Démétrius

Démétrius, tragédie en cinq actes, en vers, par M. Delrieu, 31 octobre 1815.

Théâtre Français.

Titre :

Démétrius

Genre

tragédie

Nombre d'actes :

5

Vers / prose

en vers

Musique :

non

Date de création :

31 octobre 1815

Théâtre :

Théâtre Français

Auteur(s) des paroles :

Delrieu

Sur la page de titre de la brochure, Paris, chez Peyteux, 1820 :

Démétrius, tragédie en cinq actes, par M. Delrieu : représentée, pour la première fois, sur le Théâtre Français, par les Comédiens ordinaires du Roi, le 31 octobre 1815, remise au théâtre avec des changemens, le jeudi 18 mai 1820.

Merses profundo, pulchrior evenit.

Hor., Liv. et Ode IV.

Le vers d’Horace peut se traduire par « Vous avez beau le plonger dans la mer, il en revient plus beau » (traduction du Magnum Dictionarium latinum et gallicum, ad pleniorem planioremque scriptorum latinorum intelligentiam, de Pierre Danet (Paris, 1591), p. 449).

Magasin encyclopédique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, 20e année, 1815, tome V, p. 428-433 :

[Le compte rendu commence par ce qui est une indispensable mise au point sur l’identité du personnage-titre et rappelle les circonstances historiques de ce que la pièce est censée rappeler, et les changements introduits par Delrieu. Le résumé de l’intrigue ne se fait pas sans interventions du critique, qui laisse percer son opinion négative sur la pièce (on rit de tel vers, les sources de Delrieu s’accumulent, la vraisemblance n’est pas toujours au rendez-vous). La fin est rapidement expédiée (elle n’est pas exagérément crédible), et on passe au jugement général : vers remarqués (ceux qui s’adaptent si bien à la situation politique ; énumération des défauts de la pièce (dont celui d’avoir des ressemblances avec des pièces antérieures) : le rôle principal de Démétrius est « le moins bien fait », et le compte rendu insiste beaucoup sur la fausseté de sa situation, indigne d’un héros ; de même la scène capitale de reconnaissance entre Stratonice et Démétrius est languissante et se traîne. L’interprétation ne peut sauver un rôle aussi vicieux, au contraire des deux grands rôles féminins. Conclusion désabusée : « En général, le succès de l'ouvrage a été médiocre ».]

THÉATRE FRANÇAIS.

Démétrius, tragédie en cinq actes, jouée le 31 Octobre.

Ce n'est ni Démétrîus-Poliorcete, ni Démétrîus-Nicanor, le Cynique, que l'auteur a mis sur la scène. C'est sans doute le héros dont parle Justin dans son trente-septième livre, et que Thomas Corneille a nommé Ariarate dans sa Laodice. Métastase avoit abordé le même sujet sous le nom de Démétrius-Soter , et c'est ce même Roi de Syrie qui fut envoyé à Rome en otage et qui s'en évada miraculeusement pour venir reconquérir son trône, que M. Delrieu reproduit aujourd'hui sur la scène. Démétrius-Soter, dans l'histoire, trouve sa couronne usurpée par son oncle ; et Métastase parle de cet usurpateur; le tragique moderne substitue à ce traître une traîtresse. Laodice a fait empoisonner son époux Séleucus, Roi de Syrie, par Héliodore, son ministre, et elle a livré, comme otage aux Romains, Démétrius, fils de ce prince et fruit d'un premier lit. Laodice a cru par ce moyen régner, et laisser la couronne d'Arménie et celle de Syrie à Antiochus, son propre fils. Elle ne pense donc plus qu'à s'unir à Stratonice, qu'elle ne sait pas être l'épouse secrète de Démétrius, auquel Séleucus l'avoit destinée. Je veux, dit Laodice,

Je veux qu'Antiochus soit son plus ferme appui ;
Il combattra pour moi, je régnerai pour lui.

Ce partage a fait rire le parterre.

Stratonice, jusqu'alors captive, recouvre, la liberté, bous la condition d'épouser Antiochus. Mais cet Antiochus ,digne d'une meilleure mère, promet soudain de servir la cause de Démétrius, son frère, et de sa belle-sœur. Laodice, qui n'en persiste pas moins dans ses projets, prétend que, si Stratonice veut rester fidèle à Démétrius,

Sa main les unira dans la nuit éternelle.

Héliodore, qui s'étoit chargé d'empoisonner autrefois le Roi, vient annoncer le trépas de Démétrius ; et ce nouveau crime, qui a été ordonné par la Reine, passe pour être l'ouvrage des Romains. Cette nouvelle accable le vertueux Antiochus, qui jure

De ne point recueillir le fruit d'un tel forfait.

Jusqu'ici on trouve un peu de tout. Métastase et Thomas Corneille sont mis à contribution ; c'est maintenant au tour de Piron.

