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Une matinée de Voltaire, ou la Famille Calas à Paris

Une matinée de Voltaire, ou la Famille Calas à Paris, opéra-comique en un acte et en prose, de Pujoulx, musique de Solié, 2 prairial an 8 [22 mai 1800].

Théâtre de l'opéra comique national, rue Favart

Titre :

Une matinée de Voltaire, ou la famille Calas à Paris

Genre

opéra comique

Nombre d'actes :

1

Vers / prose

prose, vers pour les couplets chantés

Musique :

oui

Date de création :

2 prairial an 8 [22 mai 1800]

Théâtre :

Théâtre de l’Opéra Comique national, rue Favart

Auteur(s) des paroles :

J.-B. Pujoulx

Compositeur(s)

Jean-Pierre Solié

Almanach des Muses 1801

Voltaire a quitté Ferney, est venu à Paris incognito, juger de l'effet que doit produire l'arrêt sur la demande en révision du procès de Valas. Il se fait conduire dans la prison de madame Calas et de ses enfans ; mais ne voulant pas être vu d'eux, il se fait cacher par le geolier dans un cabinet voisin de la chambre de ces infortunés.

Tel est à-peu-près le fonds imaginé par l'auteur, et qui n'est à-la-fois ni vrai ni vraisemblable. La pièce a cependant été vue avec intérêt.

Il s’agit de la nouvelle version d’une pièce de J.-B. Pujoulx, La Veuve Calas à Paris, ou le Triomphe de Voltaire, pièce en un acte et en prose, jouée au Théâtre Italien le 31 juillet 1791.

Cette nouvelle version sous forme d’opéra comique, a été jouée pour la première fois le 2 prairial an viii et n’a pas été imprimée (J.-M. Quérard, La France littéraire ou dictionnaire bibliographique, tome 10 (Paris, 1839), p. 431).

Courrier des spectacles, n° 1175 du 3 prairial an 8 [23 mai 1800], p. 2 :

[Premier point : s'interroger sur le genre auquel la pièce appartient. C’est un drame, auquel la musique apporte assez peu, même si elle « n’est pas sans mérite ». Le résumé de l'intrigue permet de constater qu’elle ne comporte aucune action. Le résumé est centré sur Voltaire, désireux d’assister à la conclusion du procès de réhabilitation de Calas. On le cache (on cache souvent un personnage, dans les pièces du temps), et il n’apparaît que pour l’émouvante scène finale, où tout le monde est ému, par l’issue favorable du procès, et par la présence de Voltaire auprès de cette « intéressante famille ». C’est sur ce point que le critique conclut : le sujet est un peu froid, triste, mais « les sentiment soutient seul tout l’intérêt de cette pièce ». S’il faut bien trouver quelques imperfections dans la pièce (« quelques idées outrées », un peu d’afféterie dans le langage du fils Calas), elle est jugée positivement : style « pur autant qu’orné », « idées très-philosophiques ». Il ne reste plus qu’à nommer les auteurs, paroles et musique, et à saluer une interprétation de qualité. On note que la première version de la pièce, vieille de près de dix ans, n’est absolument pas évoquée.]

Théâtre Favart.

On a très-bien intitulé drame mêlé de chant la pièce qui a été représentée hier pour la première fois sur ce théâtre, sous le titre d'une Matinée de Voltaire, ou la Famille de Calas à Paris, car elle est vraiment un drame, qui, sans musique, ne pourroit manquer de produire le même effet. Cet accessoire cependant n’est pas sans quelque mérite, et l’on a principalement applaudi un quintetti composé avec autant d’ame que de goût, et un trio très-pathétique.

Le sujet de la pièce est peu de chose en lui-même, c’est-à-dire qu’il n’a donné lieu à aucune action. Voltaire, qui en tonnant contre l’intolérance, a fait revenir sur le compte de l’infortuné Calas les esprits fanatisés, apprend que la famille de cet homme injustement immolé, plaide en réhabilitation de sa mémoire, et que cette cause est à la veille d’être portée au tribunal. Le philosophe veut être présent à ce jugement ; il a quitté Ferney, est venu à Paris, et veut connoître l’intéressante famille de Calas ; mais madame Calas, dans la crainte d’être victime de la persécution de quelque traître, a interdit tout accès auprès d’elle, et ne reçoit que Beaumont son avocat. Cependant un pote-clef, pénétré de respect à la vue du vieillard de Ferney, l’a introduit et caché dans une pièce voisine de celle où madame Calas et sa famille se rendent le plus habituellement.

