L'Officier de fortune, ou les deux Militaires

L'Officier de fortune, ou les deux Militaires, opéra en deux actes, en vers, paroles de M. Patrat, musique de M. Bruni, 24 septembre 1792.

Théâtre de la rue Feydeau.

Titre :

Officier de fortune (l’), ou les deux Militaires

Genre

opéra

Nombre d'actes :

2

Vers / prose

en vers

Musique :

oui

Date de création :

24 septembre 1792

Théâtre :

Théâtre de la rue Feydeau

Auteur(s) des paroles :

M. Patrat

Compositeur(s) :

M. Bruni

Almanach des Muses 1794

De la gaieté, de la sensibilité. Musique agréable.

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez le Citoyen Cailleau, l’An premier de la République Française :

L’Officier de fortune, ou les deux Militaires, comédie en vers et en deux actes, mêlée d’ariettes. Représentée pour la première fois à paris, sur le Théâtre de la rue Feydeau, le 24 septembre 1792.

Pas de nom d’auteur sur la page de titre. L’aeteur du « poëme » apparaît seulement sous la liste des personnages, J. Patrat attestant avoir cédé ses droits sur l’édition de la pièce au Citoyen Cailleau.

Mercure Français, n° 41, samedi 13 octobre 1792, l’an Ier de la République, p. 59-60 :

[Un ouvrage « plus remarquable par les détails que par le fonds de l'intrigue », comme souvent chez Patrat. On y trouve à la fois « une nouvelle preuve de la grace, de la facilité de style & du bon comique de cet Auteur » et « son patriotisme, cet esprit philosophique & cet amour pour la Liberté par lesquels tous les Gens de Lettres, dignes de ce nom, se sont toujours distingués ». Le sujet mêle une histoire matrimoniale (il s'agit de démasquer un prétendant indigne), une amitié entre deux soldats, le patriotisme des soldats. La musique de Bruni est qualifiée d’agréable. Deux interprètes sont particulièrement remarqués, mais les autres « ne méritent pas moins d’éloges ». Les couplets de la fin ont été fort applaudis en raison de leur patriotisme.]

Le Lundi 24 Septembre, on a donné avec succès, au Théâtre de la rue Feydeau, la premiere représentation de l'Officier de fortune, Opéra-comique en deux Actes, paroles de Patrat, musique de Bruni.

Ce joli Ouvrage, comme la plupart de ceux de Patrat, est plus remarquable par les détails que par le fonds de l'intrigue ; ceux-ci ont été d'autant plus applaudis, qu'en donnant une nouvelle preuve de la grace, de la facilité de style & du bon comique de cet Auteur, ils annoncent en même temps son patriotisme, cet esprit philosophique & cet amour pour la Liberté par lesquels tous les Gens de Lettres, dignes de ce nom, se sont toujours distingués. Voici le sujet de la Piece.

Robert & Duval, camarades d'école, se sont engagés tous deux pour les Colonies, mais dans des Corps différens. Duval a eu le bonheur de sauver la vie à un brave Grenadier, sans le connaître ; mais blessé lui-même, il est obligé de revenir sur un vaisseau Hollandais. Il est devenu amoureux de Céleste, sœur de Robert, à qui sa mere destine pour époux un certain M. Grugeant, qu'elle ne peut souffrir. Robert arrive : il a fait fortune, & obtenu la Croix par ses belles actions & sa bonne conduite. Il ne tarde pas à dévoiler l'ame vile de Grugeant, & à voir que ce n'est pas-là l'homme qui convient à sa sœur, Instruit qu'elle en aime un autre, il fait chercher Duval , qui n'est pas loin ; car il a eu l'adresse d'escamoter la clef de la maison confiée à un valet imbécille, & il s'est caché dans l'espoir de voir celle qu'il aime. Grugeant, pour le perdre, le dénonce à Robert comme déserteur. Duval indigné de cette calomnie qu'il entend , se montre, & Robert reconnaît en lui celui qui lui a sauvé la vie. On sent bien que la main de Céleste est le prix de cette action.

La musique de Bruni a paru fort agréable, & on a sur-tont distingué un Air de bravoure parfaitement chanté par Mlle. Rolandeau, l'un des Sujets de ce Théâtre qui promette le plus. Le Sage, si supérieur dans, toutes les especes de Niais, sur-tout dans ceux qui joignent le sentiment à la naïveté, en a joué un de cette espece qui répand beaucoup de gaité dans la Piece, & qui a extrêmement contribué à son succès. Les autres Acteurs, Resicourt, Belmont, Gavaudan, Mesd. Verteuil & Le Sage, ne méritent pas moins d'éloges. La Piece est terminée par des Couplets patriotiques qui ont été fort applaudis.

