Malvina, ou la Grotte des cyprès

Malvina, ou la Grotte des Cyprès, mélodrame en 3 actes, de Pillon-Duchemin et L. T. Lambert, musique de Darondeau et Gérardin-Lacour, 7 prairial an 11 [27 mai 1803].

Théâtre de la Porte Saint-Martin

Almanach des Muses 1804

Double problème,

  • le titre : dans la presse, Malvina, ou la Grotte des Cyprès ; dans l’Almanach des Muses, Malvina, ou la Grotte de cyprès ; sur la brochure, Malvina, ou l’Hermitage des Cyprès, mais un ermitage, c'est aussi une grotte.

  • et la date de la première : la brochure indique le 7 prairial an 11 [27 mai 1803], mais ce jour-là, le Courrier des spectacles donne comme programme « la 16me représentation de Clodomire, ou la Prêtresse d’Irmensule, mélodrame en trois actes, à grand spectacle, et J’ai peru mon procès » ; le même journal, le 5 prairial, annonce, après le programme du jour, que « Demain la première représ. de Malvina, ou la Grotte des Cyprès, mélodrame nouveau en 3 actes » : mais le 6 prairial, il donne comme programme du jour « Aujourd. Victor, Roland de Monglave »  et le 8 prairial, il indique : « Aujourd. la deuxième représ. de Malvina, ou la Grotte des Cyprès, mélodrame nouveau en 3 actes, et le Petit chemin de Postdam [sic] », et publie le compte rendu de la pièce. La solution paraît être dans le Journal de Paris, qui annonce, le 7 prairial, p. 8, « la 1.re représ. de Malvina, ou la Grotte des Cyprès, mélodr. nouv en 3 act. préc. des Deux Valets ».

Dans le Journal de Paris, le 5 prairial an 11 [25 mai 1803], annonce de la première pour le lendemain, première le 7 prairial [27 mai], puis le 8 prairial [28 mai], encore présentée comme la première représentation, le 10 prairial [30 mai], donnée comme la troisième, puis le 11 prairial [31 mai], le 12 prairial [1er juin], le 16 prairial [5 juin], le 19 prairial [8 juin], 21 prairial [10 juin], 27 prairial [15 juin], 1er messidor [20 juin] et 10 messidor [29 juin]. Soit un total de dix représentations.

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez Huet, chez Jones, an XI – 1803 :

Malvina, ou l'Hermitage des cyprès, mélodrame en trois actes et à grands spectacles ; Paroles de MM. Pillon et Lambert ; Musique de MM. Darondeau et Girardin ; Représenté pour la première fois à Paris, sur le Théâtre de la Porte Saint-Martin, ancienne salle de l'Opéra, le 7 Prairial an 11.

Courrier des spectacles, n° 2274 du 8 prairial an 11 [28 mai 1803], p. 2 :

[Premier point, visiblement important pour le critique : nous dire que cette pièce ne reprend pas l’intrigue d’un roman récent « très-intéressant » [Malvina, de Sophie Cottin (1801)], qu’elle puise dans le fonds inépuisable de la poésie ossianique, ce qui est un mauvais choix, comme le montre « le succès » obtenu (faut-il lire insuccès ?). L’histoire est celle, très mélodramatique, d’une jeune femme enlevée par un ennemi de son père ; elle a un fils et se cache pendant sept ans. Quand elle reparaît son père, pour appliquer la loi de son pays, la fait comparaître devant le tribunal où siège son ravisseur. Mais il est pris de remords et s’empoisonne, et la jeune mère peut épouser celui qu’elle aimait. Un tel dénouement est inacceptable pour le critique : personne n’accepterait d’épouser une femme séduite, surtout avec un enfant, même si elle a été contrainte. Il a d’ailleurs nui à la pièce, malgré la qualité de l’interprétation masculine. La pièce ne manque pas d’intérêt, mais elle ne contient « ni ballets ni combats », éléments indispensables dans le mélodrame. Dernière cause d’échec : la répétition « ad nauseam » du mot nature : « sans cette répétition fatigante, la pièce eût été jusqu’à la fin sans obstacle et sans murmures ». Il ne semble pas que le critique dise cela pour rire. Il finit par dire que les auteurs ont été demandés, et nommés. Si bien qu’on ne sait plus si la pièce a échoué ou réussi, l’article fournissant trois explications d’un échec, que ne confirme pas la fin de la représentation, puisque les auteurs ont connu les honneurs de la nomination. Il se pourrait que le critique se soit laissé emporter par ses à-priori négatifs.]

Théâtre de la Porte Saint-Martin.

Première représentation de Malvina, ou la Grotte des Cyprès.

Il a paru il y a deux ans environ un roman très-intéressant intitulé : Malvina. On y voit figurer une grotte ou du moins un champ de cyprès ; et d’après le titre de la pièce nouvelle on a dû croire et l’on a cru que le sujet étoit emprunté de ce roman. Point du tout ; les auteurs ont puisé leur sujet dans les poésies ossianiques, et quelque dramatique qu’il puisse leur avoir paru, nous croyons qu’ils se sont trompés ; le succès d’ailleurs semble justifier l’opinion que nous émettons ici.

Malvina, fille de Rodoald, roi d’Ecosse, a été enlevée par Madascar, chef d’une tribu nombreuse et rébelle, et elle a eu de lui un fils avec lequel elle s’est jusqu’alors cachée dans l’hermitage des Cyprès, où depuis sept ans elle pleure sur sa honte et sur la perte d’Adelstan, à qui elle étoit promise, et qu’elle aimoit.

Une loi du pays condamne à la peine de mort toute fille qui s’est soustraite à l’autorité paternelle. Rodoald sachant que sa fille vit encore, ne peut la soustraire aux arrêts rigoureux de cette loi, et la conduit devant le tribunal. Là, son accusateur est celui même qui l’a séduite il y a cinq ans ; c’est le pere de l’enfant qu’elle presse contre son sein, c’est Madascar. Rongé de remords ce tyran a pris un poison qui le consume insensiblement, et il meurt au moment où elle le reconnoit pour le pere de son enfant. Aidestan, qu’elle a aimé et qu’elle aime encore , est censé recevoir sa foi au moment où la toile se baisse.

Mais nous demanderons à tous les hommes de bonne foi quel est celui qui voudrait conserver son amour à celle qui depuis cinq ans a cédé aux vœux d’un seigneur brutal, il est vrai, mais enfin qui a cédé, et qui en a un fils ? Quel intérêt peut présenter une femme placée entre son ravisseur et son amant, sur tout lorsque le ravisseur ira plus rien à desirer ? C’est ce dénouement qui a nui au succès de la pièce, quoique les rôles d’Aldestan, de Madascar et de Rodoald aient été bien rendus par Messieurs Adnet, Revolard et Dugrand. Cet ouvrage ne se soutient que par un certain intérêt, car il n’y a ni ballets, ni combats. Les auteurs semblent aimer de prédilection le mot Nature ; ils l’ont employé usque ad nauseam : sans cette répétition fatigante, la pièce eût été jusqu’à la fin sans obstacle et sans murmures.

Les auteurs n’en ont pas été moins damandés [sic], ce sont MM. Lambert et Pillon, et ceux de la musique MM. Darandeau et Girardin-Lacour.

F. J. B. P. G***.          

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