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Mahomet II (Saulnier Jadin, 1803)

Mahomet II, tragédie lyrique en trois actes, livret de Saulnier, musique de Jadin, ballet de Gardel, 23 thermidor an 11 (11 août 1803).

Théâtre de l'Opéra.

Titre :

Mahomet II

Genre

tragédie lyrique

Nombre d'actes :

3

Vers ou prose ,

en vers

Musique :

oui

Date de création :

23 thermidor an 11 (11 août 1803)

Théâtre :

Théâtre de l’Opéra

Auteur(s) des paroles :

Saulnier

Compositeur(s) :

Louis Jadin

Chorégraphe(s) :

Gardel

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Ballard, an XI – 1803 :

Mahomet II, tragédie lyrique en trois actes ; Représentée pour la première fois, sur le Théâtre de l'Opéra, en Thermidor an 11.

A la page suivante :

Les Paroles sont du C. Saulnier. La Musique est du C. Louis Jadin. Les Ballets sont du C. Gardel.

Courrier des spectacles, n° 2348 du 22 thermidor an 11 [10 août 1803], p. 2 :

[Le compte rendu s’ouvre de manière peu encourageante sur des propos désabusés : une seule différence par rapport au Boulevard, l’utilisation des vers ; le « titre pompeux de tragédie lyrique », des décors même pas nouveaux. Si l'œuvre nouvelle a réussi, c’est aux interprètes qu’elle le doit ; et le musicien peut revendiquer une grande part du mérite du succès, le poète ayant visiblement moins bien réussi. Le résumé de l’intrigue commence par s’étonner du choix des personnages : la sultane a un « nom peu tragique » (Boileau est appelé comme témoin à charge). La pièce s’ouvre sur une « scene […] bien conçue », mais dont la suite gâche complètement l’effet. La suite de l’intrigue a quelque chose des mélodrames, et aboutit à un dénouement sanglant. Le livret n’a pas plu au critique, la musique est mieux traitée. Après une ouverture « assez belle, mais […] trop bruyante », certains morceaux sont signalés comme remarquables. Des chœurs en particulier, accompagnés de danses, forment un « tableau bien conçu et bien exécuté ». Une chanteuse a « joué et chanté » avec talent et a été très applaudie. Les danseurs ont droit à des éloges sans réserves. Et les auteurs ont reçu un bel hommages : ils « ont été demandés et amenés sur le théâtre après la représentation ».]

Théâtre de l’Opéra.

Première représentation de Mahomet II.

La différence qui existe entre cet opéra et les mélodrames du Boulevard , c’est qu’ils sont en prose , et qu’il est écrit en vers. Paré du titre pompeux de tragédie lyrique, il ne pouvoit pas être représenté ailleurs qu’à l’Opéra ; mais il paroît que d’avance il étoit sinon condamné, du moins regardé comme un ouvrage médiocre, puisqu’on n’a pas fait même pour un acte les moindres frais en décorations. On en a disposé d’anciennes que l'on voit dans d'autres pièces en vogue. Il a néanmoins réussi, ce qui ne prouve rien en faveur de son mérite ; mais ce succès est dû principalement aux acteurs. Lays et mesd, Branchu et Maillard doivent à juste titre en revendiquer la meilleure part, et le poëte peut sans rougir céder une bonne partie de la sienne au musicien.

Mahomet II ressent un amour violent pour Eronime, dont le cœur s’est déclaré en faveur de Soliman, son libérateur, lors de la prise de Constantinople. Racirna. . . ce nom peu tragique rappelle ces vers de Boileau :

Oh ! le plaisant projet d’un poëte ignorant,
Qui de tant de héros va choisir Childebrand !

Racima donc, sultane ci-devant favorite, veut faire périr sa rivale ; et la nuit, trompée par l’apparence qui lui fait croire que Soliman est amoureux d’elle, au moment où il se trouve à un rendez-vous que lui a donné Eronime ; elle lui remet le poignard qui doit servir sa vengeance. Cette scene est bien conçue et produiroit un grand effet, si les suivantes ne venoient en détruire tout l’intérêt.

Mahomet survient, et à la faveur de l’obscurité surprend le fatal secret de la Sultane, tandis que Soliman fuit du sérail avec son amante. On les ramene aux pieds du Sultan, qui fait jeter dans un cachot Racima et Soliman. Mais ils sont délivrés pat des rebelles. Mahomet alors songe à se défendre Racima vient l’attaquer, lorsque tout à coup Soliman paroît et défend son rival. La Sultane cède et est mise à mort par les ordres de Mahomet ; qui renonce à son amour, et qui unit Soliman à Eronime.

Nous avons déjà émis notre opinion sur le poëme, disons quelque chose de la musique. L’ouverture est assez belle, mais elle est trop bruyante. Le premier acte n’a offert de remarquable que la phrase derniere de ce trio :

Grand Dieu ! seconde nos projets

Et l’air :

Cessez enfin, vaines allarmes.

On a beaucoup applaudi les chœurs des Odalisques amies d’Eronime et des Femmes rivales, tandis qu’une foule de jeunes beautés exécutent des danses agréables sous les yeux de la nouvelle sultane. Ce tableau est bien conçu et bien exécuté.

Madame Branchu a joué et chanté le rôle d’Eronime avec toute l’intelligence dont elle fait preuve chaque jour. Elle a sur-tout réussi tous les suffrages dans le monologue :

Ciel ! à cette nuit effrayante

Et à cet air :

Mon ame, à cette incertitude.