La seule personne dont Voltaire ait été vu est Jeanne, domestique très-attachée à Mad. Calas et pénétrée de reconnoissance pour Voltaire, qu’elle veut voir une fois dans sa vie, dût-elle faire le voyage de Ferney. Voltaire a témoigné à Jeanne, sur tout le bien qu’elle disoit de lui, un embarras que cette fille croit l’effet d’une aversion marquée pour le philosophe. Toute la famille est bientôt instruite de cette entrevue, du caractère et de la retraite de l’inconnu, réputé dès-lors un ennemi des Calas. Bientôt Beaumont vient annoncer le gain du procès ; Calas le fils veut que celui qu’il croit un des plus prévenus contre son malheureux père soit puni en apprenant cette nouvelle. Il ouvre le cabinet, et en tire le vieillard qu’il reconnoît pour être Voltaire, auprès duquel tout se prosterne. Emu d’un tel spectacle et couvert des larmes de toute une famille intéressante, Voltaire satisfait d’un triomphe aussi éclatant de la philosophie sur le plus cruel préjugé, s’arrache aux témoignages de la reconnoissance pour aller dans sa solitude jouir de l’impression que lui a faite un événement que ses écrits avoient préparé.

On le répète , il n’y a ici aucune action ; le sentiment soutient seul tout l’intérêt de cette pièce, et c’est ce qu’il y a de vraiment étonnant. Ce sujet ainsi traité est un peu froid, même un peu triste, mais cependant continuellement attachant.

Quelques idées outrées ont été improuvées. Le langage de Calas le fils nous a paru avoir quelquefois une afféterie qui nuit au naturel, mais ce sont les seuls défauts de ce drame, dont le stylo au surplus est pur autant qu’orné ; des idées très-philosophiques donnent encore du prix à cet ouvrage qui a obtenu du succès, et dont les auteurs ont été demandés : ce sont les cit. Pujoulx pour les paroles, et Solié pour la musique : cette pièce est jouée avec soin et intelligence.

B***          

Courrier des spectacles, n° 1182 du 10 prairial an 8 [30 mai 1800], p. 2-3 :

[Retour sur la pièce, avec un rappel très utile de la pièce jouée 9 ans auparavant, sans musique, et qui a fait quelque bruit à cause d’une phrase mise dans la bouche du fils Calas, et qui a indisposé les journalistes.]

Sur la pièce intitulée : Une matinée de Voltaire.

J’aime assez les journaux, citoyen, et je fais même receuil [sic] d’écrits périodiques ; je garde sur tout ceux dont la rédaction est soignée ; et s’il est agréable pour les politiques de rapprocher à différentes époques les opinions des orateurs, il n’est pas moins piquant pour les personnes qui, comme moi, aiment les lettres et particulièrement l’art dramatique, de comparer les traits, les opinions des journalistes sur un ouvrage représenté à des époques un peu éloignées.

Aussi chaque fois qu’on remet une pièce au théâtre , ou que l’on donne une première représentation avec quelques changemens, je me hâte de comparer les extraits anciens et modernes ; ce qui fournit matière à des réflexions sur les progrès ou la décadence du goût,

Quel a été mon étonnement en parcourant quelques journaux, d’y lire, non un extrait, mais une critique outrée de la pièce intitulée : Une matinée de Voltaire, représentée il y a neuf ans sans musique, sous le titre de la Veuve Calas à Paris !

Je ne demanderai pas si le goût a fait des progrès depuis cette époque, car tous les littérateurs gémissent de sa décadence ; je ne m’informerai même pas si une phrase échappée à l’indignation du fils de Calas contre les journalistes détracteurs de Voltaire, qui existoient il y a près de quarante ans, a motivé la mauvaise humeur et la partialité de quelques rédacteurs modernes ; mais je me bornerai à rapporter le compte qu’on a rendu de cet ouvrage il y a neuf ans ; et comme les journalistes d’alors existent encore, et qu’ils jouissent d’une grande réputation littéraire, je pense que ce rapprochement aura quelqu’intérêt pour vos lecteurs.