Démétrius, échappé aux coups des assassins et sous le nom de Pharasmin, prince sarmate, exilé par le feu Roi, vient lui-même annoncer sa mort, et déclarer que c'est lui qui a donné à Démétrius le fatal breuvage. Vingt ans d'absence ont rendu le prince méconnoissable aux yeux de ses ennemis, et même à ceux de sa femme : et, comme la Reine ne le reconnoît pas, il lui fait le récit de la fin tragique de Démétrius de la même manière que le roi de Suède apprend à l'usurpateur de son trône comment il a tué Gustave.

Laodice ordonne à Démétrius d'annoncer la nouvelle de cette mort à Stratonice, qui ne peut croire les Romains coupables d'un tel crime. Générosité feinte de la part de Laodice; elle offre encore à la princesse la couronne et son fils : nouveau refus de Stratonice. Mais le peuple et l'armée se soulèvent, le bruit du retour de Démétrius s'est répandu par les soins d'un ami qui ne l'a jamais quitté, et font fait craindre une révolte sanglante. Laodice charge spécialement Pharasmin-Démétrius, d'aller combattre les mutins.

Avant de partir, Démétrius, reconnu de Stratonice, lui dévoile ses projets; mais Laodice reçoit l'àvis secret de Rome que Démétrius respire en.core, et elle ordonne aussitôt le supplice du prince sarmate qui l'a trompée par une fausse nouvelle ; l'armée marche vers le palais ; Démétrius, traduit devant le conseil des Mages, est reconnu et proclamé Roi. Il pardonne à Laodice; et la Reine se poignarde elle-même,

Elle rend à l'état l'héritier légitime;
Enfin la vertu règne où commandoit le crime.

Ces deux vers ont été vivement applaudis, ainsi que celui-ci :

Il faut peser un sceptre avant de le porter.

Nous avons déjà indiqué quelques ressemblances avec des ouvrages connus. Passons aux autres défauts que l'on reproche à la pièce nouvelle. Le rôle qui a paru généralement le moins bien fait, c'est celui de Démétrius. Comment un prince légitime, qui est si miraculeusement sorti des fers des Romains, vient-il s’amuser à prendre un faux nom, et à perdre, dans une cour où il sait n'être point en sûreté, un temps bien précieux ? Comment un prince, dont on vante la noblesse, la bravoure, et la loyauté surtout, peut-il se résoudre à dissimuler longtemps avec une belle-mère, sa plus mortelle ennemie, et vient-il bassement lui faire des protestations de fidélité, indignes du caractère d'un héros. C'est en vain, lorsqu'il est seul au second acte, qu'en parlant de la Reine, il dit au Ciel :

Tu mis pour la frapper la foudre dans mes mains.

Qu'attend-il donc pour frapper ? Si Antenor, l'ami qui lui est dévoué, soulève le peuple et l'armée, pourquoi Démétrius ne se met-il pas à la tête de ses partisans ? Il se reprend ensuite, et ajoute :

Quoi! jusqu'à l'artifice il faut que je descende ?
La justice le veut.

Il est singulier que la justice veuille qu'un héros descende jusqu'à l'artifice: que le droit le plus sacré enfin lui commande de prendre le nom d'un Sarmate, d'un traître. Le principal personnage est donc dans une position fausse, de là ces longs et mortels récits que fait Démétrius, et ces invraisemblances que l'auteur a accumulées.

Une scène qui est d'un grand effet, et dont Piron est le créateur, c'est celle de la reconnoissance de Démétrius et de Stratonice. Lorsque Démétrius lui a dit, eu peu de mots, comment il s'est sauvé de Rome; que deux hommes sont envoyés par le consul pour l'égorger dans sa prison ; que l'un empêche l'autre d'exécuter le crime ; qu'ils se battent, et

Qu'entre'son assassin et son libérateur,
Enchaîné, du combat il reste spectateur,

le reste devient inutile : c'est au moment où la pièce devroit inspirer le plus touchant intérêt qu'elle se traîne, et qu'elle languit.

Lafont ne peut déguiser le vice de son rôle. Démétrius, auquel on devroit s'intéresser le plus, est le personnage de la pièce le plus avili. Le rôle de Laodice est mieux dessiné : nous en avons indiqué le type. La Laodice de Thomas Corneille a même des traits plus prononcés, c'est elle qui dit à un des rivaux d'Ariarate:

Malgré vous, malgré Rome, il sera votre maître;
Et, si quelqu'insolent murmure de mon choix,
Je suis Reine, et le sceptre est la foudre des rois.

Mademoiselle Georges a eu de beaux moments dans le rôle de Laodice. La santé de Mademoiselle Duchesnois ne lui a pas permis de déployer tous ses moyens dans celui de Stratonice. En général, le succès de l'ouvrage a été médiocre.

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