elle-même son épitaphe qu'elle mit en musique, dans les intervalles des plus cruelles douleurs.

Les Amours de Bastien et Bastienne, les Ensorcelés, ou Jeannot et Jeannette, la Fille mal gardée, la Fortune au village, la Fête d'amour, et Annette et Lubin, passent pour être les ouvrages de Mme. Favart ; mais elle n'avait fait qu'y coopérer. « Entre époux de bonne intelligence, dit l'éditeur de ces six pièces, les talens et les agrémens de l'esprit doivent entrer dans la communauté. Mme. Favart a effectivement eu part aux ouvrages où l'on a mis son nom, tant pour les sujets qu'elle indiquait, les canevas qu'elle préparait, et le choix des airs, que par les pensées qu'elle fournissait, les couplets qu'elle composait, et différens vaudevilles dont elle faisait la musique.

Au retour d'un voyage de Lorraine , et ceci fait le sujet de la pièce nouvelle, elle fut arrêtée aux barrières de Paris, vêtue d'une robe de Perse ; on en trouva deux autres dans ses coffres ; ces étoffes étaient alors sévèrement prohibées ; on voulut les saisir ; mais elle eut la présence d'esprit de dire dans un baragouin, moitié français, moitié allemand, qu'elle était étrangère, qu'elle ne savait pas les usages de France, et qu'elle s'habillait à la façon de son pays ; elle jouait si bien son rôle, que le premier-commis de la barrière, qui avait long-temps voyagé en Allemagne prit sa défense avec chaleur, la laissa passer, et lui demanda mille fois pardon. Mme. Belmont recevrait aujourd'hui les mêmes excuses, en passant de la contrebande.

On pense bien que cette seule anecdote ne remplit pas l'espace d'un acte, et qu'il a fallu l'entourer. La tâche n'était pas facile, mais les auteurs y ont réussi. Ils supposent que Mme. Favart, persécutée par une cabale, a besoin de faire connaître aux premiers gentilshommes de la chambre toute l'étendue de ses talens. C'est le maréchal de Richelieu qu’ils mettent en scène pour cela, et devant qui ils font jouer à leur célèbre actrice la scène du baragouinage ; ce rôle d'Allemande, et celui d'une fille de village dont elle ne s'acquitte pas moins bien ensuite, font tellement illusion au vieux seigneur, qu'il proclame Mme. Favart l'une des plus parfaites comédiennes de son siècle, et qu'il la fait rentrer au théâtre italien.

Il y a en outre dans la pièce un financier qui n'est qu'un sot, et dont la dame rejette les offres ; l'abbé de Voisenon, qui était, comme chacun sait, l'ami de la maison - Favart, et qui y répète chaque jour une scène de l'amitié à l'épreuve ; et enfin ce pauvre Favart qui, entre sa femme et l'abbé, fait une assez triste figure. Au total, l'ouvrage est sagement conçu, et très-agréablement écrit ; l'action seulement est un peu lente, et demande quelques coupures.

Tous les rôles ont été bien joués. On a voulu connaître les auteurs, et Julien, qui avait rempli le rôle un peu trop passif de Voisenon, est venu nommer MM. Moreau et Dumolard.

L'Amitié à l'épreuve est une comédie mêlée d'ariettes en deux actes de Charles-Simon Favart et Claude-Henri de Fusée de Voisenon, musique de André-Ernest-Modeste Grétry, créée à Fontainebleau, sur le Théâtre de la Cour, le 13 novembre 1770, et qui a connu plusieurs versions : en un acte par Favart seul en 1775, puis en trois actes en 1786, sous le titre de l’Amitié à l’épreuve, ou les Vrais amis. [Emprunt à la notice de la pièce sur le site https://dezede.org/]

Ajouter un commentaire

Anti-spam
 
×