J’ouvre un journal du mois d’août 1791, et je lis après l’analyse du sujet :

« Cette pièce, qui a eu le plus grand succès, joint au mérite d’être écrite avec soin, celui de renfermer beaucoup de tableaux touchans et de scènes attendrissantes. Un doux intérêt tient en suspens l’ame du spectateur. Le caractère des juges de Toulouse est très-bien tracé. L’auteur a été demandé, etc. »

Je cherche l’article du Mercure, et je lis dans celui du 10 septembre 1791, après l’exposé du sujet :

« La pièce est de M. Pujoulx, auteur de plusieurs autres ouvrages qui ont eu beaucoup de succès. Aucun peut-être n’en méritoit autant que celui-ci, où règne un intérêt doux, continu et parfaitement gradué ; où le style sans prétention, mais touchant et vrai, est toujours au ton des personnages. »

Enfin , en parcourant un journal qui existe encore et qui jouit d’une excellente réputation (le Moniteur), je lis dans celui du 4 août 1791 :

« C’est un charmant ouvrage que celui de la Veuve Calas à Paris, donné dimanche dernier au théâtre Italien. Intérêt puissant, effets de scène, élégance de style, vérité, simplicité dans le dialogue, chaleur dans l’exécution, tout s’y trouve, et cette pièce n’a qu’un acte. L’amour, ce ressort unique de la plûpart des pièces, n’y paroît en rien, et cependant, sans le secours de ces images horribles, un peu trop multipliées de nos jours, le cœur y est dans un resserrement continuel jusqu’au dénouement, où il se dilate d’une manière délicieuse. »

Je pourrois également citer les articles du Journal de Paris, des Petites-Affiches, etc., et faire observer que la musique ajoutée à cette pièce loin d’en affoiblir l’intérêt, l’a rendu plus vif, puisqu’on convient qu’elle est dramatique, parfaitement adaptée au sujet, et que les trois principaux morceaux sont les meilleurs qu’ait fait Solié.

Maintenant c’est au lecteur à juger, ou plutôt c’est au public qui applaudit cet ouvrage, et qui, comme vous l’avez dit, l’a trouvé attachant et bien écrit, c’est au public à sentir quelle foi on doit ajouter à certains extraits de cette pièce qui ne sont autre chose que le commentaire partial d’une phrase, qui, très-bien placée dans la bouche du jeune Calas, existe dans la pièce imprimée en 1791 , et qui n’excita pas plus la vengeance des journalistes d’alors, qu’elle n’a ébranlé il y a trois jours votre impartialité.

C’est cette impartialité que je réclame pour l’insertion de cette lettre dans votre intéressant journal.

Je suis avec considération, etc.

Bénoist:          

La Décade philosophique, littéraire et politique, an VIII, IIe trimestre, n° 25 (10 prairial an VIII), p. 438-439 :

[L'auteur de l'article ne ménage pas la pièce : l'intrigue imaginée par Pujoulx blesse la vérité, la vraisemblance, le bon sens et même les convenances. Si le public a applaudi, c'est seulement pour rendre hommage « au génie et au malheur » génie de Voltaire, malheur de la famille Calas. Les auteurs ont été demandés (et le nom du « poète » est déformé : ce n'est pourtant pas un inconnu). Et le critique conclut sur ce qui est pour lui « singulier », faire chanter Voltaire, lui « avait peu de goût pour le chant » et qui se voit réduit à être traité « comme un Colin d'opéra-comique ».]

Théâtre de l’Opéra-Comique.

Une Matinée de Voltaire, ou la Famille Calas à Paris, Drame en un acte et en prose.

Supposer qu'un matin Voltaire a quitté Ferney pour venir à Paris, incognito, juger par ses yeux de l'effet que produirait l'arrêt qu'on attend sur la demande en révision du procès de Calas, et qu'il doit repartir ensuite le lendemain du jugement, c'est blesser hardiment la vérité, et même la vraisemblance.