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1792, volume 12 (décembre 1792), p. 308-310 :

[Une pièce pleine de bonnes intentions, mais au fonds un peu léger : « joli ouvrage, plus piquant par les détaiIs que par le fonds », son succès s’expliquant par le fait que le public, « charmé de retrouver dans cet ouvrage les sentimens qu'il avoit dans son cœur, l'a applaudi avec enthousiasme ». Un défaut, le manque d’originalité, trois qualités, l’intérêt des détails, les sentiments patriotiques, la qualité de la versification et de l’écriture : «  il n'y a rien de neuf dans l'intrigue de cette piece : mais les détails en sont très-intéressans : elle respire l'amour le plus pur de la patrie & des loix ; la versification en est facile, & en général elle est écrite avec infiniment d'esprit & de goût ». Deux acteurs sont mis en avant, mais personne n’a démérité.]

THÉATRE DE LA RUE FEYDEAU

L'Officier de fortune, opéra en deux actes, en vers, paroles de M. Patrat, musique de M. Bruni.

Cette piece, joli ouvrage, plus piquant par les détaiIs que par le fonds, a complettement réussi.

Robert & Duval ont été élevés ensemble par le curé de leur village, qui leur a appris de bonne heure les bons principes, & l'amour de la patrie. Après la mort du curé, Robert & Duval se sont engagés séparément, & ont été défendre leur patrie au milieu des combats. Duval est revenu le premier : il a eu le bonheur, dans les coIonies, de sauver la vie à un brave grenadier ; mais, blessé lui-même, il a été emporté sur un vaisseau hollandois sans pouvoir rejoindre ses drapeaux. Robertine, mere de Robert & de Céleste, apprenant bientôt que son fils a fait fortune, veut marier sa fille à M. Grugeant, vieux procureur, malgré l'amour que cette jeune personne ressent pour Duval, dont elle est payée de retour. Céleste va se voir forcée d'obéir à sa mere, lorsque son frere arrive : Robert est décoré de la croix de S. Louis : il s'est avancé dans les grades, mais par son civisme & par des actions éclatantes : son caractere n'en est que plus solide, son cœur n'en est que plus généreux. II a une conversation avec M. Grugeant qui, en lui dévoilant l'ame la plus vile, lui assure que Duval, dont Céleste est éprise, est déserteur. Robert fait chercher Duval : tout le village arrive ; chacun se rend garant de l'honneur de cet intéressant jeune-homme : on le trouve bientôt dans la chambre de Céleste, caché sous un grand panier à sécher du linge. L'imputation de désertion avoit enflammé le jeune militaire : Robert le fixe & le reconnoît pour son libérateur : c'est en effet à lui que Duval a sauvé la vie. Grugeant se retire confondu, & Robert donne sa sœur à son ami.

On voit qu'il n'y a rien de neuf dans l'intrigue de cette piece : mais les détails en sont très-intéressans : elle respire l'amour le plus pur de la patrie & des loix ; la versification en est facile, & en général elle est écrite avec infiniment d'esprit & de goût. Chacun des spectateurs, charmé de retrouver dans cet ouvrage les sentimens qu'il avoit dans son cœur, l'a applaudi avec enthousiasme. On a demandé les auteurs, & M. Patrat s'est présenté pour le poëme. La musique a été très-goûtée ; plusieurs morceaux sont d'une bonne facture & d'un chant agréable. M. Lesage joue, avec le comique & tout le talent qu'on lui connoît, le rôle plaisant d'un Nicaise qui égaie l'action de cette piece. M. Résicourt y joue en acteur consommé celui de l'Officier de fortune, & ces deux acteurs sont très-bien secondés par MM. Belmont, Gavaudan, & par Mesd. Verteuil, Lesage & Rolando. On a fait répéter ce dernier couplet du vaudeville, adressé au public, & chanté par M. Résicourt :

Quand de nos défenseurs fideles
L'auteur ébauchoit quelques traits,
II vous avoit pris pour modeles :
Ne critiquez point vos portraits.
Que son motif le justifie,
Si ses efforts sont sans succès :
Chanter l'amour de la patrie,
C'est le devoir d'un bon François.

César :les paroles sont de M. Patrat, la musique est de Antonio-Bartolomeo Bruni. 17 représentations en 1792, 32 en 1793, 16 en 1794, et 1 en 1795.

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