L’Oncle rival

L’Oncle rival, comédie en un acte et en prose, de Mélesville, 17 janvier 1811.

Odéon, Théâtre de l’Impératrice.

Titre :

Oncle rival (l’)

Genre

comédie

Nombre d'actes :

1

Vers / prose ?

prose

Musique :

non

Date de création :

17 janvier 1811

Théâtre :

Théâtre de l’Impératrice, à l’Odéon

Auteur(s) des paroles :

M. Mélesville (Anne-Honoré-Joseph Duveyrier)

Sur la page de titre de la brochure, à Pars, chez Pillet, chez Barba, chez Mme Masson, 1811 :

L’Oncle rival, comédie en un acte et en prose, Par Madame ***, Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de S. M. l’Impératrice, le 17 janvier 1811.

Journal de l’Empire, mardi 22 janvier 1811, p. 3-4 :

[Compte rendu centré sur la question du plagiat, jugé ici excusable par le succès de la copie et par le fait que l’auteur est une femme (« un sexe accoutumé à faire au nôtre des larcins plus considérables qu'on lui pardonne, et même dont on lui sait gré » (même si l'œuvre originale lui est supérieure sur bien des plans). Comparaison des ressemblances et des différences, pour conclure à chaque fois que c’est la pièce ancienne qui est meilleure. D’autres emprunts sont évoqués, dont un est jugé presque patriotique, puisque fait à un auteur allemand (Kotzebue).]. Après ces reproches, une conclusion étonnante  après tout, ces auteurs « d’une imagination stérile » permettent de revoir à l’Odéon des pièces que le Théâtre Français ne montre plus. Bonne appréciation de l’interprétation.

Le Consentement forcé, de Guyot de Merville, a été représenté pour la première fois par les Comédiens François, le 13 Août 1738.]

THÉÂTRE DE L'IMPÉRATRICE,

L'Oncle Rival.

Ce n’est pas sans raison que je crie quelquefois au voleur. Plusieurs de nos auteurs modernes ne brillent pas beaucoup dans le respect dû aux propriétés ; et quand il s'agit de s'emparer du bien d'autrui, ils capitulent volontiers avec leur conscience ; ils s'imaginent qu'un habit leur appartient quand ils l'ont retourné et refait à neuf. Cependant je remarque que s'ils sont d'intrépides fripons, ils ne sont pas toujours des fripiers habiles, et qu'ils gâtent souvent un ancien habit en voulant lui donner une forme nouvelle.

Faut-il faire un crime à l'auteur anonyme de l’Oncle rival de s'être approprié le Consentement forcé de Guyot de Merville ? Le succès semble justifier le voleur. On assure d'ailleurs que l'auteur est d'un sexe accoutumé à faire au nôtre des larcins plus considérables qu'on lui pardonne, et même dont on lui sait gré. Toute ma galanterie cependant ne me permet de dissimuler ni l'extrême ressemblance des deux pièces, ni la supériorité marquée de celle de Guyot de Merville. Le Consentement forcé aurait pu être intitulé le Pere rival. L'auteur de la pièce nouvelle a mis un oncle à la place d'un pere ; changement qui n'était pas difficile à faire, et qui ne me paraît pas heureux, Dans les deux pièces, il s'agit d'un jeune homme qui s'est marié sans le consentement de son pere ou de son oncle ; dans les deux pièces, le pere ou l'oncle devient amoureux de sa bru ou de sa nièce, sans la connaître : il devient le rival de son fils ou de son neveu : dans les deux pièces, le pere ou l'oncle, quand il reconnaît que celle qu'il aime est la femme de son fils ou de son neveu, est bien forcé de la céder à un tel rival.

Guyot de Merville suppose le pere instruit et irrité du mariage de son fils dès le commencement de la pièce, au lieu que chez l'auteur moderne, l'oncle n'apprend qu'au dénouement, et tout à-la-fois, que son neveu est marié, et qu'il est marié avec celle qu'il aurait voulu épouser lui-même : c'est une différence qui n'est pas à l'avantage de la pièce nouvelle. En voici d'autres qui le sont encore moins : dans l'ancienne pièce, la femme du fils passe pour la nièce d'un ami du pere : c'est une personne décente, modeste et sensible; dans la pièce nouvelle, la femme du neveu passe pour la fille du concierge ; elle est déguisée en paysanne languedocienne ; c'est une étourdie, une petite folle, dont une partie des agréments est dans l'originalité de son patois. Chez Guyot de Merville, il est tout-à-fait dans la nature que le père devienne amoureux d'une femme charmante qu'il croit la nièce de son ami : il est encore dans l'âge mûr, ni vieux ni infirme : il veut punir son fils en se mariant ; celle qu'il épouse est bien née et bien élevée, son alliance ne peut le faire rougir. Chez l'anonyme, au contraire, il est hors de toute vraisemblance qu'un vieux colonel cassé et goutteux, d'ailleurs intraitable sur les mésalliances, très-entêté de sa noblesse, soit tenté de s'allier, sans espoir ni motif, à la fille de son concierge, à une paysanne d'une allure très-vive, plus faite pour piquer la fantaisie du moment que pour inspirer une passion sérieuse.