Supposer que pour être témoin de ce grand effet, il se fasse conduire, non au Tribunal où l'arrêt va être rendu, mais dans la prison où Madame Calas et ses enfans se sont constitués prisonniers, c'est lui faire tenir une marche entiérement contraire au but qu'on lui prête, c'est blesser le bon sens avec audace.

Supposer que, ne voulant être vu dans cette prison, ni de la veuve Calas, ni de ses enfans, parce qu'il est bien connu du fils, Voltaire se fasse cacher par le geolier dans un cabinet voisin de la chambre de ces infortunés détenus, cabinet d'où il pourra tout entendre, mais ne verra rien, si ce n'est par le trou de la serrure, c'est métamorphoser le doyen des Philosophes en un écolier étourdi ; c'est blesser toutes les convenances.

Tel est cependant le fond de la pièce donnée au théâtre Italien, le 2 Prairial.

En mettant sur la scène un grand homme, et une famille honnête injustement persécutée, on a réussi à extorquer au public quelques applaudissemens. C'était un hommage qu'il rendait au génie et au malheur. L'ouvrage n'en était pas moins sans plan, et sans action. Mais quel est le spectateur qui eût à murmurer en présence des Calas et de Voltaire ?

Le public est si bien tombé dans l'espèce de piège que les Auteurs avaient tendu à sa sensibilité, qu'il a demandé les Auteurs. Les paroles sont du C. Pajoulx [sic] ; la musique du C. Solié. — On sait que Voltaire avait peu de goût pour le chant. Il est pour le moins singulier, pour ne pas dire ridicule, de l'entendre exécuter des ariettes et même des morceaux d'ensemble, comme un Colin d'opéra-comique.

Journal général de la littérature de France, Prairial an VIII de la République française (troisième année, n° 6), p. 191-192 :

[La conclusion de l'analyse est sans ambiguïté : la pièce a « l'inconvénient de mêler dans l'opinion de ceux pour qui le théâtre est la seule histoire, une fiction, un voyage imaginaire à un fait historique ».]

Analyse d'une Matinée de Voltaire ou la Famille Calas à Paris.

Voltaire veut être présent au jugement des Calas plaidant en réhabilitation de la mémoire de leur père. Il est venu de Ferney à Paris. Mad. Calas ne recevant que Beaumont, son avocat, Voltaire est introduit secrètement par un porte-clef et se cache dans une pièce attenante celle où la famille Calas se réunit. Jeanne, domestique très-attachée à mad. Calas, est la seule de qui Voltaire ait été apperçu. Elle lui dit beaucoup de bien du philosophes de Ferney sans le connaître, et brûle de le voir une fois dans sa vie, dût-elle faire le voyage. L'embarras de l'inconnu persuade à la bonne Jeanne que c'est un ennemi des Calas. Elle en informe la famille ; Beaumont vient annoncer le gain du procès, Calas, le fils, desire que l'inconnu soit puni d’injustes préventions contre Calas le père en apprenant cette heureuse nouvelle. Il ouvre le cabinet, reconnaît Voltaire, tombe à ses pieds, et le vieillard, baigné des larmes de la gratitude s'arrache des bras de cette famille pour aller jouir à Ferney du triomphe de la philosophie. Cette pièce fut représentée, à Paris, en 1791, sans musique, sous le titre de la veuve Calas à Paris. Alors, comme à présent, elle intéressa les ames sensibles et offrit aux scrupuleux amis de la vérité l'inconvénient de mêler dans l'opinion de ceux pour qui le théâtre est la seule histoire, une fiction, un voyage imaginaire à un fait historique.

Dans leur Théâtre de l'Opéra-Comique Paris : répertoire 1762-1972, p. 433, Nicole Wild et David Charlton disent que la pièce, créée le 22 mai 1800,, a connu quatre représentations. Ils signalent aussi que le livret de l’opéra repose sur la Veuve Calas à Paris, pièce de Pujoulx créée par les Comédiens Italiens le 31 juillet 1791.

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