Urgande & Merlin

Urgande & Merlin, comédie en trois actes, en prose, mêlée d'ariettes, de Jacques Boutet de Monvel, musique de d’Aleyrac, 14 octobre 1793.

Théâtre de l'Opéra Comique National, rue Favart.

Titre :

Urgande et Merlin

Genre

comédie mêlée d’ariettes

Nombre d'actes :

3

Vers / prose ?

en prose, avec des couplets en vers

Musique :

ariettes

Date de création :

14 octobre 1793

Théâtre :

Théâtre de l'Opéra Comique National, rue Favart

Auteur(s) des paroles :

Monvel

Compositeur(s) :

d’Aleyrac

L’Esprit des journaux français et étrangers, 1793, volume 10 (octobre 1793), p. 312-314 :

[C’est d’une chute qu’il s’agit de rendre compte sans oser le dire (les auteurs ont refusé de paraître). L’explication, pour le critique est claire : la pièce ne respecte pas la sacro-sainte règle de l’unité d’action, qui condamne toute « action épisodique », c’est-à-dire une pièce dans laquelle une action principale [...] est étouffée sans cesse par une action secondaire », faisant disparaître l’intérêt des deux. Le critique distingue d'ailleurs action épisodique et scènes épisodiques, seule l'action épisodique étant condamnée, Le résumé de la pièce montre ce conflit, cette pluralité des actions. Ce constat établi, il reste à dire que la pièce manque de ce qui accompagne normalement les féeries, « ni effets de décoration, ni spectacle, ni machines ». Monvel s’est trompé de sujet, mais il montre aussi son talent : la pièce est bien écrite, elle est pleine d’esprit, parfois jusqu’à l’excès, la scène d’Azélie réduite à ne proférer que des monosyllabes est très drôle. La musique « offre toujours cette grace, cette originalité, & ce chant charmant qui caractérisent le talent de ce compositeur », bonne facture, grande connaissance de la scène et de la prosodie.]

THÉATRE DE L'OPÉRA COMIQUE NATIONAL, RUE FAVART.

Urgande & Merlin, comédie en trois actes, en prose, mêlée d'ariettes.

Des scenes épisodiques peuvent réussir au théatre ; mais jamais une action épisodique n'y aura un véritable succès : nous entendons par ce mot une action principale qui est étouffée sans cesse par une action secondaire, en sorte que ces deux actions se combattant pour ainsi dire ensemble, détruisent réciproquement leur intérêt. L'unité d'action est donc un moyen sûr de réussir, & chaque auteur devroit en faire la regle principale de son ouvrage. C'est malheureusement le reproche que nous avons à faire à M. Monvel dans Urgande & Merlin, comédie en trois actes, en prose, mêlée d'ariettes, jouée naguere sur ce théatre. Ce sujet de féerie, que tout le monde connoît, offre deux actions bien prononcées, & par conséquent de l'obscurité & de l'embarras dans la marche.

Les dieux ont séparé Merlin de son épouse Urgande : l'enchantement de Merlin ne doit finir que lorsque deux amans se seront aimés sans intérêt, sans ambition, sans jalousie, &c. Amadis & Oriane ont passé sous l'arc des loyaux amans : Merlin est désenchanté, mais il sait qu'Urgande aime Myrza, jeune écuyer, qui, de son côté, aime la belle Sydonie. Merlin a conduit Sydonie & la vieille Dorca dans les lieux soumis à l'empire d'Urgande ; la fée ignore d'abord qu'elle a une rivale ; mais toutes les bergeres de la prairie se plaignent au juge Dorus de ce que Sydonie leur a enlevé tous leurs amans : le juge Dorus voit Sydonie, & lui adjuge le prix de la beauté : Urgande, furieuse, veut enlever Sydonie : elle charge Amélie, sa confidente, de surveiller sa rivale & Myrza, & de les entraîner dans un piege : Azélie veut s'acquitter de ce soin ; mais Merlin enchante sa langue : elle ne peut plus prononcer que des monosyllabes, oui & non. La jalousie d'Urgande est à son comble, au moment où ses satellites lui amenent Sydonie : Urgande va la punir de la supériorité de ses charmes, lorsque Merlin paroît. Urgande, qui le croyoit toujours enchanté, reste frappée d'étonnement : enfin elle reprend ses premiers liens, & Sydonie est unie à Myrza.

Tel est l'apperçu de cet ouvrage, dans lequel les deux principaux personnages, ceux qui donnent leur nom à la piece, sont rarement sur le premier plan du tableau : c'est Myrza, c'est Sydonie, qui forment l'intérêt principal, & tout cela est encore coupé par le radotage de la vieille Dorca, & par des scenes d'amour entre Azelie & Ligdamon. L'auteur n'a emprunté d'une Urgande étrangere que la scene du juge Dorus ; le reste paroît être entiérement de son imagination : mais dans un sujet de féerie, dans un sujet qui a déjà fourni à Louvart une tragédie en trois actes, ornée d'entrées, de ballets, de machines, & jouée avec succès à St.-Germain-en-laie en 1679, on est étonné de ne trouver ni effets de décoration, ni spectacle, ni machines : les sujets de féerie sont ingrats par eux-mêmes ; il faut les traiter dans tout leur merveilleux, ou ne pas les traiter du tout. Au reste, si M. Monvel s'est trompé sur son sujet, on voit toujours que cette piece est l'ouvrage d'un homme à talent : il est très-bien écrit, souvent avec trop d'esprit ; ce qui frise l'afféterie & le précieux, comme je n'ai pas assez de force pour te cacher ma foiblesse, &c. La scene de l'enchantement d'Azélie, où elle ne dit plus que oui, oui, & non, non, est très-comique, neuve au théatre, & porte le cachet d'un maître en l'art dramatique : en un mot, cet ouvrage est fait par un homme de mérite, qui, nous le répétons, ne s'est trompé que sur son sujet.

La musique, de M. d'Aleytac, offre toujours cette grace, cette originalité, & ce chant charmant qui caractérisent le talent de ce compositeur : on y trouve une bonne facture, une grande connoissance de la scene & de la prosodie. On l'a demandé, ainsi que M. Monvel: aucun d'eux n'a paru.

César : comédie en 3 actes. Une seule représentation, le 14 octobre 1793.

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