Le caractère de ce colonel est celui du Bourru bienfaisant, du capitaine marin des Deux Frères ; mais l'auteur de l'Oncle rival n'a pas borné ses rapines à ce caractère, il a pris toute entière une des plus belles scènes, la brouillerie de Bull avec le capitaine, et son racommodement : à la place de Bull, c'est un vieux hussard qui prend la liberté de parler au colonel en faveur de son neveu. Le colonel s'emporte, et traite son vieux camarade de valet ; le vieux hussard a le cœur déchiré par ce mot humiliant. Toute la scène est extrêmement théâtrale et pathétique dans les deux pièces ; mais enfin elle n'appartient pas à l'auteur de l'Oncle Rival ; peut-être a-t-il jugé que ce butin fait sur Kotzebue était de bonne guerre, car le capitaine Kotzebue ne porte pas pavillon français.

Le dénouement est absolument le même dans le Consentement Forcé et dans l'Oncle Rival ; le père et l'oncle, au moulent où ils vont se marier, apprennent que leur maitresse est déjà la femme du fils et du neveu dont ils condamnent le mariage. Ainsi, l'anonyme auteur de la pièce nouvelle est convaincu non-seulement d'avoir fait main basse sur toute la pièce de Guyot de Merville, mais encore d'avoir grapillé considérablement dans les Deux Frères de Kotzebue. Il n'en est pas moins gaillard sur le théâtre de l'Odéon, où il se fait beaucoup d'honneur de ses prises ; il n'appréhende pas que Guyot de Merville vienne de l'autre monde réclamer son Consentement forcé, ni que Kotzebue arrive des extrémités du Nord pour se faire restituer son capitaine goutteux et son Jean Bull. Ce dernier vol, qui est le moins important, est le moins excusable ; l'attentat sur la propriété de Guyot de Merville pourrait plutôt se pardonner, parce que le voleur a su donner à ce qu'il a pris une toute autre physionomie. S'il y a plus de raison et de délicatesse, plus de naturel et d'art dans la pièce de Merville, il y a plus de vivacité, de gaieté, d'aimable folie dans celle de l'anonyme : l'une est plus digne du Théâtre Français ; l'autre convient mieux à un théâtre moins sévère, parce qu'elle se rapproche un peu de la farce. Au reste, ce n'est peut-être pas un grand malheur que de petits auteurs d'une imagination stérile, arrangent et accommodent pour l'Odéon une foule de jolies petites pièces que l'opulence du Théâtre Français dédaigne au point de ne lès plus connaître.

L'Oncle Rival est très-bien joué ; le rôle de la petite paysanne languedocienne est un nouveau triomphe pour Mlle Fleury, qui fait infiniment valoir ce personnage, par sa vivacité et sa naïveté piquantes : elle ne s'y est pas fait moins d'honneur que dans celui de Cendrillon. Chazelle est très-bon dans le colonel, quelquefois pas assez dur ; Perroud rend très-bien le vieux hussard, Firmin le neveu, et Fusil le concierge.

Geoffroy.          

L’Esprit des journaux français et étrangers, année 1811, tome III (mars 1811), p. 279-282 :

[L’auteur du compte rendu s’intéresse à l’écriture féminine, souvent maladroite : « quelque incertitude dans le plan, […] quelque faiblesse dans l'exécution, et sur-tout […] cette exagération de sentiment dont le beau sexe a peine à se défaire ». Ce n’est pas le cas avec cet Oncle rival [alors pourquoi parler de ces défauts qui seraient consubstantiels à l’écriture féminine ?]. Mais l’auteur du compte rendu ne sait pas que l’auteur est en fait d’un homme ! C’est qu’il a voulu garder l’anonymat. ]

THÉATRE DE L' IMPÉRATRICE.

L'Oncle Rival.

On n'exige guère, dans une pièce en un acte, cette réunion de qualités presque indispensables au succès d'une production dramatique de plus longue haleine ; et, pourvu que l'on trouve dans ces sortes d'ouvrages, dont les moyens sont bornés, comme l'étendue, une esquisse agréable, on tient ordinairement l'auteur quitte des développemens. Aussi, ces messieurs usent-ils largement de la permission, et ne se font-ils aucun scrupule de nous offrir, sous le titre de comédie, un petit acte assez souvent anecdotique, mais vide d'action, rempli par quelques scènes froides et décousues, et le tout enluminé par un jargon plus ou moins apprêté, par un dialogue plus ou moins épigrammatique ou sentencieux. Il faut donc savoir quelque gré à l'auteur, qui, s'écartant de la route battue, croit voir respecter le public et lui-même jusques dans ses moindres productions, et qui s'attache à racheter le peu d'étendue de la composition par le fini de la touche et l'agrément des détails. Rien n'est plus facile que d'appliquer ces réflexions à l'auteur de l'Oncle Rival, et rien n'est aussi plus doux que de satisfaire en même temps aux règles de la justice et aux lois de la galanterie.

La plupart des ouvrages dont les femmes ont enrichi notre théâtre se font presque toujours distinguer par quelque incertitude dans le plan, par quelque faiblesse dans l'exécution, et sur-tout par cette exagération de sentiment dont le beau sexe a peine à se défaire, dans ses romans comme dans ses productions dramatiques ; dans la pièce dont il est ici question, les connaisseurs ont dû se trouver plus d'une fois en défaut : rien n'y sent la faiblesse ou la contrainte ; le plan est bien conçu, les scènes se lient adroitement, et, ce qui est plus important encore dans une comédie, on y rit d'un bout à l'autre ; mais on rit franchement : le comique n'est pas seulement dans le dialogue ; il ressort encore des situations, et, si quelque chose était capable de remettre sur la voie et de déceler le talent d'une femme, ce ne pourrait être que quelque touches [sic] d'une sensibilité délicate, fondues avec beaucoup d'adresse dans les scènes les plus piquantes et les plus comiques. Il est impossible, dans une analyse, de donner une idée de la finesse, de la grace, de l'esprit du dialogue ; mais je puis, au moins, présenter un apperçu de l'intrigue, qui , pour être resserrée dans les bornes étroites d'un acte n'est pas pour cela sans intérêt.

Charles, jeune officier de cavalerie, fort étourdi, par le double privilége de son âge et de son état, a été confiné dans un vieux château par un oncle, qui est en même-temps son colonel, et qui ne veut pas absolument consentir à payer encore une fois les dettes de son neveu. Charles, qui n'aime pas la solitude, a pris le parti, pour embellir la sienne, d'amener avec lui une jeune femme charmante, à laquelle le colonel lui avait défendu de penser, et qu'il n'en a pas moins épousée, malgré sa défense. Julie a beaucoup d'agrémens et point de naissance, de beaux yeux et pas un écu ; du reste, plus vive encore et plus étourdie que son mari, elle ne doute de rien, et attend de pied ferme le farouche colonel, qui ne veut, dans la femme de son neveu, que beaucoup de noblesse et beaucoup d'argent. Ce militaire, si bourru, et goutteux, par-dessus le marché, est encore un fort mauvais sujet : il prêche une excellente morale à son neveu, et en compose une autre pour son propre usage. A peine arrivé dans son château, il apperçoit une petite Languedocienne très-jolie, qui passe pour la fille du concierge Guillaume ; les graces, l'esprit, l'accent de la petite Marie, séduisent complettement le vieux colonel ; et ce fier baron qui ne parlait, il n'y a qu'un moment, que d'écus et de noblesse, veut maintenant, sans rien entendre, épouser une petite paysanne qui n'a pas un sol. Ce changement imprévu est un peu brusque, peut-être ; mais les suites en sont assez plaisantes pour que l'on ne songe pas à chicaner l'auteur. D'ailleurs, la scène est charmante. Il est bon d'avertir maintenant, que Marie n'est autre chose que Julie, sous les habits et avec le patois du Languedoc ; lorsque le baron est bien épris de sa personne, et que les principaux articles du contrat sont arrêtés, la petite folle reparaît sous son véritable costume, et il faut bien, alors, que le vieux colonel pardonne à son neveu une folie qu'il allait faire lui-même. Tous les rôles, dans cet ouvrage sont traités avec le même soin et joués avec le même talent.

L'auteur, demandé au milieu des applaudissemens, a voulu garder l'anonyme.

Magasin encyclopédique, ou Journal des sciences, des lettres et des arts, 16e année, 1811, tome I, p. 158 :

L'Oncle rival, comédie en un acte et en prose , jouée le 17 janvier.

Intrigue connue. Un neveu s'est marié malgré son oncle, et cache son mariage. L'oncle devient amoureux de sa nièce ; il faut bien que tout s'explique et se pardonne. Un dialogue spirituel, des caractères assez bien soutenus, ont fait réussir cette petite pièce, dont l'auteur est une Dame qui a désiré garder l'anonyme.

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