Elle y a obtenu des applaudissemens long-tems prolongés.

Il y a au premier acte un ballet où Mlle Delille a déployé infiniment de grâce et de légèreté ; celui de la fin étoit exécuté par MM. Vestris, Beaupré, St Amant, Beaulieu et Branchu, et par mesd. Gardel, Saulnier, Milliere, Bigotini, etc. Ces noms célèbres dans les fastes de Therpsicore nous dispensent d’en faire un éloge plus dé taillé.

Les auteurs, MM. Saulnier et Louis Jadin, et M. Gardel ont été demandés et amenés sur le théâtre après la représentation.

Le Nouvel Esprit des journaux français et étrangers, tome premier, vendémiaire an XII [septembre 1803], p. 229-230 :

[Le compte rendu commence par souligner le manque d’originalité du sujet de ce nouvel opéra, ramené d’ailleurs à n’être qu’un opéra-comique. La démonstration passe par un résumé très condensé de l’intrigue. Puis le critique juge froid « le poëme » (le nom de l’auteur n’est pas donné), d’une froideur qui se communique à la musique, qui n’est pourtant pas sans mérites (« des intentions scéniques, quelques mouvemens d'expression, et une facture harmonieuse et sage »). Rien sur l’interprétation, ni sur la réaction du public.]

Théâtre des Arts.

Mahomet II.

Sujet déjà traité et qui paraît plus propre à l'opéra-comique qu'au grand opéra. Il rappelle l'intrigue du Corsaire, donné au théâtre italien. Un sultan amoureux de la maîtresse de son ami, qui abandonne, pour sa nouvelle passion, une sultane impérieuse et jalouse ; celle-ci qui conspire contre son perfide et contre sa rivale, et Mahomet II, sauvé par l'amant même de celle qu'il aime, et qui, touché de la générosité de Soliman, lui sacrifie son amour : il est difficile que deux romans se ressemblent davantage.

Le poëme est froid, et la musique se ressent aussi de la froideur des paroles. On y trouve cependant des intentions scéniques, quelques mouvemens d'expression, et une facture harmonieuse et sage. Elle est du C. Jadin, professeur au conservatoire : les paroles sont de Saulnier.

[Le Corsaire est un opéra-comique en trois actes et en vers, de La Chabeaussière, musique de Dalayrac, représenté au Théâtre Italien en 1783. Il a connu un grand succès.]

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, neuvième année (an XI-1803), tome II, p. 545-547 :

[L’opéra est présenté comme « un peu révolutionnaire », le personnage étant moins un héros qu’« une espèce de capitan » s’agitant beaucoup sur la scène. L’intrigue, résumé ensuite, est présentée comme « très-commune » (un amour contrarié par le sultan, avant que tout ne s’arrange, bien sûr). Le poème semble bien mauvais (il est d’un auteur « très-peu connu »), la musique « annonce du talent », mais le compositeur est invité à mieux choisir ses livrets. Interprétation qui fait ce qu’elle peut, ballet final réussi. Seul Gardel, le chorégraphe, a été demandé. Le critique ne prédit pas une longue vie à l'œuvre.]

Théâtre des Arts.

Mahomet II.

C'est un opéra un peu révolutionnaire que celui de Mahomet II, joué le 23 thermidor pour la première fois. Mahomet n'est, dans cet ouvrage, ni un héros ni un conquérant, c'est une espèce de capitan qui crie beaucoup et n'exécute rien, qui contrarie deux amans et finit par les unir. L'intrigue est, comme on va le voir, très-commune.

La sultane Racima sait que Mahomet est épris d'une jeune esclave nommée Eronime, et elle a pris la résolution de les poignarder tous les deux. Soliman, général des armées, et qui a sauvé la vie à Mahomet lors de la prise de Bysance, aime aussi la jeune esclave, qui lui rend amour pour amour. Morat, grand bostangi, les protège, et voulant faciliter leur fuite, leur donne rendez-vous.dans une grotte du jardin du sérail. Soliman qui s'y rend le premier, y trouve la sultane qu'il croit d'abord être Eronime, et à qui il adresse quelques mots d'amour que Racima prend pour elle. Comme Soliman ne la désabuse pas, elle le croit amoureux, et lui remet un poignard pour accomplir sa vengeance, et égorger Eronime sa rivale. On voit qu'elle s'adresse bien. Mais Mahomet qui survient, fait arrêter la sultane, et plonger dans un cachot Soliman, accusé d'avoir voulu assassiner Eronime. La pièce se termine par un grand combat dans lequel Racima perd la vie. Soliman qui avoit été délivré par ses amis, et qui a encore une fois sauvé Mahomet, reçoit de lui la main de sa maîtresse.

La critique auroit beau jeu si elle vouloit s'exercer sur cet ouvrage. Il est de M. Saulnier, poète très-peu connu. La musique de M. Louis Jadin annonce du talent. Comme c'est son premier ouvrage à l'Opéra, on ne peut que l'encourager, mais surtout lui conseiller de travailler sur de meilleurs poèmes.

MM. Lays, Adrien, Laforêt, MM.mes Maillard et Branchu ont eu besoin de tout leur talent pour soutenir cet opéra, qui sans doute ne se jouera pas longtemps.

Le ballet de la fin a été vivement applaudi, et fait honneur à M. Gardel qui a été demandé et qui a paru.

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