Taconnet chez Ramponneau ou le Réveillon de la Courtille

Taconnet chez Ramponneau ou le Réveillon de la Courtille, comédie-folie en un acte, en prose, mêlée de couplets, de Francis, Marc-Antoine Désaugiers et Moreau, 23 décembre 1807.

Théâtre des Variétés.

Sur la page de titre de la brochure, à Paris, chez Barba, 1808 

Taconnet chez Ramponneau ou le Réveillon de la Courtille, comédie-folie en un acte, en prose, mêlée de couplets ; par MM. Francis, Désaugiers et Moreau. Présentée, pour la première fois, sur le théâtre des Variétés-Panorama, le mercredi 23 décembre 1807.

Sur le personnage de Taconnet, voir l’article de la Nouvelle biographie générale, cité ici dans la page consacrée à une autre pièce le mettant en scène, Taconnet, de Martainville.

Le Conservateur, journal de littérature, de sciences et de beaux arts, volume 4 (octobre, novembre, décembre), p. 263-264 :

[Dans cette revue éditée à Amsterdam, la pièce des Variétés a droit à un long compte rendu, qui commence par présenter longuement Taconnet, puis Ramponneau, et leurs relations. Puis c’est la pièce qui est analysée : elle montre une soirée de Noël chez Ramponneau, qui veut marier sa fille au commissaire de police son voisin, tandis que la demoiselle préfère le brigadier de la maréchaussée. Et c’est à Taconnet que revient le privilège de permettre à La Tulipe d’épouser celle que son supérieur convoitait, par la ruse, bien sûr : « tout finit, selon l’usage, par un mariage et des chansons ». La pièce a « un fonds très-commun », mais elle accumule « des sérénades, un charivari, des danses, des rondes, une surabondance de gaîté », ce qui tient lieu de « vrai comique » au Théâtre des Variétés (que le rédacteur du Conservateur ne semble pas tenir en haute estime). Le succès provient aussi du personnage de Taconnet. Les auteurs sont nommés.]

THÉATRE DES VARIÉTÉS.

Taconnet, ou le Réveillon à la Courtille, folie en un acte, mêlée de vaudeville.

Taconnet, acteur et auteur du théâtre de Nicolet, et qui, à ce dernier titre, fut surnommé le Molière des Boulevards, jouit, pendant longtems, comme acteur, de la réputation qu'a eue parmi nous Tiercelin, au théatre Montansier. C'était à-peu-près le même emploi et le même degré de talent ; et l'on pense bien que les principaux personnages de ses pièces étaient des savetiers, des mariniers, et surtout des ivrognes, dans lesquels il excellait, et qu'il jouait trop souvent au naturel. C'est de lui que les buveurs de la même classe, ont retenu cette formule de dédain : Je te méprise comme un verre d'eau. Au surplus, cet homme, qui avait été menuisier, n'était pas dénué d'esprit naturel et d'un certain tact; et quelques-unes de ses farces prouvent qu'il avait lu avec fruit notre célèbre comique.

Dans le même tems où Taconnet brillait aux boulevards, Ramponneau jouissait, à la Courtille, d'une célébrité non moins solidement établie et plus fructueuse ; car le vice ; trop commun alors comme aujourd'hui parmi le peuple ce vice, qui réduisit Taconnet à la misere, était précisément ce qui enrichissait le marchand de vin-traiteur de la Courtille. Les anecdotes et les chansons du tems nous prouvent que la bonne compagnie qui allait sans conséquence applaudir Taconnet, ne dédaignait pas non plus d'aller visiter la guinguette de Ramponneau ; et si l'auteur-acteur eut la gloire d'enrichir la logique des buveurs, d'une comparaison fort énergique, leur dictionnaire fut également redevable à l'illustre traiteur, d'un mot non moins expressif, et que l'on trouve dans le vocabulaire de P. J. Leroux : ramponer signifie encore, dans l'idiôme du bas-peuple, boire, s'enivrer.

Après cette petite dissertation, qui nous a paru propre à mettre le lecteur au courant de faits qu'il pouvait sans honte ignorer, on ne trouvera pas surprenant que les auteurs de la pièce des Variétés aient accolé deux hommes célebres si bien faits pour se rapprocher. C'est la nuit de Noël, et devant la maison de Ramponneau, dont on voit l'intérieur à travers les croisées, que se passe l'action, Tout auprès de cette guinguette est la demeure du commissaire de police Trigaudin, à qui notre illustre traiteur a promis sa fille Javotte, mais celle-ci aime la Tulipe, brigadier de la maréchaussée, qui, dit-elle fort élégamament, lui a prouvé par ses soins qu'on avait tort de dire proverbablement [sic] : que la Tulipe ne sent rien. Cependant le pere a donné sa parole, et M. Trigaudin l'emporterait sans doute, si Taconnet, que le hasard, ou plutôt son goût naturel pour les festins, a placé à un repas de noces chez Ramponneau, ne se mettait en tête de servir son ami la Tulipe, et d'éconduire le commissaire. Toute l'imaginative de notre auteur se borne à faire donner une sérénade à Trigaudin, et à profiter de l'arrivée de plusieurs poissardes pour l'empêcher de dormir et le berner ; heureusement que le fils du commissaire, espèce d'imbécille, nommé Noël, est entré chez Ramponneau, pour allumer son rat de cave, et que la Tulipe, qui est à l'affût, après l'avoir grisé, lui fait signer un engagement. Le père, à qui l'on propose de renoncer à la main de Javotte s'il veut ravoir son fils, cede enfin, et tout finit, selon l'usage, par un mariage et des chansons.

Ce fonds très-commun est égayé par des sérénades, un charivari, des danses, des rondes, une surabondance de gaîté ; et l'on sait qu'à ce théâtre la gaîté bruyante tient lieu du vrai comique que l'on va chercher ailleurs. Taconnet amuse, réjouit, étourdit même ; et cette espèce de succès est sans doute celui qu'ambitionnaient M. Désaugiers, Francis et Moreau, à qui ce théâtre doit plusieurs jolis ouvrages